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V. À PROPOS DE LA SCIENCE CHINOISE

Des scaphandres de quarante-cinq mille ans. – Bronze d'aluminium et alchimie. – Le Traité des mutations. – Le séismographe de Chang Heng. – Les machines astronomiques du premier siècle. – La tradition mathématique. – Les miroirs magiques. – Le Y-King. – Orgueil de l'Empire céleste.

Le contact intellectuel avec la Chine est malaisé. Même la connaissance de la langue ne permet que difficilement de saisir les arguments et les intentions de l'interlocuteur. À la date où nous écrivons ce livre, les physiciens européens du C.E.R.N. discutent du problème suivant : les récentes découvertes chinoises sur les « statons » constituent-elles un énorme progrès ou s'agit-il simplement de faits connus rédigés en langage culturel chinois ? La même perplexité règne dans les milieux de la physique américaine. Aussi laissons-nous au professeur Tschi Pen Lao de l'université de Pékin, ainsi qu'à l'Agence Chine nouvelle la responsabilité de leurs affirmations. Selon ces sources, on aurait découvert dans les montagnes du Hou-nan, ainsi que dans une île du lac Tongt'ing, des bas-reliefs de granit représentant des êtres non humains, ou plutôt des hommes scaphandres avec des trompes d'éléphant (appareil respiratoire ?). Ces êtres sont représentés, soit debout par terre, soit à la surface d'objets cylindriques flottant dans le ciel. Toujours selon ces sources, les bas-reliefs seraient vieux de quarante-cinq mille ans ! Voilà qui n'est pas opposé à nos thèses. Mais nous voudrions bien savoir comment cette date a été déterminée. Il existe des méthodes : thermoluminescence, paléomagnétisme permettant de déterminer les dates, là où le carbone radio-actif n'atteint pas. Cependant, à notre connaissance, ces méthodes n'ont jamais été appliquées in situ et l'académie des Sciences de Pékin ne répondant pas aux lettres, il est difficile de se prononcer… Souhaitons que l'information soit exacte, et relevons seulement le fait que les mythes chinois font de fréquentes allusions à des visiteurs extra-terrestres.

Les documents et les objets que l'on possède effectivement pour établir et prouver l'idée d'une science et d'une technique en Chine datent en fait des trois premiers siècles de l'ère chrétienne. Entre moins quarante mille et plus trois cents il y a une distance dans le temps considérable, la plus longue que nous ayons jusqu'à présent signalée dans ce livre.

C'est dans les tombes datant du IIe siècle après J.-C. que l'on a trouvé des objets en bronze d'aluminium. C'est bien entendu impossible, mais cela est. On ne peut obtenir du bronze d'aluminium sans électrolyse. Seulement, les alchimistes chinois l'ont fait. Comment ont-ils procédé ? C'est ce qu'on voudrait savoir. Il est intéressant, en tout cas, d'apporter quelques précisions sur l'alchimie chinoise. Nous utiliserons l'histoire du monde ancien de l'Unesco (troisième partie, édition anglaise). L'alchimie chinoise, dont les racines plongent dans les millénaires inconnus, aurait eu pour but de transmuer l'adepte en lui faisant acquérir une immortalité corporelle et la sagesse, mais la fabrication de l'or à partir d'un procédé de transmutation traditionnel était une étape vers l'obtention de produits susceptibles d'assurer à l'adepte la transgression de la condition humaine. Comme le précise bien l'ouvrage de l'Unesco, l'or alchimique n'était pas destiné à être vendu.

Le premier texte alchimique connu est le Ts'an-t'ung-Ch'i. Comme tous les maîtres secrets l'auteur écrit sous un pseudonyme. Le texte explique en quatre-vingt-dix paragraphes la fabrication à partir de l'or de la pilule d'immortalité par un traitement thermique complexe dans un récipient en forme d'œuf hermétiquement fermé. Comme dans le célèbre Traité des mutations l'exposé utilise le langage binaire des ordinateurs modernes. Les termes de Yang et de Yin : la double opposition qui est à la base de la doctrine du taoïsme, s'y trouve déjà.

Un certain nombre de traités d'alchimie ont été retrouvés, tous des trois premiers siècles de notre époque, mais faisant référence à des faits beaucoup plus anciens. Pour les auteurs, les alchimistes qui ont réussi le Grand Œuvre vivraient encore dans « une île des immortels ». D'autres textes alchimiques auraient été découverts depuis la révolution culturelle, Mao Tsé-toung s'intéressant à l'alchimie. Venons-en à ce qui peut être prouvé.

