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— Nous… avons besoin de sécurité, bredouilla l’ancien. Pourquoi nous débarrasser du Syndicat si c’était pour nous laisser sans protection ? Au moins les Syndics… »

Drakon pointa la fosse commune de l’index. « Les Syndics ont fait cela. Regardez. Vous sentez-vous en sécurité à ce spectacle ? C’est ça la protection syndic : vous mourez pour qu’eux restent au pouvoir. Je n’ai rien à gagner à vous tuer, moi, ni à ce que mes soldats succombent pour vous contraindre à m’obéir. J’ai déjà perdu trop d’hommes à Ulindi. Tant que vous ne menacerez pas le système de Midway et que vous ne vous acoquinerez pas avec des gens qui lui sont hostiles, je me moque de ce que vous ferez. Mais la décision vous reviendra. Trouvez ceux qui vous représenteront et parleront en votre nom. Nous laisserons ici l’équivalent d’une brigade des forces terrestres composée de ce qui reste des vôtres et des soldats de la division du Syndicat qui voudront vous aider à vous défendre.

— Mais qui sera responsable des forces terrestres ? demanda une femme. Qui nous dira ce que nous devons faire ? »

Drakon pila ; il venait de prendre la direction de la navette, mais il se retourna pour les affronter de nouveau. « Si vous voulez mon avis, et ce n’est que cela, un avis, parce que je n’ai pas à vous dire ce que vous devez faire, je vous répondrai que vous devez vous réunir pour décider de ceux qui, selon vous, devraient gérer au mieux vos problèmes parmi les gens dont vous savez qu’ils se souciaient du bien-être de leur entourage et de leurs subordonnés même quand ils n’y étaient pas contraints et que ça leur valait des ennuis, et qui déclinent maintenant cet emploi. Mettez-les aux commandes et, dès qu’ils prendront le chemin de se comporter en autocrates, remplacez-les. Vous savez gérer vos propres affaires. Comme partout dans les Mondes syndiqués, vous avez contribué à faire tourner la machine en dépit d’une bureaucratie syndic qui n’avait d’autre objectif que sa propre survie, des CECH qui ne servaient que leurs propres intérêts et des serpents qui s’acharnaient à exterminer quiconque avait un peu de sens commun et pensait par lui-même. Gérez-les donc. Il y a dans la bibliothèque qui circule sous le manteau de nombreuses références à la manière de gouverner un système stellaire sans recourir aux méthodes du Syndicat. Tout ce que vous déciderez ne sera peut-être pas parfait – ça ne l’est jamais –, mais, si vous commencez à vous tirer dans les pattes, dites-vous que vous vous y prenez mal. »

Il reprit le chemin de la navette mais s’interrompit de nouveau, pivota et ajouta un dernier conseil : « En outre, si vous gardez ouverts les camps de travail, si vous continuez à enfermer des gens pour avoir tenu des propos que vous jugez séditieux ou subversifs comme le faisait le Syndicat, c’est que vous vous trompez. Certains de mes gens sont morts pour vous donner l’occasion de mieux faire. De connaître la liberté. Ne la gâchez pas. »

Alors qu’il gravissait la rampe d’accès et pénétrait dans la navette, Drakon se demanda à quel moment il était devenu à ce point radical. La liberté ? Quand il s’était rallié à Gwen Iceni pour renverser le Syndicat, il n’était encore question que d’assurer leur propre survie et se maintenir au pouvoir.

Non ?

Il s’installa dans son siège tandis que la navette s’élevait dans le ciel, virait sur l’aile et regagnait l’ancienne base syndic. Après avoir observé quelques instants le panorama qui se déroulait sur son écran, il appela Malin. « Rien de neuf ? »

Le colonel hocha la tête, le visage sombre. « J’ai capté quelques bribes d’information intéressantes, mon général. Peu de temps avant le bombardement et la destruction du centre de commandement supplétif des serpents, il y a eu de nombreuses allusions à un assassinat du CECH suprême Haris.

