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À peine Moralès a-t-il approché ses yeux de la lorgnette qu’une pâleur inquiétante se répand sur son visage… et Diana, toute frémissante à l’approche de nouveaux crimes à commettre, lui glissa à l’oreille:

– Favraut… et ton père!

Diana ne s’est pas trompée.

Sur une terrasse toute en fleurs… et, disposée de telle sorte qu’elle semble devoir échapper à tout regard qui ne plonge pas d’en haut, le banquier, assis sur un banc, contemplait la mer.

Près de lui, le père Kerjean, qui semblait attentif aux moindres désirs de son prisonnier, montait sa faction habituelle.

– Maintenant…, s’écria la Monti avec un accent de triomphe, je n’ai pas besoin d’en savoir davantage. Je sais ce qui me reste à faire.

– Tu veux enlever Favraut? interrogea Moralès.

– Sans cela… pourquoi serions-nous ici?

– Mais… mon père? haletait Robert qui, retombé entièrement sous la domination de l’aventurière, tremblait à la pensée des nouvelles infamies qu’elle n’allait pas manquer de lui ordonner.

– Ton père? ricana la sinistre femme. Tu n’auras pas à t’en occuper… D’ailleurs… sois tranquille, à cause de toi on s’arrangera pour lui faire le moins de bobo… possible. Ah! il pourra se vanter d’avoir de la chance d’avoir un fils. Et puis… inutile de nous attarder davantage… en ces questions sentimentales. La fortune nous sourit à nouveau… ne la laissons pas échapper… Viens!

Les deux bandits regagnèrent le rez-de-chaussée de la villa.

– J’ai besoin de penser…, décida Diana, laisse-moi seule… car tu me gênerais.

Et elle alla s’enfermer dans sa chambre. Au bout de deux heures, elle s’en fut retrouver Moralès qui, dans une véranda, déprimé, vaincu par la peur et incapable de réagir, regardait la mer d’un œil presque aussi hagard que celui du banquier Favraut.

– Tu vas immédiatement partir pour Nice, ordonna la Monti… Là, tu te rendras immédiatement sur le port… Tu chercheras le brick-goélette l’Aiglon… Il est là, j’en suis sûre… je viens de le lire dans la liste des entrées du port que publie un journal du pays… Tu demanderas à parler au capitaine Martelli… Tu lui remettras cette lettre… Le capitaine te dira alors ce que tu as à faire… À bientôt!

Et comme Moralès, de plus en plus soumis, de plus en plus esclave, s’empressait d’obéir à sa redoutable maîtresse, celle-ci, le regardant s’éloigner, murmura… tandis qu’une flamme d’enfer s’allumait dans ses grands yeux noirs:

– Maintenant, j’en suis sûre!… je tiens les millions du banquier!

IV GRAND-PÈRE

Jeannot et le môme Réglisse ne pouvaient plus se passer de Cocantin…

Depuis trois jours qu’il était arrivé à Sainte-Maxime, l’excellent Prosper, transformé en gouvernante, n’avait cessé de présider aux ébats de ses petits amis, se prêtant avec la meilleure grâce du monde à toutes leurs plus outrancières fantaisies, si bien que Jacqueline avait dû intervenir pour délivrer le brave garçon de cette servitude, à laquelle il se soumettait d’ailleurs de la meilleure grâce du monde… et lui permettre de faire plus ample connaissance avec cet admirable coin de Provence qu’est la baie de Saint-Tropez.

Or, tandis qu’assis sur un rocher, le directeur de l’Agence Céléritas suivait avec un vif intérêt les évolutions gracieuses d’un joli bâtiment à la carène et aux voiles toutes blanches, et qui manœuvrait pour entrer dans le port de Sainte-Maxime, Jeannot et le môme Réglisse, dont l’ardeur au jeu n’avait plus de limites, se livraient avec ardeur, dans le jardin de la villa des Trémeuse, aux joies et aux émotions d’une grande partie de ballon.

Or… comme on l’a déjà vu, le môme Réglisse était doué d’une humeur plutôt voyageuse.

Il aimait les exercices… il adorait les aventures.

Bientôt… le parc de ses hôtes lui parut d’autant plus insuffisant qu’à chaque instant le ballon s’en allait tomber dans les massifs de fleurs.

– Mince de bouleau! disait-il; c’est rien la barbe quand faut aller la chercher là-dedans… Dis, Jeannot, si c’est qu’on se barrait en peinard?…

– Si on se barrait?

– Ben oui, si c’est qu’on allait dans le chemin… on aurait plus de place… et comme ça on ne risquerait pas d’esquinter les généraniums et les roses… et de se faire passer un suif par ta maman.

Jeannot, toujours prêt à écouter les suggestions de son camarade, trouva aussitôt son idée excellente.

Cependant il fit des réserves.

– On n’ira pas loin, n’est-ce pas?

– Loin? T’es pas louf? rassura le môme Réglisse… rien que dans le chemin… tu vas voir comme on va rigoler.

– Mais si maman nous cherche?

– Elle nous appellera… on l’entendra, et on reviendra tout de suite.

– Et si elle nous gronde?

– On l’embrassera…

Comme on le voit, l’ex-ramasseur de mégots avait une façon à lui de résoudre les questions les plus délicates.

C’était toujours, suivant son expression, le système D… et, comme il le disait lui-même, «il savait y faire».

Deux minutes après, les deux bambins, qui avaient quitté le jardin par une petite porte soigneusement repérée par Réglisse, se livraient sur le chemin convoité à une partie de ballon tout simplement merveilleuse.

Mais voilà que, tout à coup, un cri de désespoir échappe en même temps aux deux amis…

Le ballon… par suite d’un coup maladroit, vient de disparaître par-dessus le mur d’une propriété voisine.

Que faire?

Les deux enfants sont à la fois très ennuyés et très perplexes.

Ils se considèrent avec une sorte de stupeur.

Déjà les yeux du sensible Jeannot sont tout pleins de larmes.

Mais bientôt un sourire malicieux éclaire la physionomie du môme Réglisse, qui s’écrie:

– Pas besoin de nous regarder comme deux ballots… Viens avec moi, petit, j’ai trouvé la combinaison!

Le petit diable se dirige vers une brouette placée au pied du mur par-dessus lequel le ballon vient de disparaître.

Un bon gros chien cocker, aux longues oreilles et au ventre arrondi, y somnole paisiblement.

– Hé! va-t’en de là, boudin à pattes…, interpelle Réglisse en faisant déguerpir, sans aucune violence inutile, le paisible et bienveillant animal qui, docilement, s’en va en se secouant et en lançant vers les deux gosses un coup d’œil plein d’indulgence.

– Maintenant… à nous deux, mon fieu! dit Réglisse à son ami. Monte avec moi dans c’te brouette… Je vais te faire la courte échelle… tu vas grimper sur le mur et, s’il y a bon, tu te laisseras dégringoler chez le voisin et tu iras rechercher notre ballon.

Enchanté de jouer le rôle le plus important dans cette nouvelle escapade, Jean se prêta de son mieux à la volonté de son camarade.

Arrivé non sans peine sur le faîte du mur, il fit après une rapide inspection:

– Je peux descendre… ça va bien!

– Alors, en avant… mon gosse.

S’aidant du treillage vert qui garnissait le mur et autour duquel s’accrochaient quelques plantes grimpantes, non sans avoir failli, deux ou trois fois, piquer une tête, Jeannot toucha enfin le sol.