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— Ça n’a rien de surprenant, dit Dicken en s’asseyant devant le bureau.

— Vous connaissez Lang mieux que moi, Christopher. Comment a-t-elle pu laisser faire une chose pareille ?

— J’ai eu l’impression que le NIH allait faire annuler ce brevet. Un vice de forme ayant trait au caractère public des ressources naturelles.

— Oui… mais, en attendant, ce fils de pute de Bragg nous a ridiculisés. Lang était donc stupide au point de signer tous les papiers que lui présentait son mari ?

— Elle a signé ?

— Oh, que oui. Noir sur blanc. Saul Madsen et ses éventuels partenaires contrôlaient toute découverte fondée sur les principaux rétrovirus endogènes humains.

— Quels partenaires ?

— Aucune précision sur ce point.

— Donc, elle n’est pas vraiment coupable, n’est-ce pas ?

— Je n’aime pas travailler avec des imbéciles. Elle m’a doublé avec Americol, littéralement doublé, et maintenant elle couvre la Brigade de ridicule. Ça vous étonne que le président n’ait pas envie de me voir ?

— C’est temporaire, dit Dicken.

Il commença à se ronger un ongle, cessant dès qu’Augustine leva les yeux.

— Cross nous conseille de poursuivre les expériences et de laisser Bragg nous attaquer en justice. Je suis d’accord. Mais, pour le moment, je mets un terme à nos relations avec Lang.

— Elle pourrait encore nous être utile.

— Alors qu’elle le soit dans l’anonymat.

— Êtes-vous en train de me dire que je dois cesser de la voir ?

— Non, répondit Augustine. Continuez à lui faire du pied. Je veux qu’elle reste informée et qu’elle se sente désirée. Mais je ne veux pas qu’elle parle à la presse… sauf si c’est pour se plaindre du traitement que lui inflige Cross. Bien… Passons à l’épreuve suivante.

Augustine plongea une main dans son tiroir et en sortit une photo noir et blanc sur papier glacé.

— Ça ne me plaît pas, Christopher, mais je peux comprendre pourquoi cela a été fait.

— Hein ?

Dicken se sentait dans la peau d’un petit garçon sur le point d’être grondé.

— Shawbeck a demandé au FBI de surveiller nos collaborateurs les plus précieux.

Dicken se pencha vers Augustine. Comme tout bon fonctionnaire, il avait appris depuis longtemps à contrôler ses réactions.

— Pourquoi, Mark ?

— Parce qu’il est question de proclamer l’état d’urgence sur le territoire et d’invoquer la loi martiale. Aucune décision n’a encore été prise – ce ne sera peut-être pas fait avant plusieurs mois… Mais, étant donné les circonstances, nous devons tous être blancs comme neige. Nous sommes des anges guérisseurs, Christopher. Le public compte sur nous. Pas question d’avoir des défauts.

Augustine lui tendit la photo. On le voyait devant l’entrée de Jessie’s Cougar, à Washington.

— Si on vous avait reconnu, ça aurait pu être très embarrassant.

Le visage de Dicken s’empourpra de honte et de colère.

— Je n’y suis allé qu’une fois, il y a plusieurs mois de cela. J’y suis resté un quart d’heure à peine, et je me suis cassé.

— Vous êtes allé dans un salon privé avec une fille.

— Elle portait un masque de chirurgien et m’a traité comme un lépreux ! (Dicken s’emporta bien plus qu’il ne l’aurait voulu. Ses réflexes s’émoussaient.) Je n’avais même pas envie de la toucher !

— Ça m’emmerde autant que vous, Christopher, dit Augustine sans broncher, mais ce n’est que le commencement. Désormais, nous sommes tous sous les feux des projecteurs.

— Donc, je suis soumis à un examen d’évaluation ? Le FBI va surveiller mon compte en banque et me demander mon agenda ?

Augustine ne daigna pas répondre.

Dicken se leva et jeta la photo sur le bureau.

— Et ensuite ? Il faudra que je vous communique les noms des personnes que je fréquente et la nature exacte de nos relations ?

— Oui, murmura Augustine.

Dicken se figea et sentit sa colère le fuir, comme s’il venait de la chasser par un rot. Les implications étaient si vastes, si terrifiantes, qu’il n’éprouva plus qu’une angoisse glacée.

— Il faudra quatre mois pour que la phase d’expérimentation du vaccin soit achevée, même si nous pressons le mouvement. Ce soir, Shawbeck et le vice-président vont proposer une nouvelle politique à la Maison-Blanche. Nous recommandons la mise en quarantaine. Il y a de grandes chances pour qu’une forme de loi martiale soit nécessaire afin de la faire respecter.

Dicken se rassit.

— Incroyable, chuchota-t-il.

— Ne me dites pas que vous n’avez jamais envisagé cette possibilité.

Sous l’effet de la tension, le visage d’Augustine avait viré au gris.

— Mon imagination n’est pas orientée dans ce sens, répliqua Dicken avec amertume.

Augustine fit pivoter son siège pour se tourner vers la fenêtre.

— C’est bientôt le printemps. La saison des amours. Le moment idéal pour annoncer une ségrégation entre les sexes – entre tous les hommes et toutes les femmes en âge de porter un enfant. Imaginez les répercussions sur le PNB, ça va être coton à calculer.

Il y eut un long silence.

— Pourquoi avez-vous commencé par me parler de Kaye Lang ? demanda Dicken.

— Parce que c’est un problème que je sais résoudre, rétorqua Augustine. Quant à l’autre… Ne répétez pas ce que je vais vous dire, Christopher. Je comprends la nécessité de cette décision, mais je ne vois pas comment nous pourrons y survivre sur le plan politique.

Il sortit une autre photo de son tiroir et la montra à Dicken. On y voyait un homme et une femme sur le perron d’une imposante maison, éclairés par une veilleuse placée au-dessus de la porte. Ils s’embrassaient à pleine bouche. Dicken ne distingua pas le visage de l’homme, mais il avait la carrure d’Augustine et s’habillait comme lui.

— C’est pour que vous ne vous sentiez pas seul. Elle est mariée à un jeune membre du Congrès. Nous venons de rompre. Il est temps pour nous tous de nous conduire en adultes.

Dicken était un peu nauséeux lorsqu’il sortit du bâtiment 51, où se trouvait le quartier général de la Brigade. Loi martiale. Ségrégation sexuelle. Il courba les épaules et se dirigea vers le parking, évitant de marcher sur les lézardes du trottoir.

Une fois dans sa voiture, il trouva un message sur son téléphone mobile. Il composa le numéro pour l’écouter. Une voix inconnue, celle d’un homme qui devait être allergique aux répondeurs, lui apprit après quelques faux départs qu’ils avaient en commun des connaissances – vagues – et, peut-être, des intérêts.

« Je m’appelle Mitch Rafelson. Je me trouve à Seattle en ce moment, mais j’espère bientôt partir pour l’est et y rencontrer certaines personnes. Si vous êtes intéressé par… par les anciennes manifestations… les manifestations historiques de SHEVA, veuillez me contacter, s’il vous plaît. »

Dicken ferma les yeux et secoua la tête. Incroyable. Apparemment, tout le monde connaissait son hypothèse démente. Il nota le numéro de son correspondant sur un carnet de notes puis le fixa d’un air intrigué. Ce nom lui était familier. Il le souligna d’un trait de stylo.

Il abaissa la vitre et inspira une bouffée d’air frais. L’air se réchauffait et les nuages se dissipaient au-dessus de Bethesda. L’hiver approchait de sa fin.