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— Mais, bon sang, je suis à poil ! s’exclama Richard Green.

Complètement sonné par l’explosion, il venait de réaliser seulement. Avec un regard gêné pour Eleonore, il mit une de ses mains en conque devant son sexe.

Un peu plus éloigné de l’explosion, Malko n’avait pas été déshabillé, mais son costume aurait fait un très bel épouvantail.

Soudain, un son lointain vint frapper leurs oreilles. Une sirène de pompiers. Les gens d’Ahmadi arrivaient à la rescousse. Dans cette éponge à pétrole, ce n’était pas prudent de laisser un incendie se développer.

Malko s’arrêta : ses jambes ne le portaient plus et il avait des éblouissements.

— La prochaine fois, dit-il, nous prendrons un char T 34. Ce sera plus sûr.

— Nom de Dieu, fit soudain Richard Green. L’Iranien ! C’est lui qui nous a vendus !

— Ce n’est pas impossible, reconnut Malko.

Il regarda la piste : un convoi de véhicules fonçait dans leur direction. Cinq minutes plus tard, une jeep pila à leur hauteur. Plusieurs Arabes en sortirent et s’arrêtèrent stupéfaits devant le spectacle de ces deux hommes et de cette femme, presque nus, couverts de sang et de poussière.

— Sharjah va bien s’amuser, murmura Malko.

* * *

Malko avait l’impression de s’être battu avec un porc-épic géant, tant sa peau portait de déchirures et de bleus. Tous ses muscles lui faisaient mal. Mais il était entier.

Le sheikh Abu Sharjah était onctueux comme une motte de beurre, mais ses gros yeux proéminents ne souriaient plus.

— Vous devriez être mort, remarqua-t-il.

— J’ai presque envie d’aller à La Mecque, dit Malko. Embrasser la Pierre Noire…

— Je suis content que vous ayez échappé, lâcha à regret le Koweiti, mais vous avez eu tort de ne pas me faire confiance.

Malko eut une grimace de douleur.

— Excellence, dit-il, je vous présente toutes mes excuses. Au nom de Richard Green. Je vous promets que cela ne se reproduira plus. Et j’ai un ultime service à vous demander. Ces Palestiniens ne savent pas encore que nous sommes vivants. Ils sont tous là-bas. Allez les arrêter. Juste le temps qu’Henry Kissinger arrive et reparte. On doit pouvoir trouver un motif.

Le Koweiti réfléchissait. Finalement, il hocha la tête.

— Je vais aller soumettre le problème à mon oncle l’émir, dit-il. Je ne peux pas prendre cela sous mon bonnet. Mais je vous promets de plaider votre cause et je crois que l’émir sera d’accord. Venez demain à mon bureau. Je vous dirai ce qui s’est passé.

Malko aurait embrassé ses joues rebondies. Il le raccompagna, téléphona chez Eleonore pour prendre de ses nouvelles et tomba endormi.

Dure journée.

Chapitre XIII

Malko se sentait un steak haché. Chaque muscle de son corps était douloureux. Il pouvait à peine ouvrir la bouche tant sa mâchoire était ankylosée. Sa peau était semée d’écorchures.

Richard Green n’avait pu se relever tant il souffrait de ses vertèbres cervicales. Quant à Eleonore, elle avait eu un mal fou à expliquer à son amant Mahmoud que ce n’était pas un homme qui avait couvert sa peau délicate d’énormes bleus.

Tout cela pour en être réduit à demander à l’émir d’arrêter les Palestiniens. Malko était amer en pénétrant dans le petit ascenseur du ministère de l’Intérieur. Le bureau du sheikh Abu Sharjah se trouvait au sixième étage. Le temps n’était plus où n’importe qui pouvait voir un ministre sans s’annoncer, mais c’était encore très décontracté… Malko arriva sans encombre jusqu’à la porte vitrée du chef de la police secrète koweïtienne, frappa au verre dépoli et entra.

