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« Tu n’as rien ? demanda Val en lui touchant l’épaule.

— Un miracle !… » murmura le gros homme.

Val ne fit aucun commentaire. Il alla prendre place devant les commandes mortes. La cellule énergétique était chargée au maximum. Il coupa toutes les commandes. Puis, un par un, il rouvrit les interrupteurs ; à ce moment, le panneau s’alluma. En jetant un coup d’œil par le hublot, il vit un équipage occupé à redresser un appareil renversé. D’autres groupes de chasseurs s’agitaient autour de machines silencieuses.

« Un miracle ! répéta Walter.

— Nous allons voir ça. »

Son vaisseau était le seul encore capable de voler. Quelque chose avait fait disjoncter les circuits en les surchargeant et avait effacé les mémoires des maches. Tout le campement des Broncos était creusé de cratères. Il n’y vit que des squelettes, d’hommes et de machines. Des tas d’ossements. Des cadavres fracassés jonchaient le pourtour du camp ; certains étaient recouverts d’Agrimousse. Rien ne bougeait, à l’exception des colonnes de fumée qui montaient vers le ciel. Il fit le tour du campement ; les magasins optiques de l’appareil enregistrèrent cette désolation.

« C’est ça, ton miracle ? dit Val, méprisant. Olga a anéanti les Broncos. »

Walter ne prêta pas attention à cette remarque.

« As-tu entendu sa voix… la voix d’Olga ? »

Val se posa auprès d’une Agrimache en feu.

« Quelle voix ? »

Walter tenta de repasser la bande sur l’audio du vaisseau, mais la mémoire était vierge en ce qui concernait les événements récents. L’appareil transmit au C.U. une demande d’information : d’autres senseurs avaient-ils capté la voix d’Olga ? Le C.U. ne répondit pas.

« Ici Classe Deux, dit enfin une voix.

— Où est le Classe Un ? demanda Val d’une voix tendue.

— Le météore a détruit un trop grand nombre de ses circuits. Son égo n’y a pas survécu. Je tiendrai ses fonctions jusqu’à ce qu’on l’ait réparé, dit le Classe Deux.

— Quel météore ? fit Val.

— Un gros météore, qui est tombé près du marais aux Pouliches, en formant un nouveau lac d’environ quarante cinq kilomètres de diamètre. De nombreuses cités-puits se sont écroulées. »

Val était fortement impressionné.

« Que demandiez-vous au C.U. ? interrogea le C.D..

— Avez-vous entendu ce qu’a dit Olga ? questionna avidement Walter.

— J’ai enregistré des fragments de conversation en provenance du monde entier. Ce déluge de météores était général. Donnez-moi les mots-clés de ce message, et j’essaierai de le reconstituer. »

Walter toussa. L’excitation avait déclenché un léger œdème pulmonaire ; ses yeux et sa bouche étaient cernés de noir, le masque de domino de la cyanose. Il fit un effort de mémoire.

« Enfants d’Olga, dit-il en hésitant. Chariot de feu. Roues enflammées… »

Le Classe Deux recouvra et tria les données.

« Que les enfants d’Olga, par les roues enflammées d’Ezéchiel

et le chariot de feu d’Elias, soient sauvés des flèches des chasseurs et viennent prendre la place qui est leur,

parmi les étoiles, au plus haut des deux. »

« C’est ça ! » dit Walter, suffoquant d’émotion.

Val frémit. « Du calme, vieux ! Ton cœur ne va pas tenir le choc ! Si tu n’y prends pas garde, tu iras les rejoindre au Pays d’Olga ! Ne comprends-tu pas ce que cela signifie ? Olga les a accueillis en son paradis ; ils sont morts. Ils n’ont plus rien à craindre de nous, c’est une chose certaine.

— Mais, les paroles d’Olga ? protesta Walter.

