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— Prenez-le, Sylveste, ordonna Sluka.

Il s’exécuta. Le cylindre paraissait lourd, et il l’était. Il y avait une poignée en haut et, dessous, un mécanisme de fermeture vert. Sylveste posa l’objet sur la table. Il était trop lourd pour qu’il puisse le tenir plus longtemps sans effort.

— Ouvrez-le, dit Sluka.

Il actionna le mécanisme – c’était la chose évidente à faire – et le cylindre s’ouvrit en deux comme une poupée russe, la moitié du haut se soulevant sur quatre supports métalliques entourant un cylindre légèrement plus petit, jusqu’alors invisible. Le cylindre intérieur s’ouvrit de la même façon, en révélant un autre, et encore un autre. Le processus se répéta ainsi six ou sept fois.

Toutes ces coques protégeaient une mince colonne d’argent. Une minuscule fenêtre s’ouvrait sur le côté, permettant de voir, à l’intérieur, une cavité éclairée dans laquelle était nichée une chose qui ressemblait à une épingle à la tête renflée.

— Vous avez compris de quoi il s’agissait, je suppose, dit Sluka.

— Je devine que ça n’a pas été fabriqué ici, répondit Sylveste. Et ce n’est pas nous qui l’avons apporté en venant de Yellowstone. Ne reste que notre bienfaiteur, l’excellent Remilliod. C’est lui qui vous a vendu ça ?

— Ça, et les neuf autres, répondit-elle. Enfin, plus que huit, puisque nous avons utilisé le dixième à Cuvier.

— C’est une arme ?

— Les gars de Remilliod appelaient ça la poussière chaude, dit-elle. De l’antimatière. Cette tête d’épingle ne contient qu’un vingtième de gramme d’antilithium, mais c’était plus que suffisant pour ce que nous avions à faire.

— Je n’aurais jamais cru qu’une telle arme soit possible, dit-il. Enfin… c’est si petit.

— Je vous comprends. Cette technologie est interdite depuis tellement longtemps que personne ne sait plus comment les fabriquer.

— C’est puissant ?

— Deux kilotonnes environ. Assez pour laisser un trou à la place de Cuvier.

Sylveste hocha la tête, assimilant la portée de ses paroles. Il s’efforça d’imaginer ce qui avait pu se passer pour ceux qui avaient été soit tués, soit aveuglés par la tête d’épingle que le Sentier Rigoureux avait lancée sur la capitale. Le léger différentiel de pression entre les dômes et l’air extérieur avait dû provoquer des vents furieux qui avaient balayé les espaces municipaux tellement soignés. Il imagina les plantes et les arbres des arboretums déracinés, déchiquetés par la violence des bourrasques, les oiseaux et les autres animaux projetés au loin par la tornade. Les gens qui avaient survécu à l’explosion initiale – impossible de savoir combien ils avaient pu être – avaient dû chercher un abri souterrain, très vite, avant que l’atmosphère irrespirable du dehors ne remplace l’air qui s’était échappé du dôme. D’accord, l’air extérieur était plus respirable maintenant que vingt ans auparavant, mais tout le monde ne pouvait le supporter, ne serait-ce que quelques minutes. La plupart des habitants de la capitale n’avaient jamais quitté le dôme. Il ne donnait pas cher de leur peau.

— Pourquoi ? demanda-t-il.

— C’était une… J’allais dire que c’était une erreur, mais on pourrait me répondre qu’il n’y a pas d’erreurs quand on est en guerre, il n’y a que les manœuvres couronnées de succès et les autres. Notre intention n’était pas d’utiliser la tête d’épingle. Les fidèles de Girardieau devaient livrer la ville en apprenant que nous détenions cette arme. Mais ça n’a pas marché comme prévu. Girardieau connaissait l’existence des têtes d’épingle, mais il n’en avait pas informé ses subordonnés. Personne n’a voulu croire que nous les avions.

Il n’avait pas besoin qu’elle lui raconte la suite ; c’était assez clair : frustrés de ne pas être pris au sérieux, les forbans avaient utilisé leur arme. Et alors que la capitale était encore habitée ; Sluka venait de le dire. Les fidèles de Girardieau la tenaient toujours. Il les imagina dirigeant les opérations de leurs bunkers souterrains pendant qu’au-dessus de leurs têtes les tempêtes de sable faisaient rage par les brèches ouvertes dans les dômes éventrés.

