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Malin eut la bonne grâce de tiquer ouvertement. « Je comprends, mon général. C’est juste que je me sens obligé de…

— Pas grave. Peu me chaut que vous surveilliez Gozen. Si vous trouvez des preuves tangibles permettant de l’identifier comme un agent des serpents, informez-m’en.

— À vos ordres, mon général. » Malin hésita une seconde. « Le cadre exécutif Gozen a demandé à vous parler.

— Vous me la passerez. J’ai tout le temps de m’entretenir avec elle pendant le trajet de retour.

— En personne, mon général. »

Drakon y réfléchit puis hocha la tête. « C’est sans doute une bonne idée. Je pourrai mieux l’évaluer en tête à tête que pendant une communication. Je m’étais d’ailleurs dit que je devrais aussi inspecter ses soldats personnellement. »

Malin hocha la tête d’un air résigné. « Oui, mon général. Quelle escorte, mon général ?

— Rien que deux gardes. Pas de cuirasse de combat. Je tiens à les avoir sous la main si on tente de me sauter dessus, mais je ne devrais pas avoir besoin de plus.

— Mon général, il vous faudrait davantage de…

— Non. Je dois avoir l’air trop sûr de mon autorité et de ma force pour avoir besoin d’une armée de gardes du corps. Il faut que j’impressionne ces soldats pour qu’aucun ne commence à se dire qu’il pourrait s’en tirer sans dommage, Bran. Mais pas comme les intimiderait un CECH syndic, et c’est précisément cette image de moi que renverrait une cohorte de gorilles.

— Oui, mon général. »

Sidérant à quel point l’impassible Malin pouvait mettre d’émotion dans trois petits mots.

« Cadre exécutif de troisième classe Gozen », se présenta-t-elle en saluant au garde-à-vous.

Drakon lui retourna son salut avec assez d’égards pour lui montrer qu’il respectait la personne qu’il avait en face de lui. « Vous avez une mine d’enfer », constata-t-il.

Gozen s’était débarrassée de sa cuirasse intégrale scarifiée par les récents combats et n’était vêtue que de sa tenue de travail, laquelle, pour avoir été portée pendant des jours sous la cuirasse, n’avait pas meilleure apparence, bien au contraire. Ses plages de peau visibles étaient maculées, ses cheveux courts graisseux et plaqués à son crâne par le port continuel de son casque, ses yeux cernés et ses lèvres fendillées de gerçures.

Le constat de Drakon parut d’abord la surprendre puis elle sourit. « C’est bien ce que je ressens, mon général. Je ne voudrais surtout pas vous faire croire que je vous cache quelque chose.

— Marchons un peu. » Drakon emboîta le pas à Gozen, qui le conduisit dans les secteurs les plus proches des immeubles en ruine où s’étaient postées les forces syndics. Les bâtiments étaient bourrés de soldats qui s’étaient rendus à lui et le fixaient à présent d’un œil morne, tantôt avec résignation, tantôt avec espoir ou curiosité. Il s’arrêta pour discuter avec certains et tenter de sonder leur humeur, que la lecture des rapports ou des vidéos ne suffisait pas à restituer.

Il fit halte devant un vétéran qui regardait dans le vide, assis par terre, l’épaule basse. « Vous n’étiez pas à Chandrahas ? »

Stupéfait, l’homme releva les yeux puis bondit sur ses pieds en le reconnaissant. « Devon Dupree, travailleur de première classe aux systèmes de combat, armes lourdes, cinquième compagnie… »

Drakon lui coupant la parole d’un geste tranchant, il s’interrompit tout net. « Pas besoin de me réciter tout ça. Étiez-vous à Chandrahas ? Il y a une dizaine d’années.

— Oui, honorable CECH, répondit le vétéran figé au garde-à-vous, en regardant droit devant lui.

— Asseyez-vous », ordonna Drakon. L’homme obéit. « Bon, détendez-vous. Vous étiez à la… trois cent soixante-dixième division, n’est-ce pas ? Un de ces soldats qui ont tenu une position pendant six heures contre des attaques massives de l’Alliance. »

De surprise, l’ancien dévisagea Drakon en clignant des paupières. « Oui, honorable…

— Je ne suis plus CECH. Bon sang, vous avez fait là-bas un boulot stupéfiant, les gars, poursuivit Drakon avec admiration. Je vous croyais libérés et mis à la retraite depuis longtemps en récompense de votre héroïsme.

