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Zenger hocha la tête.

— Poursuivez, dit-il.

— Une partie de notre travail est inspirée d’un mystère scientifique bien connu. Nous avons tous étudié l’accident de la Fosse à glace. Cela s’est passé il y a un peu moins d’une cinquantaine d’années. Un chercheur de la Lune appelé William Pierce a essayé de réduire la température de quelques atomes de cuivre jusqu’au zéro absolu. Il y a réussi, mais les conséquences ont été désastreuses. Sa femme et lui sont morts. Un observateur a réussi à s’en sortir, mais avec de graves blessures. La caverne de la Fosse à glace est devenue un vide incompréhensible.

Zenger ne sembla guère impressionné.

— Qu’allez-vous faire de notre hydrogène ? demanda-t-il. L’envoyer au pays des merveilles ?

— L’expérience n’a jamais été reproduite, déclara Casares. Personne n’a pu prouver que le zéro absolu avait été atteint. C’est peut-être un autre phénomène qui est responsable de l’accident.

— Nous savons que le zéro absolu a été atteint, affirma Charles.

Zenger retroussa la lèvre inférieure et tapota du doigt l’accoudoir de son siège.

— Comment le savez-vous ? demanda-t-il.

— Laissons ces détails, pour l’instant, fit Leander.

— Nous allons convertir une partie de l’hydrogène de cette bouteille en matière miroir, expliqua Charles. La réaction entre l’hydrogène normal et l’hydrogène miroir produira des neutrons, un rayonnement gamma et de la chaleur.

— Qu’attendez-vous pour le faire ? demanda Casares avec impatience.

Charles s’assit à côté du penseur. Un panneau de commande apparut en projection au-dessus du boîtier blanc.

— Le penseur est en train d’établir les coordonnées descriptives de l’échantillon, dit-il. Les descripteurs n’utilisent pas de mesures ou de coordonnées absolues. Chaque descripteur de l’espace-temps est relatif aux descripteurs de l’observateur. En un sens, cela nous facilite la tâche. Une fois que nous avons localisé notre échantillon, nous pouvons confirmer en demandant d’autres descripteurs qui nous indiquent de quoi est fait l’échantillon. Ce qui nous permet de savoir que nous pinçons bien ce que nous voulions pincer.

— Vous ne voulez pas nous dire comment vous faites, déclara Zenger en désignant l’équipement. Mais vous le faites à distance. Quelle est votre limite de portée ?

— Impossible également de vous donner des informations là-dessus, intervint Leander. Je regrette beaucoup.

Zenger tourna vers moi un visage de plomb.

— Nous ne pouvons pas procéder à l’évaluation demandée si nous n’avons pas suffisamment d’informations.

— Nous avons demandé au groupe de ne pas divulguer certains détails, répliquai-je.

Zenger rentra le menton et secoua la tête.

— Vous nous avez fait venir pour avoir une opinion d’expert. Mais si vous nous refusez ces renseignements, c’est comme si vous tentiez d’impressionner une paire de chimpanzés.

Casares se montra plus conciliant.

— Voyons toujours ce que vous avez à nous montrer, dit-il. Si vous arrivez à produire de l’énergie à partir de notre bouteille, vous aurez déjà accompli quelque chose d’intéressant. Nous débattrons plus tard de l’opportunité du secret.

Une partie de moi-même s’était attendue à quelque chose de beaucoup plus spectaculaire. Il y avait en fait dans cette petite pièce beaucoup de curiosité, un peu de scepticisme et rien de spectaculaire. Charles n’essayait pas de créer des effets psychologiques. Il travaillait rapidement et posément avec Leander, transmettant ses instructions au penseur, puis nous invitant finalement à observer attentivement ce qui se passait.

L’affichage au-dessus du penseur nous montra un diagramme en 3-D du cylindre, rempli de couleurs indiquant les gradients de température. La bouteille, nous expliqua Charles, était encore en train de se refroidir à la température ambiante, d’environ - 60 ˚Celsius. Le gaz qu’elle contenait tournoyait lentement.

