Выбрать главу

— Je suis Zaki, expliqua Malko. Il est chez les Libyens et semble se préparer à aller chasser avec son faucon…

— C’est vrai ? s’exclama la Noire.

Malko sentit de l’excitation dans sa voix. Ils étaient réconciliés.

— Le voilà, dit-il.

Abdul Zaki venait de ressortir de l’ambassade libyenne, portant un long paquet qu’il mit dans le coffre de la Mercedes. Il se remit aussitôt au volant, démarra, passa devant Malko qui s’aplatit précipitamment sur la banquette. Ce dernier attendit que plusieurs voitures soient passées pour démarrer à son tour. La circulation était assez intense pour que le Koweiti ne s’aperçoive de rien.

Ils filèrent à travers les différents rings vers le sud, traversant les faubourgs interminables de Quadisiya et d’Hawaii, rejoignirent finalement le freeway à six voies menant à l’Arabie Saoudite.

En dix minutes, Koweit-City disparut derrière eux dans une brume bleuâtre. À gauche, c’était la mer, à droite le désert ocre et plat. L’Arizona, en plus pouilleux.

Pas une seule maison élégante. Des cabanes, des carcasses de voitures, quelques rares chameaux. Sur la gauche, des « palais » protégés par d’épaisses haies de feuillage, luxe suprême. Mais la circulation se raréfiait de plus en plus. Malko ralentit, laissant plus d’un demi-mille entre la Mercedes et lui.

Où allait le Koweiti ? Ils dépassèrent le croisement menant à Ahmadi, la ville du pétrole, oasis de verdure en plein désert… Zaki continuait toujours… La frontière d’Arabie Saoudite n’était plus qu’à une soixantaine de kilomètres. Malko pria pour que Koweiti ne la franchisse pas : pour lui, elle était totalement hermétique. Et tout à coup, il crut être victime d’un mirage : la Mercedes avait disparu !

Il lui fallut plusieurs secondes pour la repérer, cahotant sur une piste perpendiculaire au freeway qui s’enfonçait dans le désert, vers le sud-ouest !

Malko continua sur le freeway, puis stoppa un kilomètre plus loin et revint sur ses pas. À cause des vallonnements du désert, il avait déjà perdu de vue la Mercedes. Il revint jusqu’à l’embranchement et s’y engagea à 30 à l’heure. Il n’y avait absolument rien, sauf des pipe-lines noirs qui couraient à travers le désert, vers les stations de pompages d’Ahmadi, plus au nord.

Devant lui, à l’ouest, une ligne de montagnes bleuâtres marquait la limite de l’Arabie Saoudite. La piste sur laquelle il se trouvait paraissait se diriger vers les gisements de Wafra, à la limite de la « zone neutre », no man’s land entre le Koweit et l’Arabie Saoudite.

Malko accéléra. Pendant dix minutes, il roula en plein désert, sans rien apercevoir, puis il distingua un nuage de poussière à trois kilomètres devant lui… Vraisemblablement la Mercedes. Il croisa un vieux berger et ses chèvres. Il continua, maintenant la distance entre les deux véhicules. La piste montait légèrement vers l’ouest. Heureusement, le soleil était derrière Malko, éblouissant celui qu’il suivait.

Mais s’il stoppait et sortait de son véhicule, il allait fatalement apercevoir Malko.

C’était un risque à courir. La Mercedes disparut soudain, avalée par une crête. De nouveau, Malko accéléra. Dix minutes plus tard, il déboucha sur une sorte de plateau s’étendant du nord au sud, dominant une dépression dont l’extrémité se perdait dans les premiers contreforts de l’Arabie Saoudite. Le petit nuage de poussière de la Mercedes continuait à avancer en contrebas, vers la tache verte d’une oasis. Malko arrêta la voiture et courut dans le désert caillouteux, vers une petite éminence d’où il plongeait encore mieux vers l’ouest. Il vit la voiture bifurquer sur la gauche et s’arrêter. Il dut y regarder à deux fois, avant de distinguer des murs de la même couleur que le désert entourant une construction basse. Impossible de distinguer plus de détails à cette distance. S’avancer plus, l’exposait à se faire repérer immanquablement.

