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L'intérêt dynastique devient là, simplement, le visage de l'intérêt national, la gloire et l'honneur du roi ne sont que l'expression de la « justice et de l'honneur du nom français ».

Face à l'échec de la politique de Louis XIV, cet appel royal, au cœur de la détresse qui frappe le royaume, exprime la force et la réalité de la conscience nationale. Mais cet appel confirme dans l'âme française que le roi n'est un souverain pleinement légitime que par la politique qu'il mène, et qu'en dernier ressort c'est le peuple qui l'adoube, qui lui accorde le second sacre déterminant la valeur du premier.

La contestation de l'absolutisme, l'importance du peuple, la permanence des « ordres » traditionnels du royaume, refont ainsi irruption au bout de près d'un demi-siècle – depuis 1661 – de monarchie absolutiste.

L'appel de Louis XIV au patriotisme est entendu.

La foule attend devant les imprimeries le texte du roi.

On l'approuve de ne pas avoir accepté de contribuer par les armes, comme le demandaient les puissances en guerre, à chasser son propre petit-fils, Philippe V, du trône d'Espagne.

Le maréchal de Villars lit l'appel aux troupes, qui l'acclament. Et le 11 septembre 1709, à Malplaquet, au terme d'une bataille sanglante, incertaine, s'il n'est pas victorieux de Marlborough et du prince Eugène de Savoie, il arrête l'avance ennemie.

Puis, le 24 juillet 1712, à Denain, il bat le prince Eugène.

Les alliés doivent alors se convaincre qu'ils ne pourront pas écraser la France et qu'il vaut mieux traiter, d'autant plus que l'Angleterre et les Provinces-Unies ne veulent pas que l'Empire germanique profite de la défaite française.

Dès lors que Philippe V renonce à la couronne de France, la paix est possible.

Les traités d'Utrecht et de Rastaadt la rétabliront en 1713 et 1714.

Mais le royaume et la dynastie sont affaiblis.

« Sire, vous le savez, écrit dans une lettre anonyme Saint-Simon, votre royaume n'a plus de ressources... Jetez, Sire, les yeux sur les trois états qui forment le corps de votre nation... Le clergé est tombé dans une abjection de pédanterie et de crasse qui l'a tout à fait enfoncé dans un profond oubli... La noblesse n'est pas plus heureuse... Ce n'est plus qu'une bête morte, qu'un mari insipide, qu'une foule séparée, dissipée, imbécile, impuissante, incapable de tout et qui n'est plus propre qu'à souffrir sans résistance... Le tiers état, infiniment élevé dans quelques particuliers qui ont fait leur fortune par le ministère ou par d'autres voies, est tombé en général dans le même néant que les deux premiers corps. »

Certes, la description de Saint-Simon est en fait un plaidoyer en faveur d'un gouvernement aristocratique.

« Que Votre Majesté règne enfin par elle-même », dit-il, contestant l'action des ministres, de l'épouse, madame de Maintenon, ou du confesseur jésuite, et rêvant à des princes entourant le roi.

Mais, au-delà de cette limite, c'est la succession de Louis XIV elle-même qui semble menacée.

La mort a frappé comme à grands coups de hache.

En 1711, le Grand Dauphin, fils de Louis XIV, est mort.

Puis, en 1712, le duc et la duchesse de Bourgogne (le petit-fils de Louis XIV et son épouse).

En 1712 encore, le duc de Bretagne, arrière-petit-fils aîné de Louis XIV, et, en 1714, Charles, duc de Berry, petit-fils du roi et frère de Philippe V d'Espagne – autre petit-fils de Louis XIV –, mais qui a renoncé à la couronne de France.

Ne survit donc qu'un arrière-petit-fils, le duc d'Anjou, d'à peine cinq ans et demi en 1715.

Le régent serait le neveu de Louis XIV, Philippe d'Orléans, fils du frère du roi et de la princesse Palatine.

Mais la défiance de Louis XIV est grande envers lui, qu'à la Cour on a même soupçonné d'avoir fait empoisonner les membres de la famille royale afin d'accéder au trône.

Louis XIV a d'ailleurs créé un conseil de régence afin de contrôler Philippe d'Orléans, qui en assurera cependant la présidence.

Le 1er septembre 1715 à 8 h 15, Louis XIV meurt au château de Versailles à l'âge de soixante-dix-sept ans.

Il était monté sur le trône soixante-douze ans auparavant et avait régné personnellement cinquante-quatre ans.

À sa mort, c'est à nouveau un enfant – Louis XV – qui accède au trône.

L'absolutisme survivra-t-il à la régence de Philippe d'Orléans, prince libertin ?

CHRONOLOGIE II

Vingt dates clés (1515-1715)

1515 : Victoire de Marignan, remportée par François Ier (1515-1547) sur les Suisses alliés du duc de Milan

1519 : Début de la construction du château de Chambord

1522 : Début de la première guerre contre Charles Quint

1539 : Ordonnance de Villers-Cotterêts – tous les actes officiels doivent être rédigés en français

1562 : Première guerre de Religion

1572 : Massacre de la Saint-Barthélemy (24 août)

1593 : Abjuration de Henri IV à Saint-Denis

1598 : Édit de Nantes

1624 : Richelieu, Premier ministre de Louis XIII (1610-1643)

1643 : Mort de Louis XIII et de Richelieu ; Régence d'Anne d'Autriche

1648 : Traité de Westphalie

1649 : Fuite du roi Louis XIV, onze ans, de Mazarin et d'Anne d'Autriche, de Paris à Saint-Germain

1661 : Mort de Mazarin, gouvernement personnel de Louis XIV

1682 : Le roi s'installe à Versailles

1684 : Mariage secret de Louis XIV et de madame de Maintenon

1685 : Révocation de l'édit de Nantes

1685 : Code noir sur l'esclavage

1701 -1714 : Guerre de Succession d'Espagne

1709 : L'année terrible – défaite, froid, famine

1715 : Mort de Louis XIV

LIVRE III

L'ÉCLAT DES LUMIÈRES – L'IMPOSSIBLE RÉFORME

ET LA RÉVOLUTION ARMÉE

1715-1799

1

LOUIS XV

Le vent se lève

1715-1774

30.

1715 : on entre dans un nouveau siècle.

C'est le temps des salons parisiens et non plus celui de la chapelle et des confessionnaux de Versailles.

On loue en Louis XIV « cette fermeté d'âme, cette égalité extérieure, cette espérance contre toute espérance, par courage, par sagesse et non par aveuglement », mais, après avoir ainsi salué le monarque défunt, édenté et dévot, Saint-Simon, l'ami et porte-parole du Régent Philippe d'Orléans, le pousse à rompre et à oublier le vieux roi qui s'était prolongé en ce xviiie siècle et qu'on ne supportait plus.

On veut participer aux fêtes du Régent, pétillantes et libertines.

On veut tomber le masque. On rejette les bigoteries et les jésuites.

Les élites françaises – princes du sang, haute noblesse – désirent à la fois retrouver leur pouvoir et leur influence, contenus par l'absolutisme de Louis XIV, et se mêler aux beaux esprits, aux jeux de l'amour et de la pensée.

En 1715, Marivaux a déjà vingt-sept ans, Montesquieu, vingt-six, Voltaire, vingt et un.

Philippe d'Orléans, homme de tous les talents, brillant et beau, libertin mais conscient de ses devoirs, incarne cette dizaine d'années de régence. Il meurt en 1723, l'année de la majorité de Louis XV, et le duc de Bourbon lui succède jusqu'en 1726 – cette année-là, le roi, assisté du cardinal Fleury, gouverne.