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— Peut-être est-ce vrai, fit Geary sans trop y croire.

— Amiral, si ces… euh… unités manquantes étaient à Yokaï, on n’aurait pas besoin de… euh… feindre qu’elles soient toujours là, repartit Barber en faisant preuve d’une très grande prudence.

— Vous avez raison, répondit Geary. Lieutenant Barber, je ne crains pas qu’on me fasse comprendre qu’on a de bonnes raisons de croire que je me trompe. En vérité, je m’en félicite. Merci. »

Barber sourit avec un soulagement flagrant. « Oui, amiral. C’est seulement que… d’autres amiraux…

— Je sais, lieutenant. J’ai eu moi aussi mon lot d’amiraux qui refusaient obstinément de s’entendre dire qu’ils pouvaient faire erreur. » Geary scruta de nouveau l’étude. « Les QG de ces deux divisions prétendent bien avoir un effectif au complet, n’est-ce pas ?

— Autant qu’on puisse l’affirmer, amiral. Les unités du QG au moins semblent pleinement opérationnelles. Certaines indications, comme des demandes exigeant davantage d’éléments d’ameublement et ainsi de suite, laissent même entendre qu’elles seraient en train de légèrement s’agrandir.

— On aurait vidé les unités combattantes de leur substance et non seulement conservé leur plein effectif au QG, mais encore l’aurait-on renforcé ?

— Quand l’argent vient à manquer, il faut savoir sérier les priorités, fit observer Duellos, sarcastique. Merci, lieutenant. Excellent travail. L’amiral et moi-même devons à présent débattre en privé.

— Oui, commandant. »

Barber regagna son poste de surveillance des transmissions et Duellos activa un champ d’intimité autour de leurs deux fauteuils. « Le colonel Galland vous a dit que les autochtones avaient fait tout un scandale pour qu’on conserve leur plein effectif à ses coucous, dit-il. Ça n’a pas dû la faire aimer de ses supérieurs.

— Non, certainement pas. Et elle a dit aussi que le général Sissons ne détestait pas lécher le cul des siens, encore qu’en termes moins brutaux. »

Duellos sourit. « Si le général Sissons tenait par-dessus tout à satisfaire ses patrons, il aurait accepté sans rechigner toutes les réductions d’effectifs confiées à ses soins et n’en aurait rien dit aux locaux afin qu’ils s’abstiennent de tout tapage susceptible de les indisposer. Nous savons maintenant pourquoi il ne vous a proposé aucun renfort de ses forces terrestres. Il n’a pas de réserves de troupes. Celles qui sont encore là sont trop occupées à préserver l’illusion de deux divisions complètes. À en juger par le nombre des vaisseaux de réfugiés dont nous devons nous occuper, il nous faudrait au moins, pour mener le boulot à bien, l’appui d’une fraction conséquente d’une ses brigades, et, si des troupes devaient encore quitter Adriana en aussi grand nombre, tout le château de cartes s’effondrerait car le nombre pitoyable des soldats de l’Alliance restés dans ce système sauterait alors cruellement aux yeux.

— Si par “fraction conséquente” vous entendez deux régiments, eh bien, oui, c’est de cela que nous avons besoin. Sans les forces terrestres, je ne puis exécuter les ordres. » Pas un piège mortel, certes, mais tout de même un méchant coup fourré.

Si c’était là le piège. Geary fronçait les sourcils en fixant son écran qui montrait le système d’Adriana et tout ce qu’il abritait, quand bien même il ne pouvait plus désormais se fier à certaines de ces données. Si je ne réussissais pas à résoudre le problème des réfugiés, ce serait pour moi très embarrassant. Mais pas terrifiant ni dangereux, ni même insupportable. Quelle sorte de piège est-ce là ?

Qu’est-ce que je rate ?

Il déplaça la main pour s’éloigner du système. Plus loin… plus loin… plus loin. Les détails s’estompaient à mesure que l’échelle des distances se faisait interstellaire, passant brusquement d’une heure à une année-lumière : Adriana, Batara et quelques autres, jusqu’à ce que Batara lui-même occupât l’écran.