Il attendit, afin de voir si Zaki repartait, mais la Mercedes ne bougeait plus, presque invisible. Alors qu’il regagnait la Cadillac, il y eut un grondement de moteur derrière la crête. Avant qu’il ait eu le temps de se cacher, un énorme camion-citerne vert jaillit de la piste, passa près de lui et s’engagea dans la déclivité. Il se demanda si le chauffeur l’avait vu.

Revenant sur la crête, il observa le véhicule. Celui-ci dépassa l’endroit où s’était arrêté Zaki et continua vers le sud-ouest. Rassuré, Malko regagna la Cadillac et fit demi-tour.

Il avait peut-être découvert le mystérieux camp d’entraînement auquel Amina avait fait allusion, là où se trouvaient les Palestiniens qui se préparaient à assassiner Henry Kissinger. Mais avant de prévenir le sheikh Sharjah, il devait s’assurer qu’il s’agissait bien d’eux.

* * *

Richard Green jubilait :

— C’est sûrement eux ! Fantastique. Vous avez fait du beau boulot.

— Attendez, fit Malko, douchant son enthousiasme. Il faut d’abord être sûr qu’il s’agit d’eux. Et ensuite les mettre hors d’état de nuire.

C’était la partie la plus délicate du programme. Ils étaient dans un pays étranger, plutôt hostile, chatouilleux de ses prérogatives nationales.

— Vous avez une idée ? demanda Richard Green.

Malko sourit.

— Peut-être. Trouvez-moi les jumelles les plus puissantes possible. Nous y retournons demain matin. À cause du soleil. Sans rien dire à personne…

— Même pas à Sharjah ?

— Même pas, dit Malko. Ils ont peut-être des espions dans ses services.

* * *

Cette fois, ils avaient roulé beaucoup plus doucement pour ne pas soulever de poussière, et ensuite garé la Cadillac dans un creux de rocaille, hors de la piste. Richard Green respirait lourdement, la chemise collée au torse par la sueur. Entre dix heures et trois heures, il faisait chaud, même si ce n’était pas les 55° de l’été…

— Cette fois, vous allez maigrir, remarqua Malko. Cela vaut toutes vos pilules.

— Je vais peut-être même crever ! fit Richard Green à bout de souffle.

Un gerfil, petit rat du désert, déboula devant eux. Le sable, le vent, et la chaleur abrutissaient très vite. Le soleil couché, on grelotterait.

Malko avait des mouches lumineuses devant les yeux et les cicatrices de sa poitrine l’élançaient. Pourtant, il éprouvait une profonde satisfaction : arriver à contrer des Palestiniens dans un pays comme le Koweit, ce n’était pas à la portée d’une barbouze vulgaire et subalterne. Il allait pouvoir réclamer à la Central Intelligence Agency un bon morceau de sa toiture pour cette « interception ».

Épuisé, Richard Green se laissa tomber sur un rocher.

— Ce n’est pas possible, je vais crever.

Ils avaient parcouru un kilomètre dans les cailloux en pente. L’Américain haletait, la bouche ouverte comme un poisson hors de l’eau. Malko attendit qu’il soit prêt à repartir. Ils étaient presque arrivés au sommet de la crête.

Cent mètres plus loin, ils s’arrêtèrent et observèrent la petite oasis cernée de montagnes pelées et bleuâtres. Derrière eux, on apercevait les pétroliers attendant sagement leur tour de charger. Des dizaines de petits points immobiles.

Malko prit les jumelles, essuya la sueur qui lui coulait dans les yeux avec une pochette de soie. Il mit plusieurs secondes à régler les lentilles à sa vision, à cause de la brume de chaleur. Enfin, il distingua des bâtiments, des murs, des lettres arabes d’un mètre de haut peintes en blanc sur les murs ocre. C’étaient les seuls bâtiments de l’oasis, environ à deux kilomètres d’eux. De l’autre côté de la piste, il y avait une petite palmeraie et une rivière. Ses jumelles parcoururent le reste de l’oasis sans trouver signe de vie. Les Palestiniens, si c’étaient eux, étaient tranquilles là-bas.