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— Vous envisageriez de faire cela ? demanda Khouri.

— En effet, confirma Volyova. Mais j’espère que nous ne serons pas obligés d’en arriver là. Avec tous les échantillons que j’ai prélevés, c’est bien le diable si je n’arrive pas à un résultat. J’ai trouvé un remède : un antivirus qui paraît plus fort que la peste ; il en perturbe le mécanisme plus vite que la peste ne le subvertit. Je ne l’ai encore testé que sur des fragments, mais je ne vois pas comment je pourrais aller plus loin, parce que les tests sur le capitaine exigent des compétences médicales qui me font défaut.

— Évidemment, répondit hâtivement Khouri. Et si vous ne le faites pas vous-mêmes, vous serez bien obligés de faire appel à Sylveste, non ?

— Peut-être, mais il ne faut pas sous-estimer ses capacités. Ou celles de Calvin, je dirais.

— Et vous pensez qu’il vous aidera, juste comme ça ?

— Non, mais il ne nous a pas aidés de son plein gré la première fois non plus, et nous l’y avons bien obligé quand même.

— Par la force, vous voulez dire ?

Volyova prit le temps de prélever une écaille sur l’un des tentacules pareils à des tuyaux juste avant qu’il ne s’enfonce dans une masse intestinale de plomberie métallique.

— Sylveste a des obsessions, dit-elle. Et ces gens-là sont plus faciles à manipuler qu’ils ne l’imaginent. Ils sont tellement pris dans leur truc qu’ils ne remarquent pas toujours qu’ils succombent à la volonté de quelqu’un d’autre.

— La vôtre, par exemple.

Volyova prit l’échantillon, pas plus gros qu’une rognure d’ongle, et le mit de côté aux fins d’analyse.

— Sajaki vous a dit que, les mois où il avait disparu, il était en fait ici, à bord ?

— Ses trente jours dans le désert.

— Quelle imbécillité ! fit Volyova entre ses dents. Pourquoi faut-il toujours qu’on donne à ça une connotation biblique ? Il avait déjà un complexe assez messianique comme ça, croyez-moi ! Enfin… c’est vrai, nous l’avions fait venir à bord. Et la chose intéressante, c’est que ça s’est passé trente bonnes années avant que l’expédition de Resurgam ne quitte Yellowstone. Maintenant, je vais vous dire un secret : avant de retourner sur Yellowstone et de vous recruter, nous ignorions tout de cette mission. Nous pensions encore trouver Sylveste sur Yellowstone.

Khouri avait fait l’expérience, avec Fazil, du genre de difficultés auxquelles l’équipage de Volyova avait dû être confronté, mais elle se dit qu’une feinte ignorance paraîtrait plus plausible.

— Vous n’auriez pas pu vous renseigner avant ?

— Eh non ! En réalité, nous avions bien vérifié. Seulement nos informations étaient périmées depuis des dizaines d’années lorsque nous les avons obtenues. Et le temps que nous fassions un saut à Yellowstone, elles étaient deux fois plus anciennes.

— Ce n’était pas un mauvais pari. La famille avait toujours été associée avec Yellowstone. Vous pouviez vous attendre à trouver ce sale gosse de riche en train de tourner autour de cet endroit.

— Sauf que nous nous trompions. Mais ce qui est intéressant, c’est que, apparemment, nous aurions pu nous épargner tout ce tracas. Sylveste envisageait probablement déjà l’expédition de Resurgam lorsque nous l’avons fait venir à bord. Si nous avions écouté ses histoires, nous aurions pu aller directement là-bas.

Tout en parcourant la succession complexe d’ascenseurs et de coursives qui menaient du couloir où se trouvait le capitaine à la clairière, Volyova dit quelques mots, tout bas, dans le bracelet qui ne quittait jamais son poignet. Khouri savait qu’elle devait s’adresser à l’une des nombreuses personnalités artificielles du vaisseau, mais Volyova ne lui laissa pas savoir ce qu’elle mijotait.

La lumière verte qui baignait la clairière était un régal de sensualité après le froid glacial et l’atmosphère lugubre qui régnait dans le corridor du capitaine. L’air était chaud, embaumé, et les oiseaux multicolores qui étaient chez eux dans l’espace aérien de cette zone étaient presque trop éclatants pour la vue de Khouri, habituée à l’obscurité. Elle était tellement fascinée qu’elle ne remarqua pas tout de suite qu’il y avait trois personnes dans la clairière ; deux homme et une femme, assis autour d’une souche d’arbre, dans l’herbe humide de rosée. Le premier homme était Sajaki. Khouri ne l’avait jamais vu coiffé ainsi : il s’était rasé la tête, en dehors d’une mèche crânienne. La femme était Volyova en personne – les cheveux à nouveau presque ras, ce qui soulignait les bosses de son crâne et la faisait paraître plus vieille que la version de Volyova qui marchait à côté d’elle. Khouri comprit que le troisième personnage du trio était Sylveste.

— On les rejoint ? demanda Volyova en s’engageant dans l’escalier branlant qui menait vers l’herbe.

Khouri la suivit en réfléchissant. Voyons, en quelle année Sylveste avait-il disparu de Chasm City… ?

— Ça remonte à… 2460, non ?

— Exactement, fit Volyova en se tournant vers elle, l’air légèrement étonnée. Qui êtes-vous ? Une experte en faits et gestes de Sylveste ? Non, laissez tomber. Bref, nous avions enregistré toute la visite, et je savais qu’il avait fait, à un moment, une remarque particulière que… enfin, que je trouve bizarre, à la lumière des événements.

— C’est curieux.

Khouri sursauta, parce que ce n’était pas elle qui avait répondu. La voix paraissait venir de derrière elle. Elle se rendit compte que la Demoiselle rôdait vers le haut de l’escalier.

— J’aurais dû me douter que vous alliez montrer votre vilain museau, fit Khouri sans même prendre la peine de baisser le ton, le babil des oiseaux couvrant ses paroles et Volyova s’étant éloignée pour aller à la rencontre des autres. Vous êtes collante, vous savez ?

— Au moins, vous savez que je suis toujours là. C’est si je n’étais pas là que vous auriez des raisons de vous inquiéter. Ça voudrait dire que le Voleur de Soleil aurait vaincu mes mesures de protection. Après quoi votre santé mentale ne résisterait pas longtemps, et je n’ai pas besoin de vous dire ce que deviendraient vos perspectives professionnelles au service de cette Volyova…

— Fermez-la ! Je voudrais écouter ce que dit Sylveste.

— Mais je vous en prie, fit sèchement la Demoiselle sans s’écarter de son point de vue privilégié.

Khouri rejoignit Volyova près du trio.

— Évidemment, disait Volyova (la Volyova debout à côté de Khouri), j’aurais pu repasser cette conversation à partir de n’importe quel point du vaisseau. Mais c’est ici qu’elle a eu lieu, et j’ai choisi de la restituer au même endroit.

Tout en parlant, elle prit une paire de lunettes fumées dans la poche de son blouson et les mit. Khouri comprit : n’ayant pas d’implants, Volyova ne pouvait assister à la scène qu’avec l’aide de projections rétiniennes directes. Tant qu’elle n’aurait pas mis ses lunettes, elle ne verrait pas les personnages.