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Volyova se pencha un peu en avant, et ses yeux gris, léonins, parurent remplir l’écran.

« Chose plus importante, nous sommes parfaitement déterminés à le faire, si le besoin s’en fait sentir… »

Volyova s’accorda une nouvelle pause assez théâtrale. Sans doute était-elle sûre d’avoir un public, à ce stade.

« Si j’en décidais, cela pourrait se produire en quelques minutes. Et n’allez pas vous imaginer que ça m’empêcherait de dormir. »

Sylveste voyait où tout ça menait. « Mais trêve de trivialités, au moins pour le moment. »

Elle eut alors un vrai sourire, mais un sourire d’une froideur cryogénique.

« Vous vous demandez sans doute pourquoi nous sommes ici. »

— Pas moi, intervint Sylveste, assez fort pour que Pascale l’entende.

« Nous cherchons l’un des vôtres. Notre désir de mettre la main sur lui est tellement absolu, tellement pressant, que nous avons décidé de contourner les… canaux diplomatiques habituels, continua Volyova en se fendant d’un sourire encore plus glacé que le précédent, un fantôme de sourire. L’homme s’appelle Sylveste ; toute explication complémentaire devrait être superflue si sa réputation n’a pas pâli depuis notre dernière rencontre. »

— Elle s’est peut-être un peu ternie, commenta Sluka avant d’ajouter, à l’intention de Sylveste : Il faudrait vraiment que vous m’en disiez un peu plus long sur cette précédente rencontre, vous ne croyez pas ? Vous n’avez plus rien à perdre.

— Mais connaître les faits ne vous fera aucun bien, rétorqua Sylveste avant de ramener son attention sur l’émission.

« D’ordinaire, fit Volyova, nous aurions instauré un dialogue avec les autorités concernées afin de négocier la reddition de Sylveste. Telle était notre intention de départ. Mais un scan systématique de Cuvier, la principale colonie de votre planète, nous a convaincus que cette approche était vouée à l’échec. Nous avons constaté qu’il n’y avait plus, sur votre monde, de pouvoir digne de ce nom avec lequel traiter. Et je crains que nous n’ayons pas la patience de marchander avec des factions planétaires braillardes… »

Sylveste secoua la tête.

— Elle ment. Ils n’ont jamais eu l’intention de négocier, dans quelque état qu’ils aient pu nous trouver. Je connais ces gens. Ce sont des fripouilles vicieuses.

— C’est ce que vous n’arrêtez pas de nous dire, lança Sluka.

« Cela ne nous laisse donc qu’un nombre limité d’options, poursuivait Volyova. Nous voulons Sylveste, et nos renseignements nous confirment qu’il n’est pas… comment dire ? libre de ses mouvements. »

— Ils ont découvert tout ça de là-haut ? s’étonna Pascale. Voilà ce qui s’appelle des services de renseignements fiables.

— Trop fiables, commenta Sylveste.

« Voilà comment les choses vont se passer, reprit Volyova. Sylveste a vingt-quatre heures pour se manifester, sur fréquence radio, et nous faire connaître l’endroit où il se trouve. Soit il émerge de sa cachette, soit ceux qui le détiennent le libèrent. Nous vous laissons le soin de régler les détails. Si Sylveste est mort, alors une preuve irréfutable de sa mort devra nous être fournie en lieu et place de sa personne. L’acceptation de ladite preuve demeurera à notre entière discrétion, cela va de soi. »

— Une chance que je ne sois pas mort, dites donc ! Je ne crois pas que vous auriez pu en convaincre Volyova.

— Elle est si intransigeante que ça ?

— Et elle n’est pas la seule ; tout l’équipage est comme ça.

