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— Alors, allons à la Salle des Ténèbres, et que Ghen nous montre où ils sont allés. Tchedi avança la première d’un air déterminé.

Arrivés à l’extrémité d’une galerie en forme de faucille, ils descendirent dans la Salle des Ténèbres. C’est ainsi que les astronautes appelaient cette salle aux tapis noirs entourant des colonnes, des alcôves et des murs noirs. Ghen Atal s’approcha de l’escalier à balustrade, réfléchit quelques secondes, puis, l’air assuré, se dirigea vers un espace sombre entre deux colonnes rapprochées derrière lesquelles se trouvait une porte fermée. Après quelques essais infructueux pour l’ouvrir, Ghen Atal frappa avec force.

— Qui ose briser le repos du Souverain de Ian-Iah ? hurla la voix du garde, amplifiée par des appareils électroniques.

— Nous sommes les gens de la Terre et nous cherchons notre souveraine ! hurla Vir Norine, imitant l’amplificateur.

— Je ne sais rien ! Rentrez chez vous et attendez que les souverains jugent nécessaire de vous convoquer.

Les Terriens se regardèrent. Tchedi murmura quelque chose à Vir Norine, et un sourire gamin apparut sur les lèvres de l’astronavigateur.

— Le souverain de Tormans fait comme ça ! et il claqua des doigts. Au bout de quelques secondes, on entendit le léger bruit de pas de Neufpattes. Le SVP rouge-violet entra dans la salle noire.

— Qu’avez-vous imaginé, Vir ? demanda Evisa, inquiète. Pourvu que cela ne fasse pas de tort à Rodis !

— La situation ne peut empirer. Il est temps de donner une petite leçon à tous ces souverains et ces êtres supérieurs, si nombreux ici.

Evisa s’éloigna sur le côté, d’un air à la fois réprobateur et intrigué, tandis que Tchedi et Ghen Atal s’approchaient, ravis, de Vir Norine. Sur un ordre de l’astronavigateur, le SVP sortit une petite boîte ronde à l’éclat du miroir, reliée à un épais câble annelé.

— Fermez les filtres auriculaires, ordonna Vir.

Un sifflement inouï perça le silence du palais. La petite boîte du SVP dessina dans l’air un parallélogramme et l’épaisse porte s’écroula dans un passage sombre, d’où parvinrent des cris effrayés.

Vir Norine leva la main, l’émetteur d’ultrasons se replia sous le SVP, laissant la place à l’habituel pavillon du phonoémetteur.

— Faï Rodis. Nous appelons Faï Rodis.

Le hurlement du SVP était si fort que des petits morceaux de verre tombèrent du plafond et qu’un flambeau en forme de poire, suspendu entre les colonnes vacilla et s’éteignit.

— Nous appelons Faï Rodis, hurla encore plus fort le SVP, et, soudain, les Terriens sentirent le sol de la Salle noire se dérober sous leurs pieds, ils glissèrent dans une galerie inclinée. De surprise, et malgré sa réaction fulgurante de Terrien, Vir Norine n’eut pas le temps de débrancher son SVP. Le Neufpattes continua à appeler Faï Rodis dans l’obscurité totale du sous-sol, où les quatre Terriens avaient dégringolé.

Vir Norine leva en l’air la paume de sa main et le SVP se tut. Des projecteurs aveuglants braquèrent leurs rayons sur les visages des Terriens qui purent tout juste se rendre compte qu’ils étaient tombés dans un sous-sol circulaire aux murs recouverts de fer brut, grossièrement riveté. Des boyaux bas s’ouvraient sur cinq côtés, et à chacun d’eux se tenait un groupe de gardes en uniformes violet, les canons noirs de leurs armes dirigés sur les astronavigants.

Sur l’ordre de Vir Norine, le Neufpattes apporta l’émetteur du champ de protection qui ressemblait à un champignon au chapeau pointu. Les Terriens regardèrent calmement autour d’eux, pensant au moyen de se sortir du piège. L’allure paisible de ces fauteurs de trouble rendit les gardes enragés. Leurs bouches noires ouvertes dans un cri inaudible, ils se jetèrent sur le groupe de Terriens et furent projetés sur les murs de fer. Du boyau de gauche, apparurent des gens portant l’insigne de « l’œil dans un triangle ».

