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Il lut : Oh, charmant ! Les Feegle sont revenus.

« Ah », commenta-t-il. Guillou Gromenton était arrivé en même temps que Jeannie, tous deux originaires du clan du Grand Lac. Un clan plus familier de la lecture et de l’écriture, et on attendait de Guillou, qui était le gonnagle, qu’il brille dans les deux disciplines.

Les Feegle du Causse, pour leur part, étaient plus familiers de la boisson, du vol et de la bagarre, et Rob Deschamps, lui, brillait dans les trois disciplines. Mais il avait appris à lire et écrire parce que Jeannie le lui avait demandé. Il s’en acquittait avec davantage d’optimisme que d’exactitude, Guillou le savait. Face à une longue phrase, il déchiffrait le plus souvent quelques mots puis devinait le reste du mieux qu’il pouvait.

« L’art de la laecture, c’eut compraene ce que les mots veulent dire, non ? demanda Rob.

— Pit-aete, fit Grand Yann, mais est-ce que vos vwayeuz un mot qui nos dit que la ch’tite michante sorcieure a le baeguin pour ce tas d’aestrons au château en piaere ?

— Vos aveuz une nature traes romantique. Et la raeponse est : je sais pwint. Ils aecrivent des bouts de leurs laetes dans un ch’tit code. C’eut taeribe de faere cha à un laecteur. C’eut daeja dur de lire les mots normaux, pwint la paene de les aebrouyeu encore.

— Cha s’annonce traes mal pour nos si la ch’tite michante sorcieure jaeyante kaemaeche à sonjeu aux gardions au lieu d’apraene la sorcieulrie, dit Grand Yann.

— Win, mais le garchon sera pwint intaeresseu pour se marieu, intervint Quasi-Fou Angus.

— Il pourwat l’aete un jou, dit Guillou Gromenton, qui avait pour passe-temps d’observer les humains. La plupart des hommes jaeyants se marient.

— C’eut vrai ? s’étonna un Feegle.

— Oh, win.

— Ils veulent se marieu ?

— Bocop, win, répondit Guillou.

— Alors pus quaestchon de bware, de voleu ni de se barbareu ?

— Hae, j’ai toujous le drwat de bware, de voleu et de me barbareu ! se récria Rob Deschamps.

— Win, Rob, mais on est forceus de raemarqueu que vos deveuz aussi douneu des aesplicassions », dit Guiton Simpleut.

Toute l’assemblée hocha la tête. Pour les Feegle, l’explication était un art mystérieux. C’était trop difficile.

« Par aegzampe, quand on s’en aervieut de bware, de voleu et de se barbareu, Jeannie pinche les laeves quand elle vos ravise ! » poursuivit Guiton Simpleut.

Un gémissement monta de l’ensemble des Feegle : « Ooooh, protaejeuz-nos conte le pinchemaet de laeves !

— Et elle crwase les bras, insista Guiton Simpleut parce qu’il se faisait même peur tout seul.

— Oooooh, bondlae de bondlae de bondlae, le crwasemaet de bras ! s’écrièrent les Feegle en s’arrachant les cheveux.

— Sans parleu du tapotemaet de pieuds…» Guiton se tut, ne voulant pas parler du tapotement de pieds.

« Aargh ! Ooooo ! Pwint le tapotemaet de pieuds ! » Certains Feegle se mirent à se cogner la tête contre des arbres.

« Win, win, win, MAIS, fit désespérément observer Rob Deschamps, ce que vos saveuz pwint, c’eut que cha faet partie des screuts du mariaje. »

Les Feegle échangèrent des regards. Suivit un silence que troubla le grincement d’un arbre qui s’abattait.

« On a jamaes aetaenu parleu d’une afaere pareye, Rob, dit Grand Yann.

— Bin, cha m’aetone pwint ! Qui vos en aurwat parleu ? Vos aetes pwint marieus ! Vos vwayeuz pwint la simeaetrie po-ae-tique de l’afaere. Aprocheuz, que je vos dise…»

Rob regarda autour de lui pour s’assurer que personne en dehors des cinq cents Feegle ne l’observait, et poursuivit : « Vwayeuz… d’un coteu vos aveuz la bwasson, la barbare et le vol, d’accord. Et quand vos aervieneuz au tertre, c’eut le tour du tapotemaet de pieuds…

— Ooooooo !

— … du crwasemaet de bras…

— Aaaargh !

