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— Est-ce que tu te souviens de ton nom ?

— Bien sûr !

Stefan lui jeta un coup d’œil dans le rétroviseur.

— Alors comment t’appelles-tu ?

— Peter Apledoorn.

— Où sommes-nous ?

— En Écosse.

— Mais encore ?

— Dans les ennuis jusqu’au cou.

Valeria et Stefan lui posèrent toutes sortes de questions pour tenter de déceler une quelconque évolution de son psychisme. Peter ne se sentait pas différent et se comportait normalement.

Tous aperçurent l’entrée du camping avec satisfaction. Ils avaient besoin d’une bonne douche et d’une vraie nuit de repos. La voiture s’engagea sur l’allée de gravier, contourna le joli massif fleuri de l’accueil, et se dirigea vers la zone des bungalows.

Le leur n’était plus loin. Les enfants jouaient sur les pelouses, un chien aboyait en courant après un ballon.

Peter se redressa : il avait tout de suite remarqué les deux voitures garées non loin de leur location.

— Ne t’arrête pas, dit-il d’une voix étrange à Stefan. Ne ralentis même pas !

Il se baissa en entraînant Valeria avec lui sous le siège.

— Qu’est-ce qui se passe ? demanda Stefan, qui arrivait à hauteur des voitures.

— C’est un piège, ils nous attendent. S’ils nous repèrent, on est foutus ! Pour l’amour du ciel, roule !

20

— Quelque chose d’important est arrivé.

— Expliquez-vous.

— C’est comme si l’un des trois avait subi une rupture.

— Qu’entendez-vous par là ? L’un d’eux est mort ?

— Non, au contraire.

— De toute façon, nous en aurons très vite le cœur net. Nous sommes sur le point de les capturer.

Valeria avait mal au cœur à force de se retourner dans les virages pour vérifier qu’aucun véhicule ne les suivait. Ils roulaient depuis plus d’une heure maintenant, tournant au hasard des chemins et des routes perdues au fond des bois. Avec l’éloignement, la panique commençait à retomber.

— Je crois qu’on s’en est sortis, annonça la jeune femme. Pour cette fois.

À bout de nerfs, Stefan se rangea sur le premier accotement. Il serra le frein à main et pivota vers Peter.

— Nom d’un chien, dit-il, comment as-tu fait pour les repérer ?

— Je ne sais pas. La seule chose dont je sois sûr, c’est qu’ils surveillaient notre bungalow et que ce n’étaient pas des flics.

— Il a fallu que je sois à leur hauteur pour les remarquer. Même avec ma parano, je n’ai rien vu venir !

— Ne me demande pas de t’expliquer ce qui m’étonne moi-même, mais il n’y a aucun doute, insista Peter, sûr de lui.

— C’est inquiétant, fit Valeria.

— Qu’est-ce qui est inquiétant ? s’agaça Stefan. Que les services secrets soient à deux doigts de nous attraper ou que Peter puisse soudain les identifier à trois cents mètres ?

— On se calme ! s’exclama Valeria. On est tous dans la même galère. Heureusement qu’il les a vus, sinon on était bons. À présent, il faut trouver une autre planque. C’est une chance qu’on ait eu la mallette avec nous.

— Ils n’ont pas perdu de temps, grommela Peter. Comment ont-ils pu nous retrouver ? On a tout payé en liquide, on a des têtes de touristes comme les autres…

— Il faut qu’ils soient salement motivés pour se démener autant, constata Stefan.

Peter se passa la main sur le front. Stefan remarqua son geste et sur un ton radouci, demanda :

— Comment te sens-tu ?

— Un peu fiévreux, mais rien de grave. Il faut quitter la région avant que la voiture ne soit recherchée.

— Si ça se trouve, ajouta Valeria, ils ont peut-être déjà découvert notre intrusion à Édimbourg.

— Les flics prendront ça pour une connerie d’étudiants, avança Stefan.

— Les flics, peut-être, mais pas les agents qui nous courent après. Au contraire, ils vont être encore plus excités…

La nuit était tombée. En pleine nature, dans des landes escarpées du nord de la vallée de Glencoe, le trio avait déniché une grange abandonnée, loin de tout. La route la plus proche était à des kilomètres et le chemin qui menait jusqu’au flanc de leur colline perdue avait de quoi rebuter le plus aventureux des conducteurs de rallye.

— C’est la dèche, je ne sais pas comment on va s’en sortir. On n’a même pas de quoi manger. On est mal barrés, résuma Stefan.

La voiture était dissimulée entre la bâtisse à demi effondrée et trois arbres tout tordus. Peter dormait, étendu sur la banquette arrière. Valeria et Stefan étaient assis sur les éboulis d’un pan de mur. Au creux d’un angle, hors de vue, ils avaient allumé un petit feu qui crépitait doucement. Au-dessus d’eux, le toit crevé laissait entrevoir les étoiles. La jeune femme leva les yeux vers la charpente et dit :

— J’espère qu’on ne va pas prendre le reste des poutres sur la tête…

— Ça doit tenir ainsi depuis des dizaines d’années, ça tiendra bien une nuit de plus.

Sans se lever, Valeria grappilla autour d’elle quelques débris de bois et, d’un geste las, les jeta dans les flammes.

— Je suis inquiète pour Peter, soupira-t-elle.

— Moi aussi.

— Je me demande comment il a pu repérer les agents tout à l’heure. Ça ne lui ressemble pas du tout.

— Tu le connais depuis plus longtemps que moi… fit Stefan.

— Quelques jours, et nous n’avons pas vraiment eu le temps de parler. Je me souviens que la première fois que je l’ai vu, il sortait d’une voiture. Il s’est cogné. Je l’ai trouvé un peu distrait, un peu brouillon. Il l’admet lui-même, d’ailleurs. Je crois que c’est quelqu’un de bien. Il est attachant, en tout cas.

Valeria réfléchit.

— C’est bizarre, mais j’ai l’impression qu’il n’aurait pas été capable de les voir il y a encore quelques jours…

Ils se regardèrent. Les implications de cette remarque étaient effrayantes, mais il leur fallait bien se rendre à l’évidence : il y avait en Peter quelque chose d’autre que ce qu’ils connaissaient. Valeria se força à sourire. Stefan préféra changer de sujet.

— Avec ce qui nous reste d’essence, dit-il, on peut encore faire deux cents kilomètres. Nous n’avons plus beaucoup d’argent et ce n’est même pas la peine d’aller dans une banque essayer d’en retirer. Je suis certain que nos comptes sont bloqués. On risque juste de se faire coincer.

— On pourrait tenter de rejoindre l’Espagne, proposa Valeria. J’ai beaucoup d’amis et ma famille ne nous laissera pas tomber. Ils nous cacheront.

— Je crois que personne n’est capable de nous aider, déclara Stefan. Qui pourrait comprendre ? Tout ça nous dépasse. Finalement, on se retrouve dans la même situation que les Destrel. Nous avons leur découverte, et nous sommes nous aussi recherchés.

— Comment vois-tu la suite ?

— Je n’en sais rien. On a encore un peu d’avance sur nos poursuivants. Il nous faut une bonne idée, sans quoi nous ne tiendrons plus longtemps. Il y a vingt ans, les Destrel n’ont pas eu d’autre alternative que de disparaître… Je n’ai pas l’intention de faire comme eux.

La nuit fraîchissait. Valeria frissonna et tendit ses paumes vers le feu pour les réchauffer.

— Tu arrives à imaginer qu’une part d’eux est en nous ? demanda-t-elle.

— J’y pense. Mais honnêtement, j’ai toujours la sensation d’être moi-même.