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– Il est tellement habile.

– Je ne le crains pas…, affirmait le banquier… Et puis, vous serez là tous deux pour me défendre.

– Désormais…, fit simplement l’aventurière – sûre maintenant de son influence sur Favraut -, Judex vous appartient. Il est à votre merci. J’aurais pu nous en débarrasser tout de suite. Mais j’ai mieux aimé vous laisser la joie de prendre vous-même votre revanche. C’est donc à votre tour de prononcer le verdict, à votre tour d’être impitoyable. Soyez sûr que votre arrêt sera fidèlement exécuté.

Et, mettant le comble à son infâme hypocrisie, l’ex-institutrice ajouta:

– Rappelez-vous, mon ami, que si vous voulez, désormais, vivre heureux, et si vous tenez à revoir vos enfants, il faut que ce Judex disparaisse à tout jamais de la scène du monde.

– Il disparaîtra.

– Il faut que vous soyez sans pitié.

– Je le serai!

Et le banquier qui, dominé par l’infernale créature, sentait revivre en lui tous ses appétits de férocité instinctive, s’écria d’une voix rauque:

– Il mourra!… oui, il mourra!… et je ne regrette qu’une chose, c’est de ne plus être assez fort pour l’étrangler de mes propres mains.

– Alors, venez! fit l’aventurière dont le visage rayonnait du plus criminel des triomphes.

II MENSONGE ET VÉRITÉ

Sûre désormais de son succès, Diana Monti allait livrer l’assaut suprême avec tout l’aplomb cynique d’un joueur qui a su, en faisant sauter la coupe, mettre tous les atouts dans son jeu.

Ouvrant toute grande la porte de la cabine où attendait Judex, elle lança sur un ton solennel et dans une attitude théâtrale:

– Monsieur Favraut… voici votre bourreau… voici l’homme qui séquestre votre fille!

À ces mots, Judex ne répondit que par un sourire de froide et tranquille ironie.

Il avait compris.

L’aventurière démasquait entièrement ses batteries… Et ce procédé n’était nullement fait pour lui déplaire.

La situation se présentait ainsi nette et franche et ce fut d’une voix qui ne révélait pas la moindre inquiétude que Judex répliqua:

– C’est la bataille… eh bien, soit, je l’accepte.

Et, enveloppant de son regard tout de loyauté admirable le père de Jacqueline qui le considérait avec une expression de haine farouche, il fit de sa belle voix grave, harmonieuse:

– Monsieur, je tiens avant tout à m’inscrire en faux contre les assertions de cette femme. Mme Jacqueline Aubry et son fils ne sont nullement séquestrés par moi. Et si j’ai cru devoir leur offrir l’hospitalité dans ma maison, où ils sont en parfaite sécurité… ce n’était nullement pour en faire des prisonniers… mais uniquement pour leur permettre d’échapper à des bandits qui voulaient les assassiner tous les deux.

Et désignant Diana et Moralès, qui à la suite de Favraut étaient entrés dans la cabine, il fit avec un accent de force superbe et de dignité incomparable:

– Et ces bandits, les voilà.

– Je ne m’abaisserai même pas à vous démentir…, sifflait l’aventurière.

– J’affirme…, reprenait Judex, que vous, Diana Monti, et votre amant, Robert Kerjean…

– Mon amant! ricana l’ex-institutrice…

– Oui, votre amant!…

– Assez! interrompit violemment Favraut… Je ne sais qu’une chose… c’est que ceux que vous accusez m’ont rendu la liberté et sauvé la vie.

– Si vous ne me croyez pas, déclarait Judex, suivez-moi à Sainte-Maxime… Je vous mettrai en présence de votre fille à laquelle je suis décidé à vous rendre… et vous verrez si elle ne confirmera pas elle-même les accusations que je ne crains pas de porter contre ces deux gredins.

– Je ne vous suivrai pas! s’écriait le marchand d’or.

– Pourquoi?

– Parce que je ne veux pas tomber dans le piège que vous me tendez.

– Je ne vous tends aucun piège! répliqua Judex. La preuve, c’est que je suis venu ici sans autre arme qu’un carnet de chèques… que voici, et qu’en échange de votre liberté, je suis prêt à payer un million à cette femme, qui réellement vous tient en son pouvoir et qui n’a pas reculé et ne reculera devant aucun crime pour s’emparer de votre fortune.

– Je ne vous crois pas! s’obstinait le banquier complètement subjugué par le regard infernal dont l’enveloppait savamment l’ancienne institutrice.

– Si votre fille était ici…, affirmait Judex, elle vous crierait que je dis la vérité.

– Eh bien! rugit Favraut, allez la chercher.

– Mais oui, appuyait Diana, allez… allez donc.

Mais Judex ripostait:

– Puisque vous avez recouvré la raison, vous comprendrez, Favraut, que la place de votre fille n’est pas auprès de ces gens-là. D’ailleurs, elle n’arriverait pas jusqu’ici. Ces misérables trouveraient bien moyen de la tuer en route…

– Vous voyez, constatait Diana… il n’y a rien à faire. Si Judex veut vous emmener, ce n’est pas pour vous rendre à votre fille, c’est pour vous plonger de nouveau dans un cachot dont vous ne sortirez jamais. Il a espéré vous acheter avec un million… Mais il avait compté sans mon attachement pour vous. Et maintenant, mon ami, que vous avez en mains toutes les pièces du procès, jugez à votre tour… condamnez!… De même que nous avons été là pour vous défendre… nous serons là pour vous venger!…

– Favraut! Favraut! s’écria Judex en un élan d’emportement magnifique, vous ne voyez donc pas que cette femme sue le mensonge par tous les pores et qu’elle ne respire que le crime?

Et s’adressant à Moralès, il poursuivit avec véhémence:

– Et, toi, malheureux, toi qui sais… toi que j’ai vu pleurer de remords et de honte dans les bras de ton père… toi qui lui as tant juré devant moi que tu voulais redevenir un honnête homme, et qui as été assez insensé pour retomber au pouvoir de cette femme… non, il ne se peut pas que tu ne m’aides pas à faire triompher la vérité contre le mensonge… Il ne se peut pas que, dégringolant jusqu’au dernier échelon du crime, tu demeures plus longtemps le complice ou plutôt l’instrument aveugle d’une misérable qui va te conduire à l’échafaud!

À ces mots, Moralès avait blêmi… Était-ce de colère ou de honte?

Judex n’eut pas le temps de le constater…

Diana, tirant de sa poche un sifflet, en tira un son aigu et prolongé, et, avant que Judex ait eu le temps de se mettre sur la défensive, Martelli et deux matelots aux figures de bandits faisaient irruption dans la cabine et, se jetant traîtreusement sur Jacques de Trémeuse, le ligotèrent, le bâillonnèrent… puis l’attachèrent solidement – après lui avoir mis un épais bandeau noir sur la figure -, au pilier central qui soutenait le toit de la cabine.

Alors, entraînant Favraut, Diana, après avoir adressé un signe mystérieux au capitaine du brick-goélette, remonta sur le pont…

– Eh bien… que vous disais-je? fit-elle au banquier…

Et, avant d’entendre sa réponse, elle martela:

– Croyez-vous que j’avais raison!… Cet homme est le démon incarné… Mais maintenant qu’il est en notre pouvoir, rien ne pourra l’en arracher… et nous lui ferons subir à notre tour, et au centuple, toutes les souffrances qu’il vous a fait endurer.