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Il arriva pile devant la faille sombre. S’accrochant au rocher de la main gauche, il saisit de la droite l’ouverture du sac et tira de toutes ses forces. Pendant d’interminables secondes, rien ne bougea, le sable s’élevait du fond, obscurcissant sa vision. L’air de ses poumons s’épuisait. Finalement, il prit la toile caoutchoutée jaune à deux mains, secoua, tira dans tous les sens. Brusquement, le sac se décoinça, et Malko partit en arrière, l’entraînant avec lui. Il battit furieusement des pieds pour remonter vers la surface.

Il souffla un peu au milieu des vaguelettes grises. Un bon quart d’heure s’était écoulé depuis le début de ses recherches. De la cabane, on ne pouvait le voir, car il était caché par les rochers. Il examina le sac qu’il maintenait entre deux eaux. Il était hermétiquement fermé par une large bande de caoutchouc et pesait vingt bons kilos. Il le tâta, sentit sous ses doigts les aspérités d’une crosse. Cette fois, il y était ! C’étaient bien les armes destinées à tuer Henry Kissinger. Lentement, il entreprit de le haler vers l’îlot rocheux où il avait posé le fusil sous-marin et son propre sac.

Il lui fallut encore dix bonnes minutes pour atteindre l’îlot du côté opposé à la plage. L’eau lui arrivait à la taille. Il hissa le sac jaune hors de l’eau et le coinça entre deux rochers.

Puis, il fit sauter la bande de caoutchouc noire et plongea la main dedans. Le MP 5 qu’il ramena était soigneusement enveloppé de papier huilé, crosse et chargeur replié. Il en sortit quatre autres semblables. Plus cinq chargeurs pleins. Tous étaient du modèle le plus long : trente coups.

Il y avait dix grenades. Cinq rayées d’une bande jaune et marquées des lettres W.P. Pour White Phosphore. Cinq explosives, à la bande rouge. Les grenades au phosphore ressemblaient à des petits containers de crème à raser. Il regarda les armes étalées sur les rochers, savourant son triomphe.

Puis, il ouvrit son propre sac, en sortit d’abord une feuille de papier contenant les numéros des armes volées en Allemagne par les complices de Chino-Bu. Tout correspondait… Il passa ensuite à la seconde partie de son travail : la plus compliquée.

Si tout se passait bien, il allait se payer une assez belle revanche.

* * *

Chino-Bu entra dans l’eau jusqu’à la taille, allant vers Malko qui émergeait de l’Océan Indien, tirant derrière lui le lourd sac de toile jaune.

— C’est ça ? demanda-t-il.

La Japonaise hocha affirmativement la tête, lui prit le sac des mains et l’examina, comme pour s’assurer qu’il n’avait pas été ouvert. Malko regardait ailleurs et s’ébrouait. Maintenant, le jour était complètement levé et quelques hippies commençaient à se montrer sur la plage.

Chino-Bu hala le sac jaune sur la plage, bandant tous ses muscles.

— Merci, dit-elle. Il faut que je m’en aille maintenant.

— C’est lourd, dit Malko, je peux vous aider.

La Japonaise secoua la tête.

— Non, non, ce n’est pas la peine. Je vais seulement jusqu’au restaurant. Le bus Volkswagen m’emmène prendre le bus à Calangute. L’avion part à dix heures…

— Qu’est-ce que je dois dire à Jambo ?

— Que je suis partie pour Bombay. Avec le sac. Que tout va bien.

Elle s’éloigna, courbée en deux sous le poids du sac. Malko attendit qu’elle soit à cent mètres pour dire à Eleonore.

— Maintenant, à nous de jouer.

L’Américaine le fixa, incrédule et interloquée.

— Mais vous lui avez vraiment donné les armes ? Vous ne les avez pas remplacées par des pierres ?

Malko secoua la tête, amusé :

— Bien sûr que non, c’est la première chose qu’elle va vérifier. Ici, il n’y a ni téléphone ni radio, mais à Bombay, elle a sûrement des liaisons avec les Palestiniens. Non, elle va tout trouver au complet. Donc, elle n’a aucune raison de s’alarmer.

