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— Quel endroit idéal ! dit Simbel content. Nos champs de protection protégeront les deux extrémités longitudinales de la combe ainsi que la partie du pôle de Queue jusqu’à la mer. Les spectateurs pourront accoster de nuit, aller dans les buissons et passer dans la vallée.

— Et l’antenne ? demanda Grif Rift.

— Elle n’est pas nécessaire, répondit Grif Rift. On placera une tourelle pour le champ de protection et elle servira pour la retransmission du TVP à un kilomètre de « La Flamme sombre ». Nous élèverons un mat avec un émetteur d’ultra-violet simplement muni de goniomètres luminescents.

Les gardes chargés de surveiller l’astronef virent le ballon blanc descendre. Un monstre surgit des profondeurs inconnues du cosmos et se mit à mugir. Le responsable de la garde fut alerté par deux longs coups de sifflet.

En arrivant, l’officier comprit que les Terriens qui se trouvaient dans la coupole étaient décidés à agir hors du vaisseau. Il n’y avait pas une âme sur ce terrain complètement raviné. L’officier donna le signal. Des vagues de poussière et de fumée s’échappèrent de l’astronef et formèrent un mur vertical empêchant toute observation des collines littorales. Lorsque la fumée se dissipa, les Tormansiens virent qu’une route droite avait été taillée à travers le maquis et les ravins et s’achevait en amont sur une aire où poussaient de rares arbres avec des épines et des branches pendantes. L’officier de la garde décida d’informer le commandant de l’activité inattendue des Terriens. Il n’avait pas encore réussi à entrer en liaison radiotéléphonique avec la Direction des Yeux du Conseil qu’un engin, ressemblant à un cylindre bas et se déplaçant majestueusement, se dirigea vers la route tout juste construite. Le cylindre atteignit en quelques minutes la fin de la route et se mit à tournoyer là en égalisant le sol pierreux. Il tourna de plus en plus vite et, soudain, se mit à s’élever, faisant tourner en spirale, révolution après révolution, une épaisse barre de métal blanc. Tandis que l’officier de la garde faisait son rapport, la tourelle scintillante s’était déjà élevée au-dessus des arbres. Elle faisait penser à un ressort détendu et était surmontée d’un mat fin portant un cube au sommet.

Personne ne sortit de l’astronef. La tourelle resta immobile. Tout devint calme au-dessus du littoral sec et torride. Les Tormansiens décidèrent de ne rien entreprendre.

Ce même soir, « La Flamme sombre » transmit à Faï Rodis la carte de l’endroit et le plan du théâtre improvisé. Rodis leur annonça que le Souverain de Tormans lui avait rappelé « l’épreuve de la danse ». Olla Dez promit de préparer son exhibition en vingt-quatre heures.

Même Sol Saïn sortit de son isolement, lorsque le grand stéréoécran de l’astronef fut allumé.

Dans le palais de Tsoam, les quatre SVP offrirent une vue détaillée de la vaste salle circulaire du vaisseau spatial et – par la liaison de retour – toute la salle des Perles du palais.

La célèbre danseuse Gahé Od-Timfift s’exhibait avec son partenaire, un homme petit, large d’épaules, au visage viril et concentré. Ils accomplirent une danse acrobatique très compliquée avec des virevoltes et des pirouettes brusques, exprimant la lutte réciproque entre l’homme et la femme. La danseuse portait un vêtement court fait d’étroits rubans rouges à peine reliés entre eux par des fils. De lourds bracelets en fer enserraient sa main gauche. Un collier placé haut, comme un collier de chien, brillait à son cou. La femme tomba, s’accrocha à son partenaire et, s’étendit par terre devant lui. Couchée sur le côté dans une pose belle et abandonnée, elle allongea une main et une jambe et leva un regard suppliant. Tendant avec soumission l’autre main à son partenaire, elle replia un genou, prête à se relever s’il le désirait : personnification évidente de la puissance de l’homme, de l’insignifiance de la femme, mais en même temps de sa force dangereuse.

Le talent et la beauté de l’exécutante, la légèreté irréprochable et la précision de ses poses extrêmement difficiles, l’élan sensible et passionné de la danseuse dont le corps était à peine recouvert de rubans qui se dénouaient, impressionnèrent même le souverain de Tormans. Tchoïo Tchagass, qui avait fait asseoir Faï Rodis auprès de lui, sans daigner prêter attention à la mauvaise humeur de Iantre Iahah, se pencha sur son invitée et dit en souriant avec condescendance :

— Les habitants de la planète Ian-Iah sont beaux et savent exprimer les sensations les plus fines.

— Sans aucun doute ! acquiesça Rodis. C’est d’autant plus intéressant pour nous que, sur la Terre, les danseurs n’existent pas.

— Quoi ? Vous ne dansez pas par couples ?

— Nous dansons et beaucoup même ! Je parle des exhibitions spéciales – en solo – des grands artistes. Seules les femmes sont capables de communiquer avec leur corps tous les émois, les tourments et les désirs qui agitent l’homme dans sa quête du Beau. Tous les drames de la rivalité, de l’amour-propre offensé, de la femme asservie appartiennent au passé.

— Alors, que pouvez-vous exprimer dans vos danses ?

— Chez nous, la danse se transforme en une magie mouvante, secrète, fuyante et réellement palpable.

Tchoïo Tchagass haussa les épaules.

— Faï s’efforce en vain de trouver un sens, même s’il est tout à fait éloigné du nôtre, murmura Menta Kor, assise près de Div Simbel.

— Il est probable qu’Olla ne sera pas bien reçue, dit Neïa Holly après qu’on ait fait tourné, ployé et presque battu la danseuse.

Une mélodie se mit à couler, comme l’eau vive avec ses tourbillons et ses jaillissements. Puis, elle s’arrêta, se transformant soudain en une mélodie triste et ralentie, les sons graves semblèrent émerger d’une profondeur transparente unie comme un miroir.

En réponse à cette musique, du fond de la scène improvisée, divisée en deux parties, – l’une noire et l’autre blanche – apparut Olla Dez, nue. La salle du palais de Tsoam fut parcourue d’un léger murmure, étouffé par les accords aigus et stridents auxquels répondit le corps doré d’Olla, dans un afflux ininterrompu de mouvements. La mélodie changea, se fit presque menaçante, et la danseuse apparut dans la partie noire de la scène, puis continua de danser sur un fond de toile blanc argent. L’harmonie stupéfiante, la correspondance totale, extraordinairement profonde entre la danse et la musique, le rythme et les jeux d’ombre et de lumière, étaient saisissants et semblaient mener jusqu’au bord d’un abîme, jusqu’au moment où un rêve merveilleux et impossible va s’interrompre.

Emportés par la poésie de cette danse étourdissante, les habitants de Tormans tantôt tapaient sur les bras de leurs fauteuils, tantôt haussaient les épaules sans comprendre, parfois, même échangeaient à voix basse quelques mots.

La lumière s’éteignit lentement. Olla Dez s’éclipsa dans la partie noire de la scène.

— Je n’attendais rien d’autre ! s’écria Iantre Iahah ; la salle fit chorus et s’emplit de rumeurs.

Tchoïo Tchagass lança à sa femme un regard mécontent, se renversa contre le dossier de son fauteuil et dit, sans s’adresser à personne en particulier :

— Cette spontanéité et cette force sensuelle ont un je ne sais quoi d’inhumain et d’inaccessible. C’est dangereux, parce que cette femme est d’une beauté intolérable.