Выбрать главу

— C’est juste pour savoir ! On a fait le même rêve toute notre enfance et on ne se connaît même pas !

Valeria passa la main dans ses cheveux.

— Oui, j’ai quelqu’un, répondit-elle. Il s’appelle Diego.

— Il sait pourquoi tu es là ?

— Je le lui ai dit, mais il ne comprend pas très bien. Lui ne voulait pas que je vienne.

— Tu vas lui parler de notre rencontre ?

— Plus tard, peut-être. Je verrai. Et puisque nous en sommes aux confidences, de ton côté, il y a quelqu’un ?

— Non. Je suis tristement célibataire. Ce n’est pas faute d’avoir commencé des histoires, mais ça ne dure jamais bien longtemps. Toutes me trouvent gentil mais trop brouillon et toujours dans la lune…

— Ce n’est pas l’image que j’ai de toi.

— Eh bien, lorsque tu viendras me rendre visite en Hollande, tu essaieras de les convaincre !

Valeria éclata de rire. Redevenant soudain sérieuse, elle demanda :

— Tu crois que nous nous reverrons ?

Peter s’arrêta.

— Honnêtement, je ne sais pas. Pour le moment, je n’envisage même pas que l’on se sépare.

Valeria resta silencieuse un moment puis, indiquant un tronc couché sur le bord du sentier, elle dit :

— Je m’assoirais bien un moment.

Emportées et déformées par le vent, les rumeurs de la petite bourgade montaient parfois jusqu’à eux. On entendait aussi les bêlements des moutons, éparpillés sur la colline d’en face. Les deux jeunes gens étaient de nouveau silencieux, regardant la forêt à travers laquelle ils apercevaient la vallée. Un bruissement attira leur attention. Ils se retournèrent et virent arriver un homme assez jeune qui faisait son jogging. En les découvrant soudain, le sportif sursauta, surpris. Sans ralentir sa foulée, il les salua d’un mouvement de tête et continua son chemin.

— Il a la santé, remarqua Peter. Un kilomètre à ce rythme suffirait à m’envoyer à l’hôpital pour deux semaines…

Valeria ne broncha pas. Peter se tourna vers elle. Il ne voyait pas son visage, masqué par ses cheveux. Il se pencha. Elle pleurait.

— Et alors ? dit-il en lui prenant la main. Qu’est-ce qui te met dans un état pareil ?

Elle s’abandonna contre lui sans répondre.

— C’est pas grave si toi non plus tu ne peux pas courir comme le jogger… plaisanta-t-il gentiment. Si ça se trouve, au bout du chemin, un loup ou le monstre du loch va le bouffer. La région est bizarre, tu sais…

Blottie entre ses bras, elle sanglotait.

— Qu’est-ce que je dois faire ? gémit-elle.

— T’arranger pour que Diego ne nous surprenne pas comme ça, sinon il va me courser pour me taper et je viens de te dire que je ne sais pas courir… Tant pis, ça me fera trois semaines d’hôpital !

Valeria pouffa de rire entre deux sanglots.

— Je ne sais pas ce qui nous arrive, dit Peter plus gravement. Mais je suis sûr que fuir ne servira à rien.

Une première goutte tomba sur son épaule. La pluie arrivait. Ils restèrent pourtant encore longtemps l’un contre l’autre, perdus dans leurs pensées. Ici, malgré la pluie, malgré le vent, ils étaient au calme. Ils auraient presque pu se croire en sécurité.

13

— Médicalement, c’est impossible.

— Sauf si l’on accepte enfin que notre pauvre science n’ait pas réponse à tout.

— Vous vous rendez compte ?

— Très bien. C’est vous qui étiez sceptique.

— Vingt ans de rationalisme balayés en quelques heures.

— Il va falloir vous y faire. Nous avançons dans un domaine où tout est à découvrir.

Valeria franchit le portillon du jardin de Madeline, la tête rentrée dans les épaules. Trempée, frigorifiée, elle frappa au carreau de la porte.

