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— En effet, dit Graville, Hortense était la mère de Morny, sa légèreté n’était pas plus un secret que sa mésentente avec son mari…

— C’est là que mon enquête se complique et que j’arrive sur des terres inconnues.

— Vous avez trouvé l’ADN de Morny ?

— J’ai reconstitué la séquence de son père, le comte de Flahaut.

— On le disait fils de Talleyrand, dit Graville, pour ne pas perdre la main. L’histoire est connue.

— Eh bien pas du tout. C’est en effet ce que je pensais arriver à confirmer. Charles de Flahaut, je ne voulais pas y croire, mais c’est ainsi, possède la séquence ADN des Bourbons de la branche aînée.

— Impossible. »

Léopoldine n’a pas encore eu le temps de raconter cela à Pénélope, elle allait y venir, elle ménageait son effet, mais elle a été trop loquace au sujet du tableau de Gros, il fallait bien qu’elle leur en parle, puisqu’ils roulaient vers Jaffa.

La conversation a été interrompue, sans raison, au moment où la voiture passait la frontière. Elle veut essayer de la rappeler très vite, ce genre d’histoire, c’est pour elle…

Mathieu Graville, lui, a été plus efficace : à peine ses visiteurs partis dans la brume qui nimbe les écuries des princes de Condé, il n’a eu qu’une idée en tête, téléphoner à son cousin Giandomenico et lui raconter cette stupéfiante révélation.

Quant à la princesse de Salerne, elle se dit que ce conservateur si aimable aurait tout de même pu les conduire au coffre et leur montrer l’original des Très Riches Heures du duc de Berry.

37

De retour dans le bureau de Champollion

Paris, lundi 30 avril 2012

L’arrivée de Pénélope au Louvre a des allures de défaite. Wandrille s’est enfermé chez lui. Leur campagne d’Égypte a été une Bérézina. Ils n’ont rien trouvé. Rien sur le plateau des Pyramides, rien dans le vieux musée, rien à Jaffa, ils n’ont même pas réussi à comprendre ce qu’ils cherchaient au juste.

Elle s’était lancée comme une idiote dans la résolution de ce mystère pour plaire à nouveau à Wandrille, pour qu’ils retrouvent l’ardeur de leurs enquêtes, pour lui faire comprendre qu’elle est irremplaçable.

Sa rivale, maigre consolation, ne s’en sortait pas mieux qu’elle. Elle avait essayé de se mettre dans leurs pattes mais n’était pas allée plus loin que le jacuzzi du Mena House, où ils l’avaient retrouvée à leur retour de Jaffa en train de barboter avec un de ses anciens amis de Sciences-Po. Wandrille avait pâli, blessé dans son orgueil, était entré en furie, et ils étaient revenus à Paris tous les trois dans trois avions différents.

Diane est repartie chez son père et sa mère, avec la satisfaction d’avoir expliqué à Wandrille que Pénélope et lui étaient partis sur une fausse piste et qu’il fallait chercher ailleurs, mais sans elle. Elle n’avait aucune idée précise en tête, elle avait lancé cette dernière salve en l’air, pour avoir le dernier mot.

Il a fallu tout ce voyage inutile pour que Pénélope soit bien certaine qu’avec Wandrille c’était réellement fini. Elle ne s’en remettra pas. Elle l’imagine seul dans son appartement trop grand, au téléphone avec sa mère, peut-être même pas malheureux, ouvrant les disques qu’il va écouter pour son journal, feuilletant d’un air absent les catalogues d’expositions du Louvre, une désolation. Pour tout achever, sa directrice fait tomber sur elle sa foudre et ses éclairs :

« Vous n’obéissez pas, vous avez été d’une imprudence extrême, je vous envoie en urgence à Jaffa et vous faites chou blanc alors que toute la presse attendait que je lui dise que l’anneau volé au Tau n’avait aucune importance puisque le talisman de Bonaparte était dans le lazaret. J’étais certaine que vous alliez le découvrir et nous l’apporter.

— Pour le secret de Bonaparte, je me demande si je n’ai pas une autre piste. Léopoldine de Chantilly m’a tenu des propos extravagants.

— Mais pitié ! Ce que je veux, Pénélope, ce sont des documents, des preuves, des lettres de l’époque. Je me fiche de Chantilly et des extravagances de votre consœur ! Je me demande d’ailleurs jusqu’à quel point vous êtes proches toutes les deux. Je ne veux rien savoir de plus. Vos résultats sont médiocres, on n’a même pas pu commencer à établir la carte du site de Baouît avec les cotes, c’était pourtant l’essentiel de ce que je vous demandais, votre équipe vous a à peine vue. Il y a ce petit jeune homme à nœud papillon ridicule qui a commencé à se répandre contre le Louvre sur Facebook, plus jamais de stagiaires comme ça, plus jamais de petits marquis de l’École du Louvre pour les missions sur le terrain. Je l’ai viré. Vous ne m’écoutez pas.

— Mais c’est vous qui nous avez intimé l’ordre d’évacuer tout, juste après l’attentat…

— Une bombinette au Caire, pas de quoi trembler. Vous étiez très bien protégés à Baouît. Il fallait retourner là-bas et vous y maintenir. J’aurais dû résister à la mère Lalouette, c’est encore elle qui a eu cette idée d’imbécile. J’étais contrainte de transmettre la directive. »

Pénélope ne répond rien. Elle baisse la tête. Mme Vanhuyssum se tait. Elle monte à nouveau sur son dangereux tabouret et ouvre le placard qui est au fond du bureau. Elle sort une boîte blanche, que Pénélope se souvient d’avoir déjà vue, et la lui tend du bout du bras, sans un regard.

« Tenez. Vous avez une semaine pour écrire dix pages là-dessus. Voilà à quoi vous êtes bonne, ma pauvre fille. Emportez ce machin dans votre bureau, je ne veux plus vous voir. »

38

Une autre pierre de Rosette

C’est ainsi que Pénélope, épuisée par le voyage, ravagée de tristesse et de mélancolie, a remonté le long couloir couvert de boiseries sombres du département des Antiquités égyptiennes avec sous le bras la fatidique « boîte Bouchard », contenant une pipe, des épaulettes à graine d’épinards et une paire de bretelles.

Son bureau à elle est minuscule, mais il a une fenêtre, elle va pouvoir respirer, lire, téléphoner à toutes ses amies – et à Léonard, son vieux camarade du département des Peintures.

Tout directeur qu’il est, le fidèle Léonard est avec elle trois minutes plus tard. Il ne comprend rien aux aventures égyptiennes de Pénélope, mais il a toujours été présent quand elle a traversé des moments difficiles.

Il ouvre la boîte du don Bouchard et allume l’ordinateur, pour faire diversion.

« Pas inintéressant ce personnage ! Je vais te boucler ton dossier, moi, tu vas voir, tu vas pouvoir aller te promener… Il faut que tu te changes les idées ! Origine modeste, très brillant, comme toi, et comme moi, passionné de mathématiques, pas comme nous, ingénieur dans l’âme. Une vie de roman, tu as vu tout ce qu’on trouve sur lui ! Il a combattu pour de vrai. Il avait parfaitement compris que sa découverte à Rosette était majeure. C’est lui qui a fait réaliser le célèbre estampage qui a permis à Champollion de travailler, un calque des trois inscriptions, hiéroglyphique, démotique et grecque. Ensuite il a été fait prisonnier, Bonaparte était parti mais lui il est resté. Il a été capturé par les Turcs, d’où sans doute la pipe à opium qu’on a dans le carton…