Toute la paix du phénix disparut instantanément du visage de Harry et Minerva eut l'impression qu'elle venait de le poignarder.
"Non !" dit Harry. Sa voix fut prise de panique. "J'en ai besoin, je ne pourrai pas étudier à Poudlard, je ne pourrai pas dormir !"
"Vous pourrez dormir," dit-elle. "Le Ministère a délivré les coques de protections pour votre Retourneur de Temps. Je l'enchanterai pour qu'il s'ouvre seulement entre 21h et minuit."
Le visage de Harry se tordit. "Mais - mais je -"
"M. Potter, combien de fois avez-vous utilisé le Retourneur de Temps depuis lundi ? Combien d'heures ?"
"Je..." dit Harry. "Attendez, laissez-moi compter -" Il regarda sa montre.
Minerva eut une montée de tristesse. C'était bien ce qu'elle pensait. "Ce n'était pas seulement deux fois par jour, alors. Je pense que si j'interrogeais vos camarades de dortoir, je découvrirais que vous avez eu du mal à rester debout assez longtemps pour aller vous coucher à une heure raisonnable, et que vous vous êtes levé de plus en plus tôt chaque matin. Correct ?"
Le visage de Harry disait tout ce qu'elle avait besoin de savoir.
"M. Potter," dit-elle avec gentillesse, "il y a des élèves à qui on ne peut confier des Retourneurs de Temps, parce qu'ils deviennent drogués. Nous leur donnons une potion qui rallonge leur cycle de sommeil de la durée nécessaire, mais ils finissent par utiliser le Retourneur de Temps pour bien plus que de la présence en cours. Et nous devons alors les reprendre. M. Potter, vous avez fait du Retourneur de Temps votre solution à tout, souvent de façon idiote. Vous l'avez utilisé pour récupérer un Rapeltout. Vous avez disparu d'un placard devant les autres étudiants au lieu de revenir en arrière après être sorti et d'être venu me chercher moi ou quelqu'un d'autre pour que nous venions ouvrir la porte."
Vu la tête de Harry, il n'avait pas pensé à ça.
"Et plus important," dit-elle, "vous auriez dû simplement suivre le cours du professeur Rogue. Et regarder. Et partir à la fin du cours. Comme vous l'auriez fait si vous n'aviez pas possédé un Retourneur de Temps. Il existe certains élèves à qui on ne peut confier un Retourneur de Temps. Vous êtes l'un d'eux. J' en suis navrée."
"Mais j'en ai besoin !" lâcha Harry. "Et si des Serpentard me menacent et que je dois m'échapper ? Il me garde en sécurité -"
"Tous les autres étudiants de ce château courent les même risques, et je vous assure qu'ils survivent. Aucun étudiant n'est mort dans ce château depuis près de cinquante ans. M. Potter, vous allez me rendre le Retourneur de Temps et vous allez me le rendre maintenant."
Le visage de Harry était déchiré par la souffrance, mais il sortit le Retourneur de Temps de sous ses robes et le lui donna.
Minerva sortit une des coques protectrices qui avaient été envoyées à Poudlard de son bureau. Elle clippa la coque autour du sablier rotatif du Retourneur de Temps, puis elle déposa sa baguette sur la coque pour compléter l'enchantement.
"Ce n'est pas juste !" glapit Harry. "J'ai sauvé la moitié de Poudlard du professeur Rogue aujourd'hui, est-il juste que je sois puni pour ça ? J'ai vu votre regard, vous détestiez ce qu'il faisait !"
Minerva resta silencieuse pendant quelques instants. Elle enchantait.
Lorsqu'elle eut fini et qu'elle releva le regard, elle sut que son visage était dur. Peut-être qu'elle avait tort. Mais peut-être que c'était ce qu'il fallait faire. Il y avait un enfant obstiné face à elle, et ça ne voulait pas dire que l'univers était en morceaux.
"Juste, M. Potter ?" dit-elle d'un ton moqueur. "J'ai dû faire deux rapports au Ministère pour utilisation public d'un Retourneur de Temps, deux jours de suite ! Soyez extrêmement reconnaissant qu'on vous ait autorisé à conserver le Retourneur de Temps, même sous une forme restreinte ! Le Directeur a fait un appel par cheminée pour plaider votre cause personnellement, et si vous n'étiez pas le Survivant, même ça n'aurait pas suffit !"