— Oui, c’est ce qu’on nous avait dit, déclara l’autre en fixant le général, de plus en plus étonné. Et, un mois plus tard, en sortant de l’hôpital, après avoir visionné les vidéos laissées par les équipes de tournage, on nous a appris que nous avions fait du trop bon travail pour qu’on renonce à des soldats aussi précieux que nous. On nous a renvoyés à notre unité. Vous êtes bien le CECH Drakon ?

— Je l’étais autrefois.

— Vous étiez à la tête de la cent seizième à l’époque, non ?

— En effet. » Drakon désigna la base. « Ce sont elles que vous avez combattues. Deux brigades de la cent seizième.

— Ben, purée, pas étonnant qu’on ait perdu ! » Dupree secoua la tête. « C’est drôle. Maintenant que je sais contre qui on s’est battus, je me sens moins mal dans ma peau. »

Drakon s’assit à côté du vétéran, conscient que les soldats les plus proches le dévoraient des yeux, suspendus à ses lèvres. « Quels sont vos projets ?

— Tâcher de survivre, j’imagine, répondit l’ancien. Comme d’habitude.

— Ulindi peut avoir l’usage d’un homme de votre acabit. Et moi aussi.

— Vraiment ? Pourquoi ?

— Parce que je trouve écœurant qu’on traite des soldats comme vous de cette manière. »

Le technicien Dupree hocha la tête, l’œil grave et le regard pénétrant. « Vos travailleurs se sont toujours durement battus pour vous. Mais je ne peux pas rester à Ulindi. J’en garde à présent des souvenirs douloureux. Et, même si je voulais gagner un système encore contrôlé par lui, le Syndicat est exclu. J’ai tué deux serpents. Deux jeunes crétins qui croyaient n’avoir pas à s’inquiéter d’un vieux bonhomme comme moi. Vous rentrez à Midway ? Je n’y suis jamais allé.

— L’eau y abonde, affirma Drakon.

— Et la mousse ?

— Midway est un important nœud commercial à cause de son portail et de ses nombreux points de saut. Nous avons de la très bonne bière. En quantité. »

Le vieux soldat sourit jusqu’aux oreilles et se redressa. « Si ça vous intéresse… euh…

— Général. J’ai laissé tomber le CECH dès que j’ai pu.

— Oui, mon général. Si vous voulez bien de moi, je suis à vous. »

Drakon tendit le bras et lui tapa l’épaule. « Un de ceux qui ont tenu leur position à Chandrahas ? J’aurai toujours de la place pour vous et vos pareils. Et vous avez bien dit “armes lourdes”, n’est-ce pas ? On aurait bien besoin d’un vétéran technicien des armes lourdes. » Il se leva et balaya du regard la foule silencieuse. « On vous a dit que vous aviez le choix et c’est vrai. Ça n’est pas une ruse du Syndicat. Juste avant de rencontrer le cadre exécutif Gozen, j’ai appris que nos forces mobiles avaient capturé les transports de troupes qui vous ont amenés à Ulindi. Nous emploierons un ou plusieurs de ces transports à embarquer tous ceux qui voudraient gagner une étoile où ils pourraient trouver un passage vers l’espace syndic. Vous pouvez aussi rester ici et voir quelle sorte de système stellaire on peut édifier dans un Ulindi affranchi du Syndicat. Ou bien monter à bord d’un de ces transports avec mes hommes et nous retrouver à Midway. À vous de voir. »

Drakon consacra encore une heure précieuse à se promener parmi les vaincus puis retourna sur l’esplanade où les combats avaient fait rage. « Laissez-nous respirer », ordonna-t-il à ses deux gardes, qui s’étaient révélés superflus et qui reculèrent d’une dizaine de mètres. Il se retourna vers Gozen. « Et vous, cadre exécutif Gozen, que décidez-vous ? »