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Il avait hâte de vérifier sa théorie. Mais cela n’allait pas être facile. Pour commencer il lui fallait un masque. Il en avait vu un dans la cabane, avec un fusil sous-marin. Plus celui que Jambo venait de jeter au fond de la pirogue.

— Vous venez au restaurant ? demanda Jambo. On va manger et fumer un peu, maintenant qu’on a du fric.

Il parlait aux deux, mais son regard fixait Eleonore.

Celle-ci reçut l’approbation muette du regard de Malko. Ce dernier eut un sourire innocent.

— Je n’ai pas faim, dit-il. Je vais encore rester un moment ici. Je vous rejoindrai. Ou j’irai à la poste de Calangute, voir si j’ai du courrier.

Jambo entraînait déjà les deux filles par les épaules.

— OK, fit-il. À tout à l’heure.

Malko s’allongea à plat ventre à côté de la pirogue, observant le trio qui s’éloignait.

Le Noir avait laissé son équipement de plongée dans la pirogue. Il devait être assez craint à Ajuna Beach pour ne pas avoir peur d’être volé.

La mer scintillait au-delà du petit récif, découvert à marée basse, là où le Noir allait pêcher. C’est peut-être là qu’il allait découvrir les armes destinées à tuer Henry Kissinger.

Chapitre XVI

Malko coula verticalement dans l’eau tiède, entraîné par la ceinture de plomb. L’Océan Indien semblait presque frais à cause de la chaleur torride de la plage. Le masque et le respirateur sans bouteille ne permettaient pas de rester longtemps au fond. Une minute et demie maximum. Il vit des rochers verdâtres et remonta, en donnant un coup de pied au fond. À la surface, il regarda en direction de la plage. Il était dissimulé par le rocher. Si Jambo était toujours aussi amoureux d’Eleonore, il avait devant lui deux bonnes heures.

Il replongea, juste à l’endroit où il avait vu disparaître le Soudanais. Heureusement, l’eau était assez claire. Il atterrit sur un fond de sable parsemé d’aspérités rocheuses. Un peu à sa droite, il aperçut la masse sombre d’un massif plus important. Il nagea dans cette direction mais lorsqu’il y parvint, ses poumons éclataient et il dut remonter. Il se remplit les poumons et repartit, pour atterrir cette fois au beau milieu des rochers. Un labyrinthe d’anfractuosités, d’aspérités, de mini-grottes. Des poissons multicolores lui passaient entre les jambes, s’approchaient du masque, le frôlaient, puis s’enfuyaient. Tout un banc couleur arc-en-ciel glissa sous son ventre.

Il commença à explorer le fond. Peu à peu ses yeux apprenaient à interpréter les couleurs, à reconnaître les mollusques, les poissons tapis dans l’ombre… les antennes d’une langouste nichée dans un creux de rocher.

De nouveau, il dut faire surface, reprendre de l’air et replonger. Il nagea le long des rochers, atteignit le sable qui s’enfonçait vers le large, fit demi-tour. Son masque prenait l’eau, et c’était très désagréable.

En une douzaine de plongées, de plus en plus épuisantes il parvint à délimiter la zone rocheuse. Les blessures reçues à Hong-Kong lui tiraient la plèvre et il arrivait à rester de moins en moins longtemps. Et pourtant, il fallait qu’il trouve !

Il se reposa à la surface quelques minutes, faisant la planche dans l’eau tiède, essayant de raisonner. Si les armes étaient cachées au fond de la mer, elles se trouvaient certainement dans les rochers. Sur un fond de sable, elles auraient risqué d’être emportées par les courants. Mais il y avait des centaines d’anfractuosités. Une demi-douzaine de pistolets mitrailleurs MP 5, leurs chargeurs et des grenades ne tenaient pas beaucoup de place.

En un ultime effort, Malko plongea de nouveau, si fatigué que l’eau lui sembla froide. Cette fois, il avait décidé d’explorer le centre du massif où s’ouvraient plusieurs anfractuosités sombres cachées par des algues.

Dans la première, il ne trouva rien que quelques grosses loches et une multitude de petits poissons, noirs avec un carré blanc. Sans remonter, il passa à la seconde, enfonça sa tête dans l’eau sombre. Quelque chose bougeait et il recula instinctivement : ce n’était qu’une énorme langouste, enfoncée dans un creux. Le sang battant dans ses tempes, il se traina jusqu’à la troisième.

Il dut lâcher ses dernières bulles d’air pour ne pas étouffer. C’était une petite grotte naturelle, qui semblait vide elle aussi. Il allait remonter lorsqu’il aperçut, dépassant de sous le rocher, une tache jaune.

Sa poitrine allait exploser. Il donna un violent coup de pied pour remonter, sentit une douleur aiguë sous le talon. Cette fois, il lui fallut presque près de cinq minutes, étendu sur le dos, pour récupérer. Il examina son pied droit, découvrit une profonde coupure qui saignait abondamment. Il avait dû prendre appui sur un corail. Il pria pour qu’il n’y ait pas de requins.

Enfin, il se laissa couler pour la énième fois, dut nager une dizaine de mètres, luttant contre la marée, pour retrouver son rocher. Il plongea aussitôt dans la mini-grotte, la tête la première.

Les battements de son cœur s’accélérèrent : ses doigts venaient de rencontrer de la toile caoutchoutée ! Il distingua un sac jaune, s’y accrocha, voulut tirer à lui, mais le sac était solidement coincé. Il s’épuisa pendant plusieurs secondes en vains efforts sans le faire bouger d’un millimètre.

Il fallait remonter à la surface. Au moment où il allait lâcher, il aperçut les deux grandes antennes d’une langouste ! Instinctivement, il saisit la carapace glissante et verdâtre. Il n’aurait jamais cru que ses aspérités étaient aussi dures et acérées, et faillit lâcher prise sous la douleur, puis parvint à l’arracher de son alvéole. Furieuse, agitant désespérément ses antennes.

D’un coup de talon, il se jeta vers la surface.

Tandis qu’il remontait, il vit foncer sur lui ce qu’il prit d’abord pour un énorme requin ou un dauphin. Puis il distingua un masque. Un autre plongeur comme lui, qui braquait dans sa direction un fusil de chasse sous-marine.

* * *

— Jambo ! cria le Soudanais.

Des cris joyeux lui répondirent. Entre Eleonore et Chino-Bu, Jambo jouait le pacha depuis le début du repas. Un bras passé autour de la taille de chacune des filles.

Il en était à son troisième chilom de haschisch et son humeur s’en ressentait. Eleonore avait du mal à cacher son anxiété, pensant à Malko. Mais le Soudanais ne semblait vraiment se douter de rien. Quant à Chino-Bu, elle buvait Jambo des yeux. Il ne lui avait pratiquement pas adressé la parole de tout le déjeuner.

— On y va, dit Jambo.

Il avait payé. Il caressa les hanches d’Eleonore, la poussant devant lui. Chino-Bu suivait, soumise et extasiée. Le Soudanais se retourna vers elle.

— Faut que tu ailles chercher du bois !

Elle sursauta :

— Maintenant ?

— Ouais.

Il la fixa avec insistance, et elle s’éloigna vers l’autre bout de la plage. Jambo se pencha à l’oreille d’Eleonore :

— Viens m’apprendre le yoga.

Ils partirent le long de la plage. Eleonore, soudain paniquée. Sous ses dehors excentriques, Jambo avait une volonté de fer et une organisation parfaite : il ne laissait rien au hasard, et le haschisch ne semblait pas entamer ses capacités.