Guillaume était comme moi, il voyait tout lui aussi.
Et pour lui, c’était vraiment insupportable.
Ça l’écorchait.
Il faut énormément d’énergie et de patience pour supporter ça.
C’est épuisant.
Et le plus épuisant, c’est de ne pas pouvoir s’empêcher d’essayer de réparer.
Te réparer toi, réparer l’autre, essayer de soulager les peurs, les malaises et les souffrances.
C’est quelque chose d’important ça, la réparation.
Et ça n’a rien à voir avec le pardon.
Tu peux blesser grièvement quelqu’un, il peut te pardonner, mais qui va le réparer?
Tout le boulot reste à faire.
Elle vient du roi David cette notion de réparation, c’est dans aucune autre religion.
Chez les catholiques il y a bien l’absolution, qui est une sorte de réparation pour l’âme. Mais qu’est-ce qu’on en à foutre de l’âme?
Ce qui compte dans l’âme, c’est ce que tu en fais de ton vivant, abruti!
Je ne cherche pas à être un saint.
Je ne suis pas contre, mais être un saint, c’est dur.
La vie d’un saint est chiante.
Je préfère être ce que je suis.
Continuer à être ce que je suis.
Un innocent.
Quelqu’un à qui les choses arrivent, qui laisse les choses lui arriver sans aucune préméditation.
Quelqu’un qui traverse la beauté des choses et qui est traversé par la beauté des choses.
Je suis quelqu’un qui se fie à la vie, aux autres, je ne suis pas quelqu’un qui se méfie.
C’est là en général où tu te fais ratatiner la gueule mais ça ne fait rien.
L’innocent, il est comme le chien errant, il sent les gens, il s’approche toujours, et s’il prend un coup de pied, c’est pas grave, il se barre, il va voir plus loin.
C’est pas toujours agréable d’être un innocent, c’est même souvent lourd.
Un innocent, ça ne répond à aucune mesure.
L’innocent ne juge jamais les gens.
L’innocence, c’est le respect des autres.
C’est un débile aussi, un innocent, il a un côté pur et sans malice.
Dans la Bible, on parle des innocents les mains pleines. C’est juste un mot, mais c’est d’une connerie totale.
L’innocence, c’est une vertu, c’est extraordinaire d’être innocent.
L’innocence du regard sur la vie et sur les choses, c’est un privilège.
Ce n’est pas un savoir, c’est seulement une disponibilité aux choses.
C’est une page blanche sur laquelle tu peux écrire tes variations de différentes couleurs.
Ce n’est pas une façon de voir la vie, non, c’est une façon de la recevoir.
Et ce n’est pas une façon de la connaître non plus, c’est une façon de la reconnaître.
Étymologiquement, l’innocent, c’est celui qui ne nuit pas.
Ne pas nuire.
Rien que ça, ça va déjà bien au-delà que ce que les religions nous montrent aujourd’hui.
Le Dédé, qui était analphabète, était bien dans son statut d’innocent avec son nom de compagnon. Berry, le Bien Décidé.
C’est joli, ça, le Bien Décidé, celui qui décide de faire le bien.
De ne pas nuire.
L’innocent.
Être un innocent.