— La charge est conservée, naturellement, nous dit Leander. Nous ne sommes pas capables de convertir des particules chargées, sauf quand elles vont par paires avec des particules opposées de la même charge exactement. Les atomes et molécules neutres sont idéaux pour cela. Les descripteurs distinguant la matière miroir de la matière sont attachés à d’autres descripteurs indiquant le spin et la composante de temps de la particule. Nous sommes obligés d’accéder en même temps à tous ces descripteurs couplés. Le résultat est une conversion qui ne viole aucune loi physique. Mais dans la mesure où de la matière entre en contact avec de la matière miroir, il y a dégagement d’énergie.

— Comment faites-vous pour modifier les descripteurs ? demanda Casares.

Charles lui adressa un sourire presque timide.

— Désolé. Je ne peux pas vous le dire pour le moment.

— Que nous reste-t-il à évaluer ? demanda Zenger. Vous allez peut-être nous montrer un magnifique tour de prestidigitation. Tout est peut-être truqué d’avance.

— Nous espérons que vous ferez suffisamment confiance à notre réputation pour accepter la réalité de ce que vous allez voir, déclara Leander.

— Il nous est impossible de porter un jugement sans pouvoir évaluer la théorie derrière les effets, affirma Casares en croisant les bras. La science ne s’occupe que de résultats reproductibles. Si un seul groupe a fait le travail et obtenu des résultats, ce n’est pas de la science. Ce que j’ai entendu jusqu’à présent n’est pas très encourageant.

Charles laissa son regard errer au loin. Il était, de toute évidence, horriblement frustré.

— Si cela ne tenait qu’à moi, je vous dirais tout ce que je sais, fit-il. Mais vous comprendrez que c’est à la vice-présidente Majumdar et non à moi de décider en la matière.

Je me sentais totalement hors de mon élément, mais je ne pouvais pas me permettre la moindre indécision.

— Les parties cruciales de la théorie doivent être tenues confidentielles, affirmai-je.

Charles écarta les mains d’un air de dire : Qu’est-ce qu’on fait ?

Zenger et Casares secouèrent la tête. Finalement, Zenger remua les doigts comme pour m’écarter du chemin mais déclara :

— Très bien. Ça ne me plaît pas du tout, mais montrez-nous ce qu’il y a à voir et nous discuterons des détails plus tard.

— Merci, lui dit Charles. Projetons l’échantillon tel que le voit à présent notre penseur, ajouta-t-il en s’adressant à Leander.

Ce dernier toucha le panneau de commande insubstantiel. Une surface hérissée de pics et creusée de vallées apparut. Des flèches dansèrent d’un pic à l’autre. Elle en choisirent finalement un, qui grossit rapidement. Un petit cube rouge se forma. À l’intérieur, des lignes bleues esquissèrent la forme de la bouteille. De nouveau, celle-ci se remplit de couleurs. Dans les zones colorées apparurent des lettres grecques et des chiffres qui se mirent à voleter comme des mouches emprisonnées dans un bocal.

— Le penseur LQ est en train d’évaluer l’échantillon, expliqua Charles. À présent, c’est lui qui fait tout. Dans quelques secondes, nous devrions voir la production d’énergie qui s’opère dans la bouteille.

Nous regardâmes par la fenêtre. La bouteille suspendue sous le dôme n’était visible qu’en projection vid. La salle où nous étions s’emplit soudain de bourdonnements, de cliquetis distincts et de grondements.

— Les atomes de matière et de matière miroir se rencontrent, expliqua Chinjia en réglant le son. Ils rebondissent sur les parois du conteneur. Le cylindre s’échauffe. (Ses doigts tracèrent une nouvelle courbe sur l’affichage.) Vous voyez là l’apparition d’un rayonnement gamma. Nous escomptons un rendement de dix pour cent. Naturellement, il y aura des interactions avec la bouteille… Et voilà maintenant le flux neutronique.