Les deux Yéménites, pieds nus, leurs mitraillettes plaquées or sur les genoux, étaient assis par terre, devant le bureau où le sheikh Sharjah tirait sur son éternel fume-cigarette, cerné par les dossiers. Les trois téléphones sonnaient sans arrêt : des appareils ultramodernes, à touche. Il fit signe à Malko de s’asseoir, découvrant toutes ses dents dorées.

Aussitôt, un policier surgit avec un plateau et le sempiternel thé à la menthe. Malko se brûla courageusement les lèvres pour tromper son impatience.

Le sheikh Sharjah raccrocha son téléphone. Son visage rondouillard et avenant avait une expression chagrine qui mit instantanément Malko en éveil.

— Quelles sont les nouvelles, Excellence ? demanda-t-il.

Sharjah secoua la tête, ses gros yeux soudain chagrins.

— Mauvaises. Les hommes dont vous m’aviez signalé la présence ont disparu.

— Disparu ! Mais…

— Disparu, répéta le sheikh. Mes hommes ont cerné la ferme de Al Wafra à l’aube. Il n’y avait plus personne.

— Mais pourquoi avoir attendu jusqu’à ce matin ?

— Je n’ai pu joindre mon oncle l’émir qu’hier soir très tard. C’était une décision importante. Il a prié et réfléchi avant de me donner sa réponse au lever du soleil.

Il semblait sincèrement désolé. Malko sonda ses gros yeux marron et son visage potelé. Impossible d’y lire la vérité. Ou les Palestiniens avaient vraiment disparu, ou le sheikh Sharjah se défilait… Ce qui revenait au même. Une immense colère envahit Malko. Tous ces morts, tous ces risques pour rien ! Henry Kissinger allait arriver avec des tueurs en liberté.

Il retint ses reproches. Sharjah leur avait rendu assez de services pour être ménagé.

Les deux Yéménites étaient silencieux et muets comme des statues.

— Que comptez-vous faire ?

Le sheikh posa son fume-cigarette et frotta sa joue râpeuse.

— L’aéroport sera sévèrement surveillé pour l’arrivée du Secrétaire d’État, assura-t-il. Toutes les personnes qui approcheront de l’appareil auront été fouillées. D’ailleurs, il n’atterrira pas sur l’aérogare normale, mais de l’autre côté, en face du hangar de la K.A.C. De cette façon, les passagers des vols réguliers ne seront pas à portée de son avion. Il partira tout de suite pour le Palais de la Paix qui sera gardé par l’armée. Sur le chemin, il y aura près de cinq cents policiers. Sans compter les hommes de vos services de sécurité. Un avion-cargo amènera avant l’arrivée de M. Kissinger une Lincoln Continental spéciale dont les glaces peuvent résister à une balle de mitrailleuse… Le convoi roulera très vite… 50 ou 60 à l’heure.

Il énumérait les précautions comme pour rassurer Malko. Ce dernier demanda doucement.

— Vous vous souvenez de l’amiral Carrero Blanco à Madrid ? Est-ce que la Lincoln est aussi à l’épreuve des mines ?

Le sheikh se rembrunit, pris de court, puis reconnut :

— Je donnerai des ordres pour faire déminer la route avant le convoi.

Malko secoua la tête, amer et dépité.

— Excellence, même si vous faisiez voyager Henry Kissinger dans un char, il ne serait pas en sécurité. Les Palestiniens possèdent des missiles, et vous le savez. La seule solution consiste à arrêter ceux qui se préparent à frapper.

— Mais je vous assure…, protesta Sharjah. Je suis sûr que ces hommes sont en fuite. Qu’ils n’oseront rien tenter maintenant qu’ils savent leur projet éventé.

Malko plongea ses yeux dorés sur les siens.

— Excellence, pouvez-vous répondre sur VOTRE vie de celle de Henry Kissinger ?

Le sheikh baissa les yeux, embarrassé. Puis il alluma nerveusement une cigarette et se rejeta en arrière.

— Vous savez bien que c’est impossible, dit-il. Il suffit d’un hasard, d’une défaillance.

Malko se leva, réprimant une grimace de douleur, et luttant contre le découragement. Il avait cinq jours pour tout recommencer à zéro.