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— La cuisine, dit Malko.

La porte était entrouverte. Richard Green se précipita. Il y eut un remue-ménage, des cris aigus et l’Américain reparut, poussant devant lui la Palestinienne au chemisier de dentelle noire.

Elle vit les deux cadavres, échappa à l’Américain et se rua sur le corps du Palestinien abattu par Malko, s’agenouilla et prit ce qui restait de sa fête dans ses mains, poussant des cris stridents, insupportables.

Richard Green fit un pas vers elle. Aussitôt, ses cris s’arrêtèrent. Elle demeura immobile, les pupilles dilatées, tremblant de terreur.

— Il n’y a plus personne ? demanda Richard Green en arabe.

Il dut répéter trois fois sa question pour qu’enfin la fille secoue négativement la tête. Malko rouvrit la porte donnant sur le palier et écouta. Le bruit des coups de feu ne semblait avoir alerté personne. Mais ils ignoraient si d’autres Palestiniens n’allaient pas leur tomber sur le dos. Au Phoenicia, ils étaient cinq.

— Demandez-lui si elle sait où est Amina ? fit Malko.

Richard Green posa la « grease-gun » par terre. Mais sa stature imposante semblait paralyser la Palestinienne. Il posa une question en arabe et au changement d’expression de la fille, Malko fut certain qu’elle était au courant. Pourtant, elle secoua la fête négativement, bredouillant une dénégation. Malko s’approcha :

— Insistez !

Brutalement, l’Américain saisit la Palestinienne par le devant de son chemisier, le déchirant. Elle poussa aussitôt un cri terrifié, laissa échapper quelques mots.

— Elle dit à la cave, traduisit Richard Green.

— Allons-y. Elle vient aussi.

Richard Green récupéra la mitraillette et poussa la fille devant lui. Ils s’engagèrent dons l’escalier, Malko fermant la marche, pistolet au poing. En passant, il vérifia que la cour était toujours silencieuse et noire.

L’escalier étroit sentait le blé pourri et l’humidité, éclairé d’une ampoule nue. Ils arrivèrent au bas de l’escalier dans un réduit où s’ouvraient plusieurs portes en bois. Le sol était en terre battue. La Palestinienne se mit à pleurer. Richard Green l’admonesta dans sa langue. Elle finit par tendre le doigt vers la porte de droite. Malko s’en approcha : elle était fermée par un énorme cadenas. Il le secoua en vain. La porte s’ouvrant vers l’extérieur, on ne pouvait pas l’enfoncer.

Il posa le canon de son pistolet extra-plat sur le cadenas et appuya sur la détente.

L’explosion fit vibrer ses tympans, la Palestinienne poussa un hurlement et le cadenas se volatilisa. Malko tira la porte à lui, découvrant un trou noir. Il tâtonna, trouva un bouton électrique, alluma. Une lueur jaunâtre éclaira vaguement une forme humaine étendue par terre. Il s’approcha. L’odeur de pourriture faillit le faire vomir. Il se pencha. Le visage boursouflé, marbré de plaques rouges était à peine reconnaissable. Mais c’était Anima. Nue, attachée par les poignets et les chevilles à des piquets enfoncés dans le sol. Elle avait les yeux fermés, semblait inconsciente, mais, quand il lui effleura le visage, elle entrouvrit les yeux. Ceux-ci étaient tellement gonflés qu’il ne vit même pas si elle le reconnaissait. Il se redressa, retenant une nausée, appela Richard Green.

— Il faut trouver un médecin tout de suite ! dit Malko.

Il entreprit de défaire les liens de la sourde-muette.

Glacé de rage et de dégoût. Amina ne réagissait pas, comme droguée.

Malko parvint à la charger dans ses bras, sortit de la cave et s’engagea dans l’escalier.

Rien n’avait bougé dans la petite pièce du premier étage. L’odeur fade du sang les prit à la gorge. Un vrai carnage.

