Выбрать главу

Val se calma. Il n’aimait pas perdre ses chasseurs, mais il était reconnaissant à Olga de ne pas être chargé de l’enlèvement de tous ces cadavres de suicidés. Ce serait une besogne vraiment trop déprimante. Il redescendit au garage et fit des heures supplémentaires à nettoyer les rétines Electro-Mag et à astiquer les plots.

Walter ne vint pas prendre la relève, aussi Val confia-t-il la garde au Scrutateur et se rendit-il chez le vieil homme. Il le trouva au lit ; son visage était d’un gris cendreux. Bitter-Femme lui frictionnait les mains et les pieds : il fallait remettre d’aplomb son gagne-pain.

« Tu arrives au bout de ton rouleau ? » demanda Val, impitoyable.

Le vieil homme acquiesça, avec un pâle sourire.

« Tu as bien vécu. Tu as fait ton devoir envers la fourmilière. Faut-il appeler un Méditech ? On pourrait peut-être te mettre en suspension. Les générations futures… »

De gris, le visage de Walter devint violet, sous l’effort qu’il fit pour protester.

« Ma vie n’est pas encore finie… Pas tout à fait. Mais je préfère la terminer dans ma génération, merci. »

Bitter intercéda : « Laisse-le se reposer quelques jours. Il reprendra bientôt le travail, tu verras. »

Val comprenait les doutes de Walter en ce qui concernait la suspension. Avec la densité démographique actuelle, les réanimations étaient rares.

« Très bien. Je peux me débrouiller tout seul pendant quelque temps. Je coucherai au C.C., tout simplement, et tiendrai compagnie au Scrutateur. Les observations de Broncos sont en diminution, d’ailleurs. »

Walter se détendit et s’assoupit. Son vieux visage rosit légèrement.

Quelques jours après, il était de retour au Contrôle des Chasses, la respiration sifflante. Bitter l’avait bourré jusqu’aux yeux de remèdes de bonne femme. Ses pieds et ses poumons étaient encore pleins de fluides excédentaires, mais il se disait qu’il se reposerait mieux sur le divan du C.C. sans Bitter en train de tourner autour de lui. Il dut se frayer un passage à travers des entassements d’objets hétéroclites : boîtes, fils, tubes, écrans, pour parvenir à son pupitre.

Val vit le vieil homme s’accommoder dans son siège et se renverser en arrière. Deux techs firent leur entrée, transportant un gros tonneau noir sur un chariot.

« Qu’est-ce que c’est que tout ce bazar ? » souffla Walter.

Val, occupé à épisser maladroitement un câble, leva le nez.

« Ce matériel vient de chez le Bricoleur. Je crois que nous avons là un émetteur-récepteur à faisceau dense en état de marche. Ses éléments de concentration magnétique ont une très bonne sélectivité. Nous avons pu écouter les émissions non autorisées en provenance du Dehors. Je voudrais arranger le poste de manière à pouvoir émettre aussi. Nous pourrions relever leur position, s’ils focalisent. »

Walter appuya sa tête contre un coussin. Il ferma les yeux et demanda négligemment : « Récolté quelque chose d’intéressant ?

— Un tas d’inepties. Je vais te les faire écouter. Il doit y avoir des douzaines de maches renégates là-dehors, d’après le nombre d’émissions. Je ne comprends pas ce qui peut pousser une machine à abandonner sa douille d’énergie pour aller vagabonder avec les cinq-orteils. »

Walter dit sans ouvrir les yeux :

« Je crois que les machines s’identifient à eux.

— S’identifient ? interrogea Val en posant ses outils.

— Les Broncos sont rapides et robustes ; les machines gagnent l’énergie dont elles ont besoin en travaillant, comme Laboureuses… Pour avoir un meilleur boulot, elles devraient être plus rapides et plus solides. Ce sont des qualités qu’elles admirent. Simple rapprochement. »

Val prit un air contrarié. Il se rappelait la Moissonneuse qui avait sauté, au pied du mont Table. Il y avait eu là bien plus que cela. Quelqu’un avait modifié la programmation de la machine.

« Un mauvais circuit, grommela-t-il. Comme le mauvais gène chez les Broncos. »

Walter ne répondit pas. Il écoutait les chants captés sur le faisceau dense.

Un cinq-orteils aime à courir en liberté, Son corps est immunisé. Il s’accouple en passant et vit en solitaire. Il mange la viande rouge et la moelle des os. Son cœur et sa charpente sont ceux du Bronco ; Bien pourvus en calcium et en collagène. Il a la couleur arc-en-ciel de ses gènes. Son système sympathique et son Gamma À Le préservent d’habiter là-bas, Dans la fourmilière où l’âme se peint en gris. La mélanine pigmente sa peau-lui, Le Bronco Hors-les-Murs.

Walter ne put saisir tous les mots à la première audition. Ils étaient débités à toute vitesse, au rythme vif des tambourins, avec un accompagnement soutenu à la guitare. Il demanda qu’on lui en donne l’imprimé, y jeta un regard, et referma les yeux.

« Nous savons tous que les Broncos sont différents de nous. Pourquoi en faire une chanson ?

— C’est peut-être une machine chantante », suggéra Walter.

Le chant suivant était beaucoup plus bref :

O l’heureux jour ! O l’heureux jou Celui où Olga viendra Nous montrer la voie !

Le gros Walter toussa et se redressa. Olga ?

« Cette machine chantante m’a tout l’air d’un D.O., un Disciple d’Olga. »

Val termina le montage du poste et se recula.

« Tu te rappelles cette Moissonneuse qui avait écrasé deux travailleurs ? Elle tuait au nom de quelqu’un ou de quelque chose qu’on ne pouvait transcrire. Tu te souviens ? »

Walter acquiesça.

« Est-il possible que ce fût au nom… d’Olga ? » demanda Val. « Cet espèce de sorcier bronco, avec sa boule de cristal, pourrait-il être un Disciple d’Olga ? »

Le visage de Walter s’assombrit tandis qu’il cherchait la boîte où il rangeait les artefacts broncos. Les perles étaient à présent des reliques sacrées à ses yeux, virtuellement au moins, car elles pouvaient le mener vers Olga. Ses lèvres prirent une coloration bleue, et il demanda à l’écran de lui projeter la carte indiquant la position des planètes. Une table astronomique apparut.

« Non, non… c’est le thème astrologique que je veux. Le système zodiacal géocentrique. »

Cette fois, il put voir les symboles planétaires se déplacer de signe en signe tandis que le calendrier s’effeuillait. On n’accordait à ces données qu’un très faible taux de probabilité. La Grande S.T. n’avait que faire de tels renseignements, et on ne les avait pas remis à jour depuis des années. Les planètes se déplacèrent dans l’espace et dans le temps, mais Walter ne trouva nulle trace de la conjonction de quatre planètes dans les prévisions futures. Il se tassa sur lui-même, visiblement déprimé.

Val regarda par-dessus son épaule, et lui tapota le dos.

« Nous avons déjà essayé cela, rappelle-toi. Si Olga attend que les planètes aient la même disposition que ces perles, elle en a pour des siècles. »