De nos jours encore, pour ne point risquer de ternir le lustre de la culture dispensée en Gaule par Jules César et ses successeurs et aussi par les évangélistes chrétiens, on poursuit cette conspiration. Heureusement, des chercheurs départis de tout ostracisme, depuis le XIXe siècle surtout, ont tenté de reconstituer au moins fragmentairement la civilisation qui nous permet de croire à l'existence de Numinor, où que celle-ci se situe exactement. Selon Eugène Pictard qui conserve toutefois une grande réserve, et avance les thèses de Broca puis de Dieterle, le berceau des peuples celtiques, le Harz, se serait trouvé en Bohême-Moravie. Au cours du deuxième millénaire (sans doute au début) ils émigrèrent en se scindant. Au bout de longs siècles, certaines branches atteignirent même l'Asie Mineure où les colons grecs appelèrent les Galates (d'où le nom du faubourg d'Istanbul : Galata) où quelques-uns s'établirent. On peut également noter qu'ils fondèrent au cœur de l'Anatolie la bourgade d'Ancyre, l'actuelle Ankara.
Mais pour des raisons déjà mentionnées, leurs exploits et leurs apports dans ces régions ont soigneusement été minimisés ou passés sous silence.
Les auteurs classiques ont surtout fait allusion, quand ils ont parlé de l'intrusion gaélique, en Italie et à Delphes, à sa sauvagerie qui provoquait la terreur des populations autochtones, comme si les indigènes n'avaient pas toujours éprouvé un grand effroi lorsque des peuplades civilisées ou barbares opéraient des raids chez eux.
Un groupe de Celtes, partis de l'Harz, essaime vers l'Ouest par un cheminement en forme d'éventail entre 950 et 700 avant J.-C. à l'époque du Hallstatt ou âge de fer. Une vague s'installe en Gaule, une autre passe par la Hollande, la Belgique, le bassin de la Seine et gagne l'Écosse puis l'Irlande.
On a longuement discuté sur l'origine exacte des Indo-Européens dont ils font partie. Il se pourrait donc que le Harz n'ait été que la halte, faite par un noyau d'Aryens, venus d'ailleurs, du nord ou de l'Éranvej.
Étant donné cette dissémination et les brassages de peuples qui s'opérèrent dans ce vaste creuset, on ne saurait déterminer avec précision les caractéristiques de la race des Celtes. On peut toutefois dire qu'ils étaient brachycéphales, caractère qui s'atténua au cours des siècles après les mélanges avec les autochtones diversifiés trouvés en Scandinavie, France, Ibérie, Italie, Bessarabie, Pologne, etc.
À l'origine, vers 5000 avant notre ère, nous nous heurtons à une légende du type Akpallu :
La race à laquelle appartient Gri-Cen-Chos est celle des Fomore (fo : sous, mor : grand et mer) : puissance telluro-atlantique. Ce sont, selon le mythe, « des guerriers » à un pied, un bras et un œil, à tête de chèvre, de cheval ou de taureau, génies ophidiens déjà sédentaires à l'arrivée des premier débarquants. C'est contre eux que se heurtera chaque nouvelle vague, venant de la mer ou des airs, ce qui les modifiera foncièrement sans pouvoir les effacer. C'est encore des Akpallus, moins leur scaphandre ou encore vus de profil.
Toutefois, la langue se divise très tôt en deux groupes : d'une part le celte et le gaélique, de l'autre le kyniers ou belge. Le gaélique était surtout parlé dans les hautes terres de l'Écosse et en Irlande dont les dialectes se différencièrent progressivement. Mais en dépit de la distance, on retrouve de nombreuses racines de ceux-ci en pahlavi et même en persan moderne. Nous ne citerons qu'un exemple : Eyber ou Aber signifie eau en gaélique, qui se dit âb en farsi.
Dans les premiers siècles de l'ère chrétienne, les Celtes utilisèrent une écriture : l'ogham basée sur l'alphabet latin et qui consiste en traits perpendiculaires tracés de part et d'autre d'une arête centrale. Par la suite, le plus souvent, ils utilisèrent l'alphabet latin. Mais, alors qu'on a mis leur culture en doute, leur organisation militaire supérieure a retenu l'attention. Leur cavalerie, leurs chariots de guerre, leurs camps retranchés et surtout leurs sabres de fer ont répandu la terreur. Cela s'est passé aux environs de l'an 1000 avant J.-C. Une telle organisation militaire présuppose une technologie. Cependant, à en juger par le peu d'importance que leur accordent les historiens, les Celtes n'auraient fait aucune contribution ni aux sciences ni aux techniques. C'est pour le moins curieux. L'ouvrage de l'Unesco cite par exemple en note que dès le début les chevaux des armées celtes étaient ferrés. La fabrication en série des fers à cheval, par quantité de l'ordre de dizaines de mille, suppose toute une industrie au sujet de laquelle on aimerait avoir des précisions. On trouve bien un village : La Tène, centre de culture celte. Mais ce village, qui date de cinq cents ans avant. J.-C., deux mille ans au moins après la période qui nous intéresse, se trouve en Suisse. Ce n'est probablement pas là qu'il faut chercher Numinor, qui était semble-t-il bien un port de mer…
Apparemment, la civilisation celte au lieu de dégénérer est rentrée dans la clandestinité sur le plan ésotérique, tout en créant, grâce à l'utilisation du fer, une puissante organisation militaire, donnant naissance à la culture que l'on appelle l'« Hallstatt occidental » et que les historiens divisent généralement en deux périodes, 800 et 650 avant J.-C. Après quoi, ce celtisme envahissant se transforme dans la civilisation de La Tène, dont le centre, nous venons de le dire, est en Suisse.
Mais auparavant les Celtes, comme tous les habitants de l'Europe, ont traversé des temps difficiles. Au cours de l'ère post-glaciaire, le pays était couvert de forêts peuplées de bêtes sauvages. Dans cette nature hostile, ils ne pouvaient encore pratiquer l'agriculture qui demande une sécurité même relative. Ils restèrent donc quelque temps au stade de la cueillette. Une des premières caractéristiques de leur mode de vie est la domestication des chevaux. De même qu'ils utilisent ensuite le fer pour les ferrer, à leurs outils primitifs de pierre et de silex s'en substituent d'autres en métal. Mais même à ce moment ils continuent à forer des puits de mine de silex, comme on en a trouvé à Spiennes en Belgique très bien conservés, profonds de plus de dix mètres, comportant des galeries, étroits boyaux où pouvait à peine se glisser un homme muni de ses outils.
L'habileté métallurgique des Celtes est attestée par le nombre des forges découvertes en Gaule, plus particulièrement en Lorraine, en Bourgogne, en Bretagne, et par l'utilisation que font les marins de chaînes de fer pour ancrer leurs bateaux à une époque où les navigateurs romains utilisent encore des cordes de chanvre. Leurs forgerons connaissent des procédés de trempe qui confèrent aux armes une grande dureté. Ils travaillent aussi l'argent et savent même déjà le marteler. Or tous ces travaux présupposent une organisation associative, donc des centres urbains ou tout au moins des agglomérations importantes. Le stade des huttes de claies est sûrement dépassé. Après les cités lacustres aux maisons bâties sur pilotis, il a dû y avoir des villes proches des importantes nécropoles que sont partiellement les monuments mégalithiques. On trouve ceux-ci sur tout le pourtour des mers du Nord et de l'océan Atlantique et aussi en Europe centrale.