— Où allons-nous ? interrogea Eleonore.

— À l’aéroport de Davolim. Nous allons traverser la montagne jusqu’à Baga et prendre ensuite un taxi. Hier soir, j’ai retenu pour nous deux places sur le vol des Safari Airways qui part à 15 h 30 pour Bombay. Nous avons largement le temps de récupérer nos bagages au Turist-Hôtel.

— Et elle ?

— Elle prend le « 737 » des Indian Airlines à 11 h 30. Nous ne la reverrons plus avant le Koweit. Elle est sur le vol 371 de la K.A.C. demain matin. Nous partons deux heures plus tôt par Air India. Ce qui nous permettra de nous reposer ce soir au Taj-Mahal. Et de donner de nos nouvelles.

Ils se mirent en route par le sentier serpentant dans les rochers, le long de la mer. Son pied le faisait beaucoup souffrir. Il pensa amèrement à tous les hélicoptères dont la CIA disposait.

Le soleil commençait à chauffer sérieusement. Derrière lui, Eleonore marchait la tête baissée, le souffle court.

* * *

Un petit crabe transparent sortit de l’oreille gauche du mort et s’enfouit dans le sable. Effrayé par le petit cercle de hippies mâles et femelles qui entouraient le corps étendu sur la plage. Quelques mouches tournaient déjà autour du visage. Dès que le soleil serait vraiment levé, cela allait poser des problèmes… Un Indien qui travaillait au restaurant regarda avec indifférence le cadavre de l’étranger.

— Qu’est-ce qui est arrivé ? demanda-t-il sans vraie curiosité.

Une fille avec un bébé dans les bras lui répondit.

— Je ne sais pas. Je l’ai vu hier soir, il courait sur la plage. Dans tous les sens. Tout à coup, il s’est précipité dans l’eau. J’ai cru qu’il voulait se baigner, mais il n’est pas ressorti.

— Il a dû se suicider, fit un autre hippie.

Les hippies contemplaient le corps avec méfiance. Un cadavre, cela signifiait des ennuis, la police… Un hippie blond et barbu examina le corps, le retourna, se releva, annonça :

— Je suis médecin. Ce type est mort de mort naturelle. Je propose qu’on creuse une tombe dans la cocoteraie et qu’on l’enterre. Cela évitera des problèmes.

Les hippies présents approuvèrent. Ils empoignèrent le corps de Jambo et entreprirent de le haler à l’ombre.

* * *

Le taxi jaune et noir stoppa devant le petit aéroport de Davolim, également base de la marine indienne, au moment où un « Vampire » antédiluvien décollait dans un nuage noir de kérosène. Le terrain était vide, à part le DC3 des Safari Airways. Le Boeing 737 des Indian Airlines était parti trois heures plus tôt. En retard. Malko alla au guichet, acheta deux tickets. Quelques voyageurs attendaient dans le petit hall sombre… À l’extérieur, des sentinelles armées de vieilles pétoires interdisaient l’entrée du terrain comme si cela avait été la ligne Maginot.

— Allons à l’air libre, dit Malko.

Eleonore et lui ressortirent sous les acacias de la place et s’assirent sur un banc. Tout était propre, tiré au cordeau. Une file de taxis Austin Ambassador – le luxe suprême en Inde – jaune et noir, attendait. De l’aéroport bâti sur un promontoire dominant la côte, la vue était splendide.

Trois quarts d’heure plus tard, on appela le vol de Bombay. Sans même fouiller les passagers. Qui avait envie de détourner un vieux DC3 pourri ?

Au moment où le DC3 se cabrait et où le port de Vasco de Gama commençait à défiler sous les ailes de l’appareil, Eleonore se pencha vers Malko :

— Maintenant, dites-moi ce que vous voulez faire !

Chapitre XVIII

En descendant du DC3 des Safari Airways, Malko eut l’impression de tomber dans une fosse d’aisances. L’odeur de poubelle était toujours aussi tenace.