— Haris assassiné ? » Il serait effectivement gratifiant d’avoir la confirmation du décès de l’ex-CECH suprême qui avait commandité le meurtre de tant de citoyens, mais… « Connaît-on les coupables et les circonstances ?

— Il est fait référence à un seul assassin et à des coups de feu, mon général. Rien de plus précis.

— Avons-nous vraiment besoin d’en savoir plus ? Quelqu’un aurait déjoué la sécurité du centre de commandement et tué le CECH des serpents avec une arme de poing, c’est ça ? »

Malin eut un sourire sinistre. « Ça ressemble beaucoup à Morgan, mon général.

— Qu’est-elle devenue ?

— On l’ignore, mon général. Il y a ces rumeurs d’assassinat, quelques détails que je vous ai mentionnés puis plus rien dès que le toit du centre de commandement supplétif s’est effondré sous le bombardement du Midway. » Il décocha à Drakon un regard indéchiffrable. « Ç’a au moins le mérite de réduire le champ de nos recherches. Si le colonel Morgan se trouvait dans ce centre peu avant sa destruction, elle doit encore être dans les parages.

— Ou sous les décombres, asséna Drakon avec une brutalité délibérée. Bran, si Roh est encore en vie, pourquoi ne nous a-t-elle pas contactés ?

— Vous me demandez de trouver une justification rationnelle aux agissements du colonel Morgan ? »

Drakon ricana dédaigneusement. « Vous marquez un point. Mais pourquoi s’en serait-elle prise à Haris ? Ça n’entrait pas dans sa mission. »

Malin secoua la tête, les yeux baissés. « Je n’en sais rien, mon général. Quel qu’ait été son mobile, elle devait le trouver sensé.

— Je suis désolé, Bran.

— Je ne suis pas certain de pouvoir en dire autant, mon général, répondit le colonel, le front plissé comme s’il cherchait à élucider l’énigme de ses propres émotions.

— Avons-nous buté sur des accrochages dans les opérations de nettoyage ? demanda Drakon, changeant délibérément de sujet pour épargner à Malin un examen de conscience trop prolongé.

— Non, mon général. Les quelques unités de renfort syndics encore intactes se rendent dès que nos soldats arrivent. Ulindi est un système frontalier, avec quelques rares cités d’une taille conséquente et peu de villes méritant ce nom, de sorte que nous n’avons pas eu à sécuriser de très nombreux sites.

— Si nous avions eu affaire à une population beaucoup plus dense, nous n’aurions pas tenté le coup avec seulement deux brigades. Des nouvelles de la kommodore ?

— Nous venons de recevoir un message d’elle annonçant la capture de huit des dix transports de troupes syndics. Le neuvième a été détruit par les serpents qui se trouvaient à son bord et le dernier a été trop endommagé lors de son arraisonnement pour un sauvetage et on l’a sabordé.

— Sabordé ? Qu’est-ce que ça signifie ?

— La kommodore Marphissa a emprunté le terme au capitaine Bradamont, me semble-t-il, expliqua Malin. C’est un mot archaïque toujours en usage dans l’Alliance. Ça signifie qu’on l’a fait exploser.

— C’est sans doute préférable à l’expression syndic officielle “liquidation du bien”. Compte tenu des effectifs de nos forces terrestres, huit transports de troupes devraient largement suffire, déclara Drakon, sentant son humeur s’améliorer. Nous sommes redevables au cadre exécutif Gozen qui nous a révélé leur existence. »

Malin fronça les sourcils. « Vous êtes conscient, mon général, que les serpents regarderont la perte de dix transports de troupes comme un modeste prix à payer pour l’infiltration d’un de leurs agents dans votre entourage ?

— Vous m’avez déjà prévenu une bonne douzaine de fois contre Gozen, colonel. Je vous promets que vous avez retenu chaque fois toute mon attention. Surtout maintenant que j’ai eu vent des secrets que me cachaient mes plus proches assistants. »