La réponse le frappa en un clin d’œil. Ce qui se passait à Adriana avait sans doute son importance, mais il y avait aussi Yokaï et Batara. Et quelques autres systèmes syndics étaient sans doute impliqués eux aussi, en même temps peut-être que le reliquat du gouvernement des Mondes syndiqués ou qu’un CECH local devenu seigneur de la guerre. La cause du problème et sa solution (s’il y en avait une) résidaient dans d’autres systèmes.

Et le piège avec.

Neuf

Il arrive parfois que tout s’assemble à la perfection, comme les pièces d’un puzzle complexe et finement usiné qui, toutes, se glisseraient à leur place respective pour former une image fidèle. Il en est ainsi de certaines opérations où ni Murphy ni sa fameuse loi ne montrent le bout du nez et où les manœuvres de l’ennemi elles-mêmes contribuent à produire l’issue souhaitée.

Ce n’était pas le cas.

« Émeute à bord de vaisseaux de réfugiés en orbite ! Ils réquisitionnent les navettes de réserve.

— Les escadrons d’AAR de l’aérospatiale chargés de la sécurité orbitale sont victimes d’une défaillance de grande envergure du logiciel de leur système de commandes ! Certains doivent passer en manuel et ne peuvent plus mener d’interventions de maintien de l’ordre !

— Les supports vitaux du cargo de réfugiés escorté par le Dague et le Perroquet vers la planète principale tombent en carafe ! Les deux destroyers n’ont pas une capacité suffisante pour les embarquer tous ! Il s’en faut de beaucoup !

— On a perdu la connexion avec le croiseur léger Forte ! On suppute une panne du système de com !

— Deux autres vaisseaux de réfugiés viennent d’être détectés à leur émergence du point de saut pour Yokaï ! L’un d’eux émet un signal de détresse traduisant une défaillance matérielle qui pourrait se solder par l’effondrement de son réacteur !

— Le Formidable rapporte que les commandes de son unité de propulsion principale sont tombées en panne durant un test de routine ! Il ne pourra plus manœuvrer tant que n’auront pas été effectuées des réparations d’urgence ! »

Assis dans son fauteuil sur la passerelle de l’Inspiré, Geary laissa s’écouler plusieurs secondes, conscient que tous le regardaient et attendaient ses instructions.

« C’est tout ? » s’enquit Duellos d’une voix crispée, une paume plaquée à son front.

Ses vigies échangèrent un regard, puis un lieutenant hocha la tête. « Oui, commandant. Pour l’instant. »

Geary entreprit de donner des ordres qui s’échappaient de ses lèvres sans qu’il prît le temps d’y réfléchir à deux fois ni d’en vérifier la validité. Ça pourrait attendre que tout soit mis en branle. Il pressa une touche de com. « Implacable, ici l’amiral Geary. Procédez séance tenante à l’interception du cargo de réfugiés escorté par le Dague et le Perroquet. Embarquez le plus grand nombre possible de passagers pour stabiliser ses supports vitaux et entreprenez d’éventuelles réparations. Geary, terminé.

» Dague, Perroquet, je viens d’ordonner à l’Implacable de vous porter assistance. Tenez bon jusqu’à son arrivée. Geary, terminé.

» Capitaine Duellos, conduisez au plus vite l’Inspiré et tous les croiseurs légers en orbite afin qu’ils s’acquittent des mesures de sécurité auprès des vaisseaux de réfugiés. Que les croiseurs légers forment le périmètre tandis que l’Inspiré occupera le centre, au beau milieu d’eux. Transmettez au Forte l’ordre par signaux lumineux codés d’accompagner son escadron s’il en est capable. Prévenez l’infanterie de l’Inspiré de se préparer à des opérations anti-émeute. Seules sont autorisées les armes incapacitantes. »