— Comme ce procédé est lâche ! s’écria Tchedi mécontente.

— Mais ingénieux selon leur point de vue, dit Ghen Atal.

— J’envisage de démolir le plafond et de monter jusqu’à la Salle Jaune, dit Vir Norine d’un ton dubitatif, mais cela demande beaucoup trop d’énergie.

— Ne vaut-il pas mieux attendre la suite des événements ? conseilla Evisa.

— Si vous voulez, accepta l’astronavigateur.

Ils n’eurent pas longtemps à attendre. Les gardes violets tirèrent quelques coups de leurs armes. Les astronavigants n’entendirent rien – le champ de protection ne laissait même pas passer les sons – ils remarquèrent seulement que des flammes framboises sortaient des canons. Renvoyées par le champ de protection, ces balles frappèrent ceux-là même qui les avaient tirées. Les tireurs tombèrent sur le sol en fer, le visage décomposé.

L’air soucieux, Vir Norine regarda l’indicateur. Il était inquiet, car la batterie se déchargeait et il regrettait que les quatre puissants SVP soient inutilement enfermés là-haut dans leurs chambres. Faï Rodis avait demandé que les robots soient enfermés afin qu’un signal accidentel ne les oblige pas à violer les sévères règlements.

Soudain, – ici, sur Tormans, tout se passait soudainement, car la méconnaissance du caractère des Tormansiens ainsi que leurs relations sociales avec les invités de la Terre rendaient difficile la prévision des événements – soudain, le désordre prit fin : les gardes violets se cachèrent dans les boyaux en emportant leurs blessés et le signal de Faï Rodis fit entendre son bourdonnement monotone.

— Branchez le SVP, Vir !

Avec un soupir de soulagement, l’astronavigateur déploya le « parapluie » et entendit dans les amplificateurs l’ordre lancé par Tchoïo Tchagass : « Fin de l’alerte, dispersez-vous. Que les « Yeux » raccompagnent nos hôtes là-haut, dans leur appartement ».

En quelques minutes, un grand monte-charge déposa les quatre héros à l’angle du corridor, là où commençait la galerie de la Salle des Ténèbres. Près de la fenêtre ouverte sur le jardin, se détachait la silhouette nette de Faï Rodis. Un courant d’air faisait à peine bouger ses cheveux noirs. Tchedi fut la première à se précipiter sur elle. Rodis posa ses mains sur les épaules de Tchedi. Ses lèvres sourirent, mais ses yeux restèrent tristes, plus tristes que les premiers jours de leur arrivée sur Tormans.

— Comme vous vous êtes fait du souci, mes bons amis, s’écria Rodis, sans faire de reproche. Je ne suis pas encore prisonnière… pas encore !

— Rester cachée aussi longtemps, lui reprocha Evisa.

— J’ai assurément mal agi. Mais j’ai vu tellement de choses pendant ce temps, que je n’ai pas pensé à votre inquiétude.

— De toute façon, il fallait un peu les dégriser, dit Ghen Atal en colère. Leurs restrictions insensées, leur autosatisfaction tout à fait ridicule et la peur partout répandue rendent la vie des plus désagréables ici.

— Faï doit se reposer, coupa Tchedi.

Après avoir pris une douche à ions négatifs, et, tandis que les pattes fines du SVP la massaient en la frottant légèrement avec des gants biologiques stimulants, Faï Rodis rassembla ses souvenirs sur les jours passés dans les appartements de Tchoïo Tchagass. Cette expérience lui faisait douter du succès du plan primitivement prévu.

Tout avait commencé lors de la démonstration des stéréofilms de la Terre. Deux SVP avaient établi un véritable canal, grâce auquel « La Flamme sombre » s’était mise à transmettre des images vivantes et claires, jadis appelées sur la Terre stéréofilms. Pour les habitants de Ian-Iah, les images de la vie réelle de la planète lointaine envoyées ici semblèrent miraculeuses.