— … et, bieu seur, du pinchemaet de laeves et… vos alleuz vos araeteu de jumi, bande d’aepwasonneus, sinon je vos cougne vos tchaetes les unes conte les otes ! Compris ? »

Tous les Feegle se turent, sauf un :

« Oh, bondlae de bondlae de bondlae ! Ohhhhhhh ! Aaarrgh ! Le pinchemaet… de…»

Il se tut à son tour et jeta un regard embarrassé autour de lui.

« Guiton Simpleut ? lui lança Rob Deschamps d’un ton aussi patient que glacial.

— Win, Rob ?

— Vos saveuz ce que je vos ai dit su les fwas où vos devrieuz m’aecouteu ?

— Win, Rob ?

— C’aetwat une de ces fwas-là. »

Guiton Simpleut baissa le nez. « Pardon, Rob.

— Win ! Bon, où j’en aetwas… ? Oh, win… on a les laeves, les bras et les pieuds, d’accord ? Et pwis…

— C’eut le moumaet de l’aesplicassion ! dit Guiton Simpleut.

— Win ! fit sèchement Rob Deschamps. Et qui parmi vos, bande de vorieus, aurwat envie de la douneu, l’aesplicassion ? »

Il promena un regard circulaire.

Les Feegle reculèrent dans des raclements de pieds.

« Aveu la kelda qui pinche, qui crwase et qui tapote, poursuivit Rob d’une voix sinistre. Et aveu une lueur dans ses jolis ieus qui dit : « Vaudrwat maeyeux que l’aesplicassion swat bonne. Hin ? Vos aurieuz envie ? »

Les Feegle pleuraient et, de terreur, mâchaient les bords de leur kilt.

« Non, Rob, murmurèrent-ils.

— Non, tout jusse ! fit Rob d’un air triomphant. Vos vodrieuz pwint ! Pasque vos saveuz rieu du mariaje !

— J’ai aetaenu Jeannie dire que vos trouveuz des aespli-cassions qu’aucun ote Feegle au monde dounerwat, dit Guiton Simpleut d’un ton admiratif.

— Win, c’eut probabe, confirma Rob en se gonflant de fierté. Et les Feegle ont une baele tradission de grandes aesplicassions !

— D’apreus elle, certaenes de vos aesplicassions sont si longues et tarabiscoteus qu’elle se souvieut pus du daebut une fwas que vos aveuz fini, poursuivit Guiton Simpleut.

— C’eut un don de naessance, pwint de kwa me vanteu, dit Rob en agitant une main modeste.

— Je vwas mal les jaeyants se daebrouyeu aussi bieu en aesplicassions, fit observer Grand Yann. Ils raeflechissent trop lentmaet.

— Mais ils se marient quand minme, dit Guillou Gromenton.

— Win, et le garchon dans le grand château est trop aemabe aveu la ch’tite michante sorcieure jaeyante, rappela Grand Yann. Son paere se faet vieux, il est malade, et le gamin va sous peu aeriteu d’un gros château en piaere et des ch’tits bouts de papieu qui disent qu’il possaede les collines.

— Jeannie a peur, s’il a les ch’tits bouts de papieu qui disent qu’il possaede les collines, poursuivit Guillou Gromenton, qu’il daevienne dingo et crwae qu’elles sont à li. Et on counwat où cha acondwit, hein ?

— Win, fit Grand Yann. Au labouraje. »

C’était un mot redouté. Le vieux baron avait jadis projeté de labourer certains des terrains les plus plats du Causse, parce que le blé atteignait des prix élevés et qu’il n’y avait pas d’argent à se faire dans le mouton, mais Mémé Patraque était alors en vie, et elle l’avait fait changer d’idée.

Pourtant on labourait déjà quelques pâturages autour du Causse. Dans le blé, il y avait de l’argent à se faire. Les Feegle tenaient pour certain que Roland se mettrait lui aussi à labourer. N’était-il pas élevé par deux tantes vaniteuses, intrigantes et désagréables ?

« Mi, je lui faes pwint craedit, avoua Quasi-Fou Angus. Il lit des lives et tout. La taere, il s’en fout.

— Win, dit Guiton Simpleut, mais s’il aetwat marieu à la ch’tite michante sorcieure jaeyante, il paesserwat pwint à laboureu, parce que la ch’tite michante sorcieure jaeyante lui dounerwat sans tardeu du pinchemaet de bras…