Mais Volyova continuait à parler :

« Vous avez donc vingt-quatre heures. Nous sommes à l’écoute. Et si nous n’entendons rien, ou si nous avons des raisons de soupçonner une traîtrise, quelle qu’elle soit, vous pouvez vous attendre à des représailles. Notre bâtiment dispose de certains moyens – demandez à Sylveste, si vous en doutez. Si nous n’avons pas de nouvelles de lui dans la journée de demain, nous utiliserons ces moyens contre l’une des petites communautés de surface de votre planète. Nous avons déjà sélectionné la cible en question, et la nature de l’attaque sera telle que personne ne survivra dans ladite communauté. Personne, c’est bien clair ? Vingt-quatre heures après cela, si nous n’avons toujours pas de nouvelles du docteur Sylveste, nous passerons à une cible plus vaste. Et vingt-quatre heures plus tard, nous détruirons Cuvier. Cela dit, ajouta-t-elle avec un autre de ses brefs sourires, question destruction, il semblerait que vous ne vous en soyez pas mal tirés tout seuls… »

Le message prit fin et recommença au début, par l’introduction abrupte de Volyova. Sylveste l’écouta encore deux fois dans son intégralité avant que qui que ce soit n’ose rompre sa concentration.

— Ils n’oseraient pas faire ça, dit Sluka. Sûrement pas !

— C’est de la barbarie, ajouta Pascale, ce qui lui valut un hochement de tête de leur geôlière. Même s’ils ont vraiment besoin de toi, ils ne pourraient pas faire ce qu’elle a dit, c’est impossible ! Enfin quoi, détruire une colonie entière ?

— C’est là que tu te trompes, répondit Sylveste. Ils l’ont déjà fait. Et je n’ai aucun doute sur leur aptitude à recommencer.

Volyova n’avait jamais été véritablement persuadée que Sylveste était bien vivant, mais elle s’était obstinément interdit de réfléchir aux conséquences s’il ne l’était pas. Peu importait que ce soit la quête de Sajaki plutôt que la sienne. Si ça ratait, il la punirait aussi sévèrement que si elle en était personnellement responsable. Comme si c’était elle qui les avait obligés à venir dans cet endroit désolant.

Elle ne s’attendait pas vraiment à ce qu’ils réagissent dès les premières heures. Ç’aurait été faire preuve d’un optimisme excessif. Il aurait fallu que les ravisseurs de Sylveste aient été réveillés et aussitôt informés de son ultimatum. Il fallait être réaliste : le temps que la nouvelle remonte la chaîne de commandement et parvienne aux intéressés, la journée serait déjà bien entamée. Après quoi ils perdraient un peu de temps à la vérifier. Mais alors que les heures s’ajoutaient aux heures, et que la journée passait, elle arriva à la conclusion qu’elle devrait mettre sa menace à exécution.

Les colons n’étaient pas restés complètement silencieux, bien sûr. Dix heures plus tôt, un groupe qui n’avait pas dit son nom s’était présenté avec les prétendus restes de Sylveste. Ils les avaient abandonnés en haut d’une mesa et s’étaient réfugiés dans des grottes où les capteurs du vaisseau ne pénétraient pas. Volyova avait envoyé un drone examiner les restes, mais, bien qu’ils soient génétiquement proches, ils ne correspondaient pas tout à fait aux tissus témoins conservés lors du dernier passage de Sylveste à bord. Il aurait été tentant de punir les colons pour cette manœuvre, mais, après réflexion, elle décida de s’abstenir : ils avaient agi par crainte, sans espoir de profit personnel en dehors de leur survie – et de celle de tout le monde –, et elle ne tenait pas à décourager les autres volontaires désireux de se manifester. De la même façon, elle s’était retenue quand deux individus agissant indépendamment l’un de l’autre s’étaient annoncés comme étant Sylveste. Il était évident qu’ils ne mentaient pas sciemment mais se prenaient véritablement pour lui.

Cela dit, ils n’avaient même plus le temps de tenter une diversion.

— Je dois dire que je suis assez surprise, dit-elle. Je pensais qu’ils l’auraient livré, à l’heure qu’il est. Il faut croire que l’une des parties sous-estime gravement l’autre, dans cette affaire.