Il appuya de nouveau sur les touches de com de son fauteuil. « Colonel Galland, ici l’amiral Geary. J’envoie des forces assister vos unités. Tenez-moi informé de votre situation, Geary, terminé. »
Nouvelle touche. « Général Sissons, ici l’amiral Geary. Des émeutes se sont déclarées à bord des vaisseaux de réfugiés orbitant autour de la planète principale. J’ai dépêché des vaisseaux, mais j’ai besoin du concours des forces terrestres pour rétablir l’ordre. J’attends de vous que vous m’envoyiez par navette la police militaire en configuration anti-émeute pour aider mes unités à son arrivée. Si elle ne se présente pas, j’embarque sur-le-champ les réfugiés à bord de navettes et je les dépose sur le terrain d’atterrissage de votre QG, à charge pour vos troupes de s’en occuper. C’est une promesse. Geary, terminé. »
Troisième touche. « Au cargo non identifié en provenance de Yokaï qui émet un signal de détresse. Aucun de mes vaisseaux ne peut vous atteindre dans les douze heures qui viennent. Déroutez-vous sans tarder vers la seconde géante gazeuse, celle que les balises de navigation désignent sous le nom d’Adriana Sextus. Ses installations orbitales vous fourniront toute l’assistance nécessaire à vos réparations, après quoi vous devrez faire route vers l’intérieur du système et gagner la principale planète habitée pour vous placer sous notre contrôle. Geary, terminé. »
Quatrième. « Aux commandants des neuvième, quatorzième et vingt et unième escadrons de destroyers, préparez-vous à dérouter quelques-uns des destroyers qui escortent les vaisseaux de réfugiés pour prêter renfort à l’Inspiré et aux croiseurs légers. Planifiez vos manœuvres et tenez-vous prêts à intervenir si je vous demande de l’aide. Geary, terminé. »
Il se renversa dans son fauteuil et inspira profondément. « Je n’oublie rien ? »
L’Inspiré s’ébranlait déjà légèrement : ses unités de propulsion principales s’activaient pour précipiter le croiseur de combat vers les vaisseaux de réfugiés stationnés en orbite proche de la planète vers laquelle les bâtiments de l’Alliance se dirigeaient à une allure plus modérée. Duellos attendit que le sien eût bronché pour répondre : « Je n’en crois rien. Les autochtones de la seconde géante gazeuse sont obligés de leur fournir des secours d’urgence, mais, par simple politesse, vous devriez prévenir les autorités locales.
— Promis. » Geary s’interrompit, un nouveau message clignotant pour attirer son attention.
Le chef d’état-major Sissons s’efforçait d’afficher une mine outragée, mais sans grand succès. « Au commandant de la flotte de l’Alliance dans le système stellaire d’Adriana, de la part du général Sissons, commandant des forces terrestres de l’Alliance sur place. Nous ne disposons pas de troupes susceptibles de vous assister. Aucun atterrissage près des installations des forces terrestres de l’Alliance ne sera autorisé. Forces terrestres, terminé.
— Si c’était un Syndic, on lui lâcherait un caillou sur le crâne, fit remarquer Duellos. Dix minutes pour rejoindre la formation des réfugiés, amiral, ajouta-t-il.
— Merci, commandant. » Geary tapa sur RÉPONDRE. « Au général Sissons, commandant des forces terrestres de l’Alliance à Adriana, message personnel de l’amiral Geary. Puisque vous vous dites incapable de transférer des troupes en orbite pour nous assister, je vais vous amener les réfugiés. À moins que vous ne soyez d’humeur à tirer sur mes navettes lorsqu’elles les largueront, vous auriez tout intérêt à dénicher les unités requises et à les expédier de suite en orbite, ou bien apprêtez-vous à recevoir ces réfugiés, parce qu’ils vont arriver. Geary, terminé.
— L’Implacable rapporte qu’il n’est plus qu’à une heure de l’interception du cargo aux supports vitaux défaillants, annonça le lieutenant des opérations de l’Inspiré. Le Dague et le Perroquet se tiennent déjà près du cargo, mais on a dû renoncer à une tentative pour fixer un tube d’évacuation à l’un de ses sas quand son équipage a perdu le contrôle de la situation à bord.
— Compris. » Geary n’eut aucun mal à visualiser ce qui se passait à bord du cargo : un air de plus en plus irrespirable, des réfugiés paniqués, l’équipage se réfugiant probablement sur la passerelle et dans la salle des machines puis scellant hermétiquement les écoutilles pour se protéger. Il se représentait la trajectoire de l’Implacable, le voyait accélérer vers l’interception… Mais le croiseur de combat devrait ensuite pivoter et commencer à freiner en se servant de ses mêmes unités de propulsion principales pour ralentir afin d’épouser la vélocité du poussif cargo.
Tout comme lui-même, l’Implacable faisait tout son possible compte tenu des distances impliquées et des réalités de l’accélération et de la décélération.
Geary priait pour cela fût suffisant.
L’Inspiré continuait de se retourner, ses unités de propulsion principales s’activant à plein régime tandis que le croiseur de combat se glissait au milieu de l’essaim des vaisseaux de réfugiés cabossés, tel un lion surgissant brusquement au sein d’un troupeau de moutons. Sur les franges extérieures de l’amas de cargos, les croiseurs légers de l’Alliance se faufilaient aussi en position, pareils, eux, à autant de guépards cherchant à empêcher le troupeau de s’éparpiller pour fuir le premier prédateur.
« Amiral, les bases des forces terrestres de la planète viennent de lancer des navettes.
— Combien ?
— Huit… non, neuf, amiral. En voilà trois autres qui contournent sa courbure.
— Douze, dit Duellos à Geary. Ça suffira ?
— Probablement tout ce dont dispose Sissons, marmonna Geary pour toute réponse. J’ai besoin d’un champ de transmission prioritaire maximal, ajouta-t-il. Tous canaux.
— À vos ordres, amiral. » Il ne fallut que deux secondes à l’officier des trans pour hocher affirmativement la tête. « C’est prêt, amiral. Canal six.
— Merci. » Geary afficha une mine austère puis frappa la touche. « À tous les vaisseaux transportant des réfugiés, ici l’amiral Geary de la flotte de l’Alliance. Je suis là pour rétablir l’ordre et je vais m’en acquitter. Cessez toute activité. Des troupes de la flotte de l’Alliance et des soldats vont monter à votre bord armés et cuirassés. Toute désobéissance ou effervescence indue sera réprimée de manière proportionnée afin de ramener le calme et la sécurité. Les officiers et cadres de chaque vaisseau de réfugiés doivent contacter sans plus tarder l’Inspiré pour l’informer de la situation à leur bord. Tout bâtiment ayant besoin d’assistance ou d’un retour à l’ordre doit me contacter sans délai sur l’Inspiré. »
Qu’est-ce qui pourrait encore mieux persuader des Syndics de suivre les instructions ? Geary se remémora la formule qu’il avait entendu prononcer par les ex-CECH dans le système de Midway. « Toute tentative d’insubordination sera traitée par les moyens requis. En l’honneur de nos ancêtres, Geary, terminé. »
Il n’avait pas fini sa phrase qu’une autre transmission à haute priorité lui parvenait. Ce n’était pas un message cette fois mais un appel direct.
Le colonel Galland crachait des paroles furieuses : « Une mise à jour ! Une fichue mise à jour superflue, farcie de bogues, vient de mettre toute mon escadrille hors de combat ! Mes techniciens s’emploient à rétablir tous les systèmes dans la configuration précédente, mais mes AAR resteront hors circuit pendant au moins une heure encore, le temps que nous les relancions tous.