R. Grosjean, chargé de recherches au C.N.R.S., a découvert à Filitosa en Corse les vestiges de constructions très anciennes remontant peut-être au IIe millénaire avant notre ère. Et les tenons et les mortaises que l'on a observés sur les pierres levées, à Stonehenge en particulier, donnent à penser que les Celtes avaient des connaissances architectoniques et devaient par conséquent se livrer à l'édification de demeures en pierres. Ils étaient experts en divers arts mineurs, pratiquaient la céramique, tissaient des étoffes très riches pour la fabrication de leurs vêtements.
Il faut noter aussi qu'ils connaissaient l'usage de l'ambre jaune (« elecktron » des Grecs) de la