Il n'est pas difficile d'admettre, si l'on se place à notre point de vue, qu'il s'agit là d'une science secrète développée d'une façon très différente de ce qui s'est passé en Europe. Il est également à noter que dès le 1er siècle de l'ère chrétienne le magnétisme est connu. Il commence à être utilisé pour l'orientation, bien que la boussole ne doive venir qu'un siècle plus tard. Des aimants en forme de cuillère, portant une représentation de la Grande Ourse et s'orientant vers le sud, sont décrits dès le 1er siècle de l'ère chrétienne. Ceux-ci seraient aussi d'un âge vénérable, remontant à la période des alchimistes immortels, dont on ne sait rien.
Ces recherches paraissent liées à des mathématiques avancées, liées de près à la magie taoïste. Au IIe siècle après l'ère chrétienne, on relève l'existence d'un « mémoire sur la tradition de l'art mathématique » qui relie les secrets des nombres avec les mystères du Tao.
Sur le plan pratique, les mêmes héritiers de la tradition mathématique inventent l'abaque, environ au temps du Christ. L'invention, contrairement à d'autres, n'arrivera pas en Occident où elle sera faite indépendamment.
Toutes les descriptions de développement scientifique du premier millénaire avant J.-C. font allusion à des miroirs magiques. Quelques-uns de ces miroirs seraient encore dans des collections privées. On ne comprend ni leur structure ni leur usage. Ce sont des miroirs qui portent derrière la glace des hauts-reliefs extrêmement complexes. Quand le miroir est éclairé par la lumière solaire directe, ces hauts-reliefs, séparés de la surface par une glace réfléchissante, deviennent visibles. Cela ne se produit pas avec la lumière artificielle. La chose est scientifiquement inexplicable. On attribue également à ces miroirs d'autres propriétés : associés deux par deux, ils transmettaient les images, comme le fait la télévision. Aucune expérience de vérification, à notre connaissance, n'a été faite. Les spécialistes de l'Unesco expliquent que les propriétés de ces miroirs sont dues à « des petites différences de courbure » (?) et sont pudiques sur les autres propriétés. S'il était possible de prouver que ces miroirs comportent des circuits imprimés et constituent un mode de communication, la preuve de l'existence de techniques avancées en Chine ancienne serait faite.
Enfin, à notre sens, une dernière et essentielle preuve d'une science supérieure en Chine est constituée par le Y-King. Il faudrait plusieurs livres de la dimension de celui-ci pour épuiser la signification du Y-King. Nous nous bornerons à mentionner ce qui paraît essentiel en notant tout d'abord que l'œuvre de C.G. Jung est dans ce domaine, comme ailleurs, capitale.
Qu'est-ce que le Y-King ? Le Y-King ou Livre des mutations est un livre où toutes les situations où un être humain peut se trouver placé sont méthodiquement recensées. C'est aussi un oracle qui permet de découvrir quelle est la situation où l'interrogateur se trouve au moment où il interroge celui-ci. Pour obtenir la réponse, l'opérateur jette en l'air des baguettes, puis tire un numéro correspondant à la position des baguettes. Ce numéro renvoie à une phrase de l'oracle.
Le codage permettant ces repérages, codage qui comme le livre des mutations est d'une antiquité impossible à déterminer, quatre mille ans peut-être, utilise le système binaire, comme les ordinateurs. Le fonctionnement de cet « appareil à se connaître » comporte évidemment l'introduction et le jeu de phénomènes paranormaux. Comme dans les expériences parapsychologiques de Rhine et de Soal, il y a violation des lois des probabilités et écoulement du temps du passé vers l'avenir. Il est indiscutable que l'oracle répond et que ses réponses sont le plus souvent sensées. Certes, si l'on avait consacré à l'étude du Y-King une partie des ressources que l'on consacre à des recherches insignifiantes, mais rassurantes, on aurait fait progresser la connaissance universelle.
Ce qui retient l'attention, même en laissant de côté l'aspect paranormal du phénomène, c'est à la fois l'utilisation d'un code binaire et un classement subtil de tous les problèmes humains en un nombre limité de situations types. Ceci implique des formes de pensée abstraite très certainement égales ou supérieures à celles de toute civilisation connue de l'an 2000 avant J.-C. Et si l'on récapitule : fabrication de l'aluminium, séismographie, astronomie et espace infini, synthèse de l'or, miroir magique, Y-King, on constate en Chine l'existence d'une civilisation d'une originalité absolue et toujours orientée vers des techniques.
Cette civilisation pose évidemment de nombreuses questions relatives au passé. Elle en pose aussi relativement au présent :
Étant donné un immense pouvoir d'abstraction lié à une considérable capacité technique dès la plus haute antiquité, pourquoi la Chine n'a-t-elle pas progressé jusqu'à s'assurer rapidement la domination du monde ? Pourquoi l'Occident l'a-t-il emporté sur cette civilisation puissante ?
Pour les traditionalistes, la réponse est dans le fait que le taoïsme a rapidement dégénéré en un ensemble de pratiques charlatanesques et que le lien avec les « Immortels » a été rompu. Pour les matérialistes, comme Joseph Needham ou Alexandre Kovda, le prolétariat s'est laissé enchaîner et la Chine a raté la chance de la révolution industrielle et d'un 1917. Aucune de ces réponses n'est entièrement satisfaisante. Mais si l'on veut comprendre l'orgueil chinois contemporain, il faut remonter aux sources anciennes et y voir les raisons d'une fierté immémoriale comme d'une immémoriale justification à l'ambition de conduire le monde.
VI. VOYAGE AUTOUR DE NUMINOR
La main d'argent et la source miraculeuse. – L'eau, la terre, la lune, la mort. – Les dieux venus de la mer et ceux venus du ciel. – Les manuscrits disparus. – Conspiration contre le celtisme. – Une légende du type Akpallu. – Organisation militaire et métallurgie. Druides, bardes et oubages. – De l'initiation et de l'enfouissement ésotérique. – 1er mai, Saint-Jean et Noël. – Numinoë et Numinor. – La ville d'Ys. – Le mythe des citadelles englouties.
Numinor, l'Atlantide du Nord, l'Atlantide celte, est bien moins célèbre que l'Atlantide elle-même. Le nom éveille quelque écho littéraire dans les pays anglo-saxons, car il a servi de base à deux grandes trilogies imaginatives : celle de C.S. Lewis et celle de J.R. Tolkien. Cependant, même pour celui qui a lu ces magnifiques trilogies, Numinor demeure le vague symbole d'un pôle autour duquel se seraient concentrées les influences nordiques.