Pourquoi cette exubérance en Nouvelle-Guinée, et cette stagnation en Australie ? Il ne paraît pas que des contacts aient eu lieu. Les mythes de l'Australie orientale racontent que la Terre aurait progressivement émergé d'une mer originelle, mais ne parlent ni de visites, ni de voyages. Ils se rattachent tous aux « temps du rêve », éternellement présents et sources de toute vie, règne des héros célestes créateurs, pères du chamanisme, qui habitaient au Ciel en un lieu rempli d'eau fraîche et de cristaux de quartz. Ce sont les dieux qui régentent la procréation et la mort, l'une et l'autre surnaturelles. Un autre héros, tantôt sage, tantôt nigaud, fut médiateur entre les dieux et les hommes pour apporter des rudiments de connaissance, de technique et de médecine magique. Dans tous ces mythes recueillis vaguement de la tradition orale, paraît courir un tabou contre le changement et l'évasion, comme si cette immensité isolée était vouée la relégation.
Une information singulière, parfaitement déroutante, nous parvenait en 1963. On aurait découvert dans un terrain australien abrité des rochers, l'enfouissement datant approximativement de quatre mille ans, un stock de monnaies égyptiennes. Les lecteurs qui nous communiquaient cette information se référaient à des revues assez obscures, aucune publication archéologique ne faisant mention de cette découverte. Cependant la revue soviétique de grande diffusion Tekhnika-Molodeji, qui consacre une rubrique régulière aux faits inexpliqués, commentée par des autorités, devait reprendre cette affaire, en publiant des photographies des pièces déterrées. Si, cette découverte, dont on comprend qu'elle invite l'archéologue à l'extrême prudence, devait être confirmée, d'énormes questions surgiraient. On ne saurait imaginer une expédition égyptienne vers l'Australie, étant donné ce que l'on sait des moyens de navigation. Quels voyageurs, explorateurs du monde voici quatre mille ans, seraient venus déposer ce stock dans le sol australien ? Et ceci nous ramène à notre hypothèse : ce continent fut-il traditionnellement un lieu de dépôt, une immense cachette, pour des visiteurs du dehors ou une race inconnue qui y organisa aussi une déportation d'hommes maintenus dans l'ignorance ? Ceci, évidemment, n'est qu'une question romantique, surajoutée au mystère du peuplement originel de l'Australie que l'on croyait récent et que de rares fouilles, depuis dix ans, font remonter au paléolithique. En attendant qu'une recherche plus systématique révèle les secrets de cette terre oubliée par le temps.
IV. DE LA COMMUNICATION DES MONDES
L'ascension du jeune Bingham. – Machupicchu. – L'énigme Tiahuanaco. – Les balises de la plaine de Nazca. – Des Phéniciens au Brésil. – Objets et langues en correspondance. – Un voyage de Benvenuto Cellini. – Des Japonais en Équateur. – Une cité en Amazonie ? – Le colonel Faucett et l'explorateur Varrill. – Le cristal inconnu. – Une mystérieuse prison.
Un matin de juillet 1911, un fermier indigène, un militaire péruvien et un jeune professeur de l'université de Yale, nommé Hiram Bingham, cheminent sur un frêle pont de perches et de sarments de vignes, au-dessus du vide, entre des blocs gigantesques. Au fond de l'abîme gronde l'Urubamba qui précipite ses eaux vers l'Amazone. Poursuivant leur grimpée en s'accrochant aux arbres qui poussent sur les à-pics, ils découvrent des terrasses surmontées d'un dédale d'admirables ruines de granit pâle. Sous la végétation se révèle la formidable citadelle sans nom, dominée par les terrifiants sommets de l'Huayna Picchu et du Machupicchu.
Bingham, pilote de combat dans la Première Guerre mondiale, puis sénateur des États-Unis pour le Connecticut, s'entêtera, au cours d'une carrière variée et jusqu'à sa mort en 1965, dans son interprétation des origines de la citadelle mystérieuse du Machupicchu. Pour lui, il s'agit du Tampu Tocco dont parle le prêtre espagnol Fernando Montesinos dans son Histoire du Pérou avant la conquête. Montesinos fut le premier historien des Péruviens et on lui doit les premiers travaux sur les ressources minéralogiques des Andes. Il est mort en 1562. Selon le père Montesinos, fort longtemps avant les Incas, la dynastie des Amautas gouverne les Andes et sous le règne du soixante-deuxième Amauta, des hordes barbares envahissent l'empire. En l'an 800, quelques soldats de l'armée défaite portent la dépouille de leur roi dans un refuge nommé Tampu Tocco, qu'ils organisent en citadelle d'où un Amauta, Manco Cápac, descendra pour s'emparer de Cuzco et fonder l'empire inca, vers 1300.
C'est une thèse controversée. L'existence de Manco Cápac n'est pas prouvée. Peut-être s'agit-il d'un héros de légende, ou du nom symbolique d'une dynastie de maîtres pré-incas. Selon des traditions orales, Manco Cápac serait originaire de Tiahuanaco. Nous voici dirigés vers une autre cité en ruine, au passé préhistorique mystérieux. Entre 1200 et 400 avant J.-C., la civilisation des Chavins s'épanouit sur les hauts plateaux du Nord du Pérou et lègue les vestiges d'un ouvrage d'art rempli de dieux féroces. Sur les mêmes lieux, on retrouve la trace de civilisations préhistoriques qui ont édifié des pyramides et de colossales forteresses en blocs d'argile cuite au soleil. Des fossiles attestent la présence de mastodontes sur ces terres. Au sud-est du lac Titicaca s'élèvent les témoignages de la plus étonnante des cultures préhistoriques : c'est Tiahuanaco. Sur plusieurs hectares, des pyramides tronquées, des monticules artificiels, des rangées de monolithes, des plates-formes, des chambres souterraines, des portails constitués de deux piliers et d'un linteau taillés dans la pierre dure. La fameuse Porte du Soleil, avec ses inscriptions, fait songer, on l'a dit, à un calendrier astronomique. S'agit-il du centre d'un empire, comme Machupicchu ? Cependant ces deux hauts lieux, battus par les vents, impropres à la culture, et d'un âge irrepérable, s'ils n'étaient des centres d'habitation, quelles furent leurs fonctions ?