— Entrez, répondit la voix chantante de sa logeuse.

La jeune femme passa le seuil et s’immobilisa sur le paillasson intérieur.

— Eh bien, ma pauvre petite, vous allez attraper du mal ! Ne bougez pas, je vais vous chercher de quoi vous sécher.

Elle revint bientôt avec un drap de bain.

— Tenez, dit-elle. En plus, il est tiède.

Valeria ne savait que dire.

— Je suis désolée de ne pas vous avoir donné de nouvelles, commença-t-elle timidement. J’espère que vous ne vous êtes pas trop inquiétée…

Madeline s’approcha et lui posa une main complice sur le bras.

— Ma chère enfant, souffla-t-elle, s’il fallait se ronger les sangs chaque fois qu’un jeune découche, il n’y aurait plus un adulte vivant sur terre ! D’ailleurs, continua la logeuse, vous n’êtes pas venue en Écosse pour me voir ! Ne vous faites donc pas de souci…

Puis, avec une pointe de malice, elle ajouta :

— Par contre, si j’étais votre petit ami espagnol, je m’inquiéterais…

— N’allez pas croire qu’il se soit passé quoi que ce soit ! se défendit Valeria.

— Promis, je ne vous taquine plus ! Allez donc vous changer et venez prendre un thé.

Valeria accepta. Elle ôta ses chaussures et, pour éviter de répandre de l’eau partout, se hâta de gagner la salle de bains sur la pointe des pieds.

— Vous voyez, lui cria Madeline à travers la porte, je vous avais bien dit que vous alliez tomber sous le charme de notre belle région. Ah ! L’Écosse, ses profondes forêts, ses petits villages pleins de charme, ses moutons, ses beaux Hollandais…

Dans la salle d’eau, Valeria leva les yeux au ciel en souriant.

— Au fait, ajouta Madeline, ce matin, quelqu’un a déposé une lettre pour vous.

— Du courrier d’Espagne ?

— Non, c’est une enveloppe avec juste votre prénom. Ça vient du coin.

Valeria rouvrit la porte.

— Vous avez vu qui l’a déposée ?

— Non, j’étais partie en courses. Je l’ai trouvée en revenant.

La jeune femme saisit l’enveloppe que Madeline lui tendait et la décacheta en toute hâte. Elle en extirpa une feuille pliée en deux.

« Si le mystère de Sainte-Kerin vous intéresse vraiment, rendez-vous ce soir à minuit à la croix MacPhermus. »

Valeria blêmit et s’appuya au montant de la porte.

— Vous savez, ma pauvre petite, dit Madeline d’une voix pleine de compassion, ces gars-là, ils vous laissent tomber aussi vite qu’ils vous séduisent…

— Non, non, il ne s’agit pas de cela. Je peux vous louer la chambre encore quelques jours ?

— Aussi longtemps que vous le voudrez.

— Je crois que je vais de nouveau sortir ce soir…

— Alors, ce qu’on dit sur les Espagnoles est vrai ?

— Que dit-on sur les Espagnoles ?

— Plus elles sont belles, plus elles sont passionnées…

Lorsque Valeria traversa le village pour aller prévenir Peter, elle le rencontra au milieu de la rue principale, courant en sens inverse. Il serrait une enveloppe dans sa main. Hors d’haleine, il demanda :

— Tu en as reçu une aussi ?

— Oui. Un rendez-vous à minuit à la croix MacPhermus ?

Le jeune homme hocha la tête en reprenant son souffle.

— C’est très étrange, dit Valeria.

Peter grimaça sous l’effet d’un point de côté. Le voyant tout rouge et tellement essoufflé, la jeune femme esquissa un sourire moqueur.

— Qu’y a-t-il ? demanda Peter.

— C’est donc vrai, tu es incapable de courir un kilomètre !

Peter sourit et se courba en deux en toussant.

Rentrant probablement de son travail, Mrs Dwight passa près d’eux sur le trottoir et les salua.