Malko déposa Amina sur un lit étroit dans la seconde pièce et l’examina. Son cœur battait irrégulièrement. Elle portait quelques brûlures de cigarettes sur les seins, son visage était marqué de coups, mais c’était surtout son bas-ventre qui l’intriguait. Elle avait entre les cuisses une masse brunâtre qui semblait sortir de son vagin comme une excroissance monstrueuse. Il n’osait pas y toucher.

Impossible de savoir si son état était grave ou non.

— Allez chercher le sheikh Sharjah, dit Malko à Richard Green. Ramenez un médecin aussi. Je reste là, avec les deux filles.

Richard Green hésita, deux grandes rides plissaient son front bas.

— Et si les autres Palestiniens viennent ?

— Je les recevrai, dit Malko. Laissez-moi votre M. 1.

L’Américain n’insista pas.

— O.K. Je vais récupérer un copain qui travaille à l’hôpital Al Sabah, à Shuwaikh, dit-il. Il parle arabe et il est discret. Take care.

Malko l’entendit dévaler le vieil escalier de bois. Il fit signe à la Palestinienne de s’asseoir dans un coin et s’installa lui-même face à la porte, la mitraillette sur les genoux. Bien décidé à appliquer le principe numéro un de la diplomatie arabe : tue l’autre avant qu’il n’ait l’occasion de te tuer. Amina remuait sans cesse la tête de droite à gauche, comme une pendule, les traits déformés par la souffrance.

Elle avait les lèvres craquelées et enflées, desséchées. Il alla à la cuisine et prit un verre d’eau, lui souleva la tête pour la faire boire. Elle avala avidement le liquide. Au même moment, la Palestinienne bondit de sa chaise et fonça vers la porte.

Avant que Malko ait pu reposer la tête d’Amina, elle avait ouvert et disparu dans l’escalier.

Il ne chercha même pas à la poursuivre. De toute façon, les Palestiniens allaient très vite savoir ce qui se passait. Et s’ils venaient, tant mieux. Il reposa Amina et reprit son poste de garde.

* * *

Il y eut des claquements de portières puis des pas pressés dans le petit escalier, Malko pensa tout de suite que c’était Richard Green. Pourtant, il ne baissa le canon de sa mitraillette que lorsque la haute silhouette de l’Américain franchit la porte. Avec lui entra un Européen beaucoup plus petit, presque chauve, une serviette noire rebondie à la main.

Et derrière se profilèrent le sheikh Sharjah et les deux Yéménites, des vestes européennes sur leur costume local, leurs mitraillettes plaquées or à bout de bras. Le sheikh Shorjah contempla les deux cadavres avec indifférence, échangea quelques mots avec les Yéménites. Ceux-ci fouillèrent les morts. Sans résultat. À part le poignard qui avait failli transpercer Malko.

Le sheikh eut un regard aigu pour Malko. Avec un sourire mi-figue, mi-raisin.

— Vous ne m’aviez pas tout dit, tout à l’heure…

Malko lui rendit son sourire.

— Je ne voulais pas vous embarrasser. Pas avant d’être sûr que je ne me trompais pas. Maintenant, j’en suis certain. Un de ces deux-là était au Phoenicia.

Sharjah eut un claquement de langue. Richard Green demanda soudain.

— Et la fille ? Où est-elle.

— Elle a filé, dit Malko.

Il expliqua ce qui s’était passé.

— Nous la retrouverons, affirma Sharjah. Facilement, par Abdul Zaki.

Malko tourna la tête vers les cadavres.

— Ceux-là risquent de vous poser des problèmes.

Le Koweiti montra ses dents en or dans un sourire évasif.

— Je rendrai compte à l’émir. Personne ne réclamera ces deux-là.

L’émir gouvernait de son palais, vingt kilomètres au sud de Koweit. Toutes les décisions importantes étaient prises en famille, dans le plus grand secret.

— Même pas les Palestiniens ? demanda Malko.

Le sourire du sheikh Sharjah devint franchement méchant.

— Ils sauront que je suis venu ici. Ils me craignent. Le cas échéant, je saurai leur rappeler qu’ils ne sont pas chez eux ici. Je l’ai déjà fait.