— Vous comprenez qu’il ne faut pas nous sous-estimer, reprit la femme. Et encore moins sous-estimer quiconque conserve un attachement latent à la règle de Girardieau.

— Que prévoyez-vous de faire avec les autres ?

— De l’infiltration. L’enveloppe ôtée, la tête d’épingle proprement dite est assez petite pour être implantée dans une dent. Indétectable, sauf au moyen d’un scan médical approfondi.

— C’est donc ça, le plan ? demanda-t-il. Trouver huit volontaires, leur faire implanter chirurgicalement ces choses et les infiltrer dans la capitale ? Oui, je suppose que cette fois ils vous croiraient.

— Qui a parlé de volontaires ? rétorqua Sluka. Ce serait préférable, bien sûr, mais absolument pas indispensable.

Ignorant toute prudence, Sylveste dit :

— Gillian, je pense que je vous aimais mieux il y a quinze ans.

— Vous pouvez le remmener dans sa cellule, dit-elle à Falkender. Il commence à m’ennuyer, là.

Il sentit que le chirurgien lui tiraillait la manche.

— Je peux m’occuper encore un peu de ses yeux, Gillian ? J’aurais pu faire mieux, mais ça n’aurait vraiment pas été agréable.

— Faites ce que vous voulez, répondit Sluka. Mais ne vous sentez pas obligé. Maintenant que je le tiens, je dois avouer que je suis un peu déçue. Je crois que je l’aimais mieux dans le temps, moi aussi, avant que Girardieau n’en fasse un martyr. Il est trop précieux pour qu’on s’en débarrasse tout de suite, ajouta-t-elle avec un haussement d’épaules, mais faute de mieux, il se pourrait que je le fasse cryogéniser jusqu’à ce que je lui trouve une utilité. Ce qui pourrait prendre un an comme cinq. Tout ce que je dis, c’est qu’il serait dommage de perdre trop de temps sur quelque chose dont nous pourrions nous lasser très vite, docteur Falkender.

— La chirurgie comporte ses propres récompenses, répondit-il.

— J’y vois assez bien comme ça, dit Sylveste.

— Oh non, répondit Falkender. Je peux faire beaucoup mieux, docteur Sylveste. Beaucoup, beaucoup mieux. Je n’en ai pas fini avec vous.

Volyova était auprès du capitaine Brannigan lorsqu’un rat-droïde l’informa que les cailloux du Petit Poucet avaient renvoyé leur moisson d’informations. Elle recueillait de nouveaux échantillons de l’excroissance qui entourait le capitaine, encouragée par la récente réussite de l’une de ses souches d’antivirus. Elle l’avait obtenue à partir d’un cybervirus militaire qui avait atteint le vaisseau, modifié afin de le rendre compatible avec la peste. Elle l’avait essayé sur de minuscules échantillons et, chose étonnante, il semblait vraiment marcher. Elle trouvait très irritant d’être distraite de cette tâche par une chose qu’elle avait mise en branle neuf mois plus tôt et avait à peu près complètement oubliée depuis. Elle refusa pendant quelques instants de croire qu’il avait pu s’écouler aussi longtemps. D’un autre côté, elle était excitée à l’idée de ce qu’elle pourrait apprendre.

Elle reprit l’ascenseur. Neuf mois ! Ça paraissait à peine possible. Enfin, c’était comme ça quand on était occupée. Et elle aurait dû s’y attendre. Elle savait, rationnellement, que tout ce temps avait passé – mais l’information avait réussi à ne pas atteindre la partie de son cerveau où elle classait et traitait ce genre de renseignements. Pourtant, les indices étaient là depuis le début. Le vaisseau voguait maintenant à un quart seulement de la vitesse de la lumière. D’ici une centaine de jours, ils effectueraient l’insertion finale dans l’orbite de Resurgam ; ils avaient besoin d’une stratégie pour le moment où ils y arriveraient. C’était là que les cailloux entraient en jeu.