— Une quelconque prière bronco enregistrée pendant le feu d’artifice. Ils sont morts heureux, en pensant qu’Olga était venue les chercher. Et c’est vrai, ma foi. Regarde-moi tous ces cadavres », dit Val.

Tandis que Walter reprenait son souffle, allongé sur sa couchette, Val sortit pour aller inspecter le camp. Le sol était jonché d’armes de l’âge du Fer, d’ossements, de cadavres et de bizarres particules de matière vitrifiée. Il examina les corps, cherchant des traces de vie. Rien. Il descendit dans l’un des cratères brûlants, mit le pied sur la peau à vif d’un cybercité. Il ramassa des fragments du synthésol spongieux, qui faisait penser à un tapis ; ils étaient roussis. Il mit dans une boîte, pour étude ultérieure, des échantillons de sol, de particules vitrifiées et de roches brûlantes.

Certains cratères, profonds de neuf à dix mètres, n’avaient fait que mettre à nu les organes de la cité. D’autres, de près de quinze mètres de profondeur, l’avaient éventrée. Val regarda avec inquiétude les fissures noires béant dans l’entre-murs. Il savait qu’elles couraient sur mille cinq cents mètres, jusqu’à la base du puits.

D’autres engins de Chasse fonctionnaient à nouveau maintenant. Ils le rejoignirent pour examiner le terrain. Des Irrigateurs chassèrent la mousse, révélant de nouveaux cadavres. Des cadavres à la peau épaisse, pourvue de tous les pigments de mélanine : jaunes, rouges, bruns et noirs. Des cadavres fortement charpentés : certains mesuraient plus d’un mètre quatre-vingts. Walter arriva en respirant bruyamment ; lui aussi portait une boîte d’ossements.

« Ce sont d’énormes os », dit-il.

Val hocha la tête. « Songe qu’ils ont en moyenne soixante centimètres de plus que nous ; on peut dire qu’ils sont anormalement grands. »

Walter avait aussi remarqué les roches brûlantes à l’aspect curieux.

« Des tectites, dit Val. Il y a eu un déluge de météorites, la nuit dernière, tu te souviens ? »

Pendant trois jours, Val étudia le site, assisté d’une équipe de techs. Des Agrimaches vinrent remplir et mettre en semailles les cratères. En fin de compte, ils furent expulsés du terrain par les machines impatientes.

En s’en retournant vers le Pays Orange, Val fit un détour vers le sud-est pour contempler l’énorme cratère près du marais aux Pouliches. Ils le repérèrent facilement : un lac de quarante-cinq kilomètres de large aux bords dentelés.

« Cela me fait penser aux bords en dents de scie du mont Table, dit Val. Même origine, sans doute. »

Le vieux Walter acquiesça.

Le Scrutateur du C.C. leur souhaita la bienvenue. Les détecteurs n’avaient rien signalé depuis leur départ. Les Broncos avaient disparu.

Val surveilla le déchargement des artefacts trouvés au camp du 50e parallèle : armes, perles, os rongés et mastiqués, roches et particules vitrifiées. Les techs emportèrent les échantillons dans leurs services respectifs. On dépoussiéra et remit en marche les instruments d’analyse. La plupart des ossements, mous et spongieux, ressemblaient à de la craie, ou à du carton-pâte : c’étaient des ossements de citoyens.

« Pour quelle raison désirez-vous qu’on analyse ces objets ? » demanda le tech en désignant une caisse de rochers et de débris vitrifiés.

Val haussa les épaules. À vrai dire, il n’en savait rien.

« C’était une averse d’aérolithes. Voyez ce que vous avez dans les magasins concernant les tectites. Tout ce que vous pourrez découvrir : la taille qu’elles avaient avant de pénétrer dans notre atmosphère, leur âge, leur origine… ce genre de choses. »

Le tech était déconcerté.

« Je pense que nous trouverons quelque chose. Il faudra emprunter l’appareillage du Labo Central. Quel délai me donnez-vous ?

— Prenez tout votre temps », dit Val en le congédiant.