Harry la regarda, la bouche grande ouverte.
Elle savait qu'il voyait le visage du professeur McGonagall en colère.
Les yeux de Harry s'emplirent de larmes.
"Je suis, désolé," chuchota-t-il, sa voix maintenant étouffée et brisée. "Je suis désolé, de vous avoir, déçue..."
"Je suis désolée aussi, M. Potter," dit-elle d'un ton dur, et elle lui tendit le nouveau Retourneur de Temps Restreint. "Vous pouvez partir."
Harry fit demi-tour et fuit son bureau en sanglotant. Elle entendait ses pieds traîner dans le couloir, puis le son fut interrompu par celui d'une porte qui se refermait.
"Je suis désolée aussi, Harry," murmura-t-elle dans la pièce silencieuse. "Je suis désolée aussi."
Quinze minutes après le début du déjeuner.
Personne ne parlait à Harry. Certains des Serdaigle lui jetaient des regards de colère, d'autres de sympathie, et quelques-uns parmi les plus jeunes le regardaient même avec admiration, mais personne ne lui parlait. Même Hermione n'avait pas essayé de s'approcher.
Fred et George étaient venus avec précaution. Ils n'avaient rien dit. L'offre était claire, et elle était optionnelle. Harry leur avait dit qu'il viendrait pour le dessert, pas avant. Ils avaient hoché la tête et étaient vite partis.
C'était probablement l'absence totale d'expression sur le visage de Harry qui avait cet effet.
Les autres pensaient probablement qu'il contrôlait sa colère ou sa consternation. Ils savaient qu'il avait été appelé dans le bureau du Directeur parce qu'ils avaient vu le professeur Flitwick venir le chercher.
Harry essayait de ne pas sourire, parce que s'il souriait, il commencerait à rire, et s'il commençait à rire, il ne s'arrêterait pas avant que les gentils monsieurs en veste blanche ne viennent l'emporter.
C'en était trop. C'en était vraiment trop. Harry était presque passé du Côté Obscur, son côté obscur avait fait des choses qui semblaient démentes rétrospectivement, son côté obscur avait gagné une victoire impossible qui était peut-être réelle mais qui était peut-être une pure fantaisie de la part d'un Directeur fou, son côté obscur avait protégé ses amis. Ils ne pouvait plus le supporter. Il avait besoin que Fumseck chante à nouveau. Il avait besoin d'utiliser le Retourneur de Temps, de s'en aller passer une heure au calme pour récupérer, mais ce n'était plus possible et la perte était comme un trou dans son existence, mais il ne pouvait pas y penser parce qu'alors il pourrait commencer à rire.
Vingt minutes. Tous les élèves qui allaient venir au déjeuner étaient déjà là, et presque aucun n'était parti.
Le battement d'une cuillère résonna dans la Grande Salle.
"Si je pouvais avoir votre attention," dit Dumbledore. "Harry Potter aimerait partager quelque chose avec nous."
Harry prit une profonde inspiration et se leva. Il marcha jusqu'à la Grande Table, et tous les yeux étaient braqués sur lui.
Harry se retourna et regarda les quatre tables.
Ça devenait de plus en plus difficile de ne pas sourire, mais Harry vida son visage de toute expression alors qu'il récitait son bref discours appris par cœur.
"La vérité est sacrée," dit Harry d'une voix sans timbre. "Une de mes possessions que je chéris le plus est un bouton sur lequel il est écrit : 'Dis la vérité, même si ta voix tremble.' Voici donc la vérité. Souvenez-vous en. Je ne le dis pas parce qu'on m'y oblige, mais parce que c'est vrai. Ce que j'ai fait durant le cours du professeur Rogue était sot, stupide, puéril, et une enfreinte inexcusable aux règles de Poudlard. J'ai dérangé la classe et j'ai privé mes camarades d'un temps d'étude irremplaçable. Tout ça parce que je ne suis pas parvenu à contrôler mon tempérament. J'espère qu'aucun d'entre vous ne suivra jamais mon exemple. Je compte certainement essayer de ne plus jamais le suivre."