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— Je n’ai ni l’adresse ni le numéro de téléphone de Mrs. Hamilton, dit Kaye.

— Et ce n’est pas moi qui vous les donnerai. Elle a droit à une vie privée. (Lipton la regarda fixement.) Ne sortez pas du système, Kaye.

— Je crois que le système va m’éjecter d’une minute à l’autre. Merci, Denise.

60.

New York

Dans le train d’Albany, environné par l’odeur de renfermé qui émanait des passagers, du tissu réchauffé par le soleil, du désinfectant et du plastique, Mitch se tassa sur son siège. Il avait l’impression de sortir du Pays des merveilles. L’enthousiasme que manifestait Daney à l’idée d’accueillir dans sa famille « un de ces nouveaux humains » le fascinait autant qu’il le terrifiait. L’espèce humaine était devenue si cérébrale, avait acquis un tel contrôle sur sa biologie, que cette forme de reproduction aussi antique qu’imprévue, consistant à créer de la variété dans l’espèce, pouvait être stoppée net ou bien transformée en jeu.

Il contempla le paysage qui défilait : petites villes, forêts de jeunes pousses, grandes villes entourées à perte de vue par des entrepôts gris, des usines ternes, sales et productives.

61.

Siège social d’Americol, Baltimore

Kaye récupéra les huit articles qu’elle avait commandés à Medline via la bibliothèque, vingt exemplaires de chacun, reliés avec soin. En entrant dans l’ascenseur, elle feuilleta l’un d’eux et secoua la tête.

Il lui fallut cinq minutes supplémentaires pour franchir le poste de contrôle du dixième étage. Les agents la passèrent au détecteur de métal, puis au détecteur d’odeurs, et scannèrent son badge. Finalement, le chef de l’équipe du Service secret affectée au vice-président demanda que l’un des participants à la réunion se porte garant de sa personne. Dicken sortit de la salle à manger du personnel d’encadrement pour déclarer qu’il la connaissait, et elle avait un quart d’heure de retard lorsqu’elle fit son entrée.

— Qu’est-ce qui vous a retenue ? murmura Dicken.

— Un embouteillage. Vous saviez qu’ils avaient stoppé l’étude à la clinique ?

Dicken fit oui de la tête.

— Ils tournent tous autour du pot, ils évitent de prendre une quelconque responsabilité. Personne n’a envie d’être désigné comme coupable.

Kaye vit le vice-président assis au premier rang, le conseiller scientifique de la présidence à ses côtés. Il y avait au moins quatre agents du Service secret dans la pièce, et elle se félicita que Benson soit resté dans le couloir.

Sur une petite table étaient disposés des boissons non alcoolisées, des fruits, des biscuits, du fromage et des crudités, mais personne ne mangeait. Le vice-président serrait dans sa main une canette de Pepsi.

Alors que Dicken conduisait Kaye vers une chaise pliante à gauche de la pièce, Frank Shawbeck acheva son rapport sur l’étude effectuée par le NIH.

— Ça n’a pris que cinq minutes, chuchota Dicken.

Shawbeck remit ses papiers en ordre, s’écarta du pupitre, et Mark Augustine prit sa place. Il se pencha vers le micro.

— Le docteur Lang est arrivée, annonça-t-il d’une voix neutre. Passons à l’aspect social des choses. Nous déplorons douze émeutes majeures sur le sol américain. La plupart d’entre elles ont été déclenchées lorsque les gens ont appris que nous allions procéder à des distributions gratuites de RU-486. Jamais une telle initiative n’a été envisagée, même si elle a été évoquée lors de diverses discussions.

— Aucun de ces produits n’est illégal, dit Cross d’une voix irascible. (Elle était assise à droite du vice-président.) Monsieur, lui dit-elle, j’ai invité le leader de la majorité sénatoriale à assister à cette réunion, et il a refusé. Je ne saurais être tenue responsable de…

— S’il vous plaît, Marge, l’interrompit Augustine. Nous aurons l’occasion d’exprimer nos griefs dans quelques minutes.

— Pardon, fit Cross en croisant les bras.

Le vice-président jeta un regard par-dessus son épaule, jaugeant son public. Ses yeux se posèrent sur Kaye, il sembla troublé un instant, puis se retourna.

— Les États-Unis ne sont pas les seuls à devoir gérer une agitation civile, poursuivit Augustine. Nous nous acheminons vers une catastrophe sociale de grande ampleur. Pour parler clairement, le public ne comprend pas ce qui se passe. Les gens réagissent avec leurs tripes, ou en fonction des discours des démagogues. Pat Robertson, Dieu le bénisse, a déjà recommandé à Dieu de dépêcher sur Washington les flammes de l’enfer si la Brigade était autorisée à poursuivre ses tests au RU-486. Il n’est pas le seul. Il est fort probable que la population va passer d’une lubie à l’autre jusqu’à ce qu’elle en trouve une, n’importe laquelle, qui soit plus comestible que la vérité ; elle se rassemblera ensuite derrière cette bannière, laquelle sera fort probablement de nature religieuse, et alors nous pourrons dire adieu à la science.

— Amen, proféra Cross.

Un rire nerveux parcourut l’assistance. Le vice-président ne souriait pas.

— Cette réunion a été programmée il y a trois jours, reprit Augustine. Les événements d’hier et d’aujourd’hui nous commandent plus que jamais de présenter un front uni.

Kaye crut comprendre ce qui allait suivre. Elle chercha Robert Jackson du regard et le localisa assis derrière Cross. Il inclina la tête et regarda de biais un bref instant, droit sur elle. Kaye se sentit rougir.

— Il en a après moi, murmura-t-elle à Dicken.

— Ne soyez donc pas si arrogante, l’avertit-il. Nous sommes tous ici pour nous faire remonter les bretelles.

— Nous avons déjà programmé les recherches sur le RU-486 et sur le produit que quelqu’un a eu le mauvais goût de baptiser RU-Pentium, conclut Augustine. Docteur Jackson ?

Jackson se leva.

— Les examens précliniques ont démontré la totale inefficacité de nos vaccins et de nos inhibiteurs ribozymiques sur les nouvelles souches de SHEVA, que nous désignons sous le terme de SHEVA-X. Nous avons des raisons de croire que tous les cas de grippe d’Hérode survenus ces trois derniers mois peuvent être attribués à une infection latérale de SHEVA-X, lequel se présente sous au moins neuf variétés différentes, avec à chaque fois des glycoprotéines différentes. Il nous est impossible de cibler l’ARN messager du LPC dans le cytoplasme, nos ribozymes actuels ne pouvant reconnaître la forme mutée. Bref, nous n’avons aucun vaccin à proposer. Il nous faudra sans doute six mois de plus pour trouver une solution de rechange.

Il se rassit.

Augustine joignit les doigts, dessinant avec ses mains un polygone flexible. Le silence régna un long moment pendant que tous encaissaient la nouvelle et ses implications.

— Docteur Phillips, appela Augustine.

Gary Phillips, conseiller scientifique de la présidence, se leva et s’approcha du pupitre.

— Le président m’a prié de vous exprimer sa reconnaissance. Nous espérions beaucoup plus, mais aucun programme de recherche au monde n’a fait mieux que le NIH et la Brigade du CDC. Nous devons accepter le fait que notre ennemi est extraordinairement rusé et changeant, et nous devons parler d’une seule voix, avec résolution, pour éviter que notre nation sombre dans l’anarchie. C’est pour cela que j’ai écouté le docteur Robert Jackson et Mark Augustine. Notre situation est extrêmement délicate, surtout aux yeux du public, et l’on me dit qu’il existe un désaccord potentiellement dangereux entre certains membres de la Brigade, en particulier au sein de l’équipe Americol.