Il existe deux sources indiscutables concernant la Chine et sa science. L'une est l'ouvrage du Dr Alexander Kovda, directeur de la section des sciences exactes et naturelles de l'Unesco. L'autre est la monumentale histoire de la science en Chine de l'historien anglais Joseph Needham, publiée par l'université de Cambridge.

Une première certitude surprenante s'en dégage : les Chinois possédaient une science précise et fortement développée de la séismologie. Ceci est absolument unique dans l'histoire des anciennes civilisations. Ce sont les Chinois qui ont établi la liste exhaustive des tremblements de terre. Elle commence en 780 avant J.-C. et se poursuit jusqu'à 1644 après J.-C. Les dieux venus du ciel auraient exigé que cette liste soit réalisée, disent les chroniques. Ainsi les dieux s'intéressaient-ils d'une singulière façon à la structure du globe terrestre. Mais il y a plus extraordinaire. Chang Heng, né en 78, mort en 139, inventa le séismographe. Son appareil comprenait un pendule pouvant se déplacer dans huit directions et actionnant des mécanismes. À l'extérieur de l'appareil, il y avait huit têtes de dragons, chacune tenant une boule de bronze. Sous chaque tête, un crapaud, la bouche ouverte, recevait la boule. On avait ainsi des indications permettant ensuite, avec la règle et le compas, de trouver l'épicentre d'un tremblement de terre. Aucun doute ne peut être soulevé au sujet de l'existence de cet appareil. Mais on n'a peut-être pas suffisamment réfléchi à son interprétation possible. Il s'agit d'une application, dans le cadre des mœurs et des arts chinois de l'époque, de principes scientifiques avancés et supposant une connaissance de la structure de la Terre, des mathématiques et même de la propagation des ondes, dont on ignore l'origine. Toute trace de ce genre de recherche disparaît après la dynastie des Han. Pourquoi ?

Le même ouvrage de l'Unesco apporte des précisions intéressantes sur l'astronomie chinoise. Celle-ci émerge avant l'alchimie et constitue la science secrète des prêtres rois de la dynastie Chou. Ceux-ci sont partie mythologiques, partie réels, et nul historien n'est d'accord sur ceux des empereurs Chou qui étaient mythiques et ceux qui étaient réels. Ainsi l'empereur Yao est tantôt décrit comme légendaire et tantôt comme humain. Il aurait nommé à des postes élevés des astronomes dont on ne sait non plus s'ils étaient des entités ou des personnages. Peu de choses sont parvenues en Occident sur cette science secrète. Elle aurait notamment comporté l'étude d'une planète invisible et se trouvant pourtant dans le système solaire. Dès le XIVe siècle avant J.-C. on note l'observation systématique des éclipses du soleil qui, même alors, paraissent très anciennes, remontant à des dates qu'il est difficile d'admettre parce qu'elles portent sur des dizaines de milliers d'années dans le passé. On en saurait davantage si l'on était en possession de documents écrits. Mais un très grand nombre de ceux-ci ont été détruits durant la révolution culturelle. Pas celle de Mao, mais celle de Wang Mang. Wang Mang, dit l'Usurpateur, dirigea la Chine de l'an 9 à l'an 23 de l'ère chrétienne, introduisit la révolution, mais finit par ordonner des impôts si lourds que durant l'hiver de l'an 22 de l'ère chrétienne, il fut massacré. Dans la révolte un grand nombre de textes ont disparu. Nous retrouvons des documents à la fin du IIe siècle de l'ère chrétienne près de deux cents ans plus tard. On voit alors apparaître, se recommandant d'une tradition déjà immémoriale, une théorie selon laquelle les cieux ne seraient pas composés de matière, étoiles et planètes flottant dans un espace infini et vide. C'est une théorie proche de la vision moderne et tout à fait unique pour son temps. On constate aussi, dès l'an 5 de l'ère chrétienne, l'existence de machines imitant l'univers, suivant une étoile dans son mouvement et permettant de prédire les éclipses. Au IIIe siècle la prédiction des éclipses est déjà d'une qualité excellente. À la fin du IVe siècle, on arrive déjà à prédire si une éclipse sera partielle ou totale. Tout cela est parfaitement établi par les travaux de Joseph Needham et d'Alexandre Kovda. Cette machinerie céleste (l'expression est de Joseph Needham) paraît être tout à fait originale. Elle se distingue des tentatives contemporaines d'Alexandrie et des réalisations postérieures en Europe par le système des coordonnées qui est basé sur la déclination et l'écliptique. Les dispositifs chinois rappellent les télescopes modernes, beaucoup plus que les réalisations des Grecs ou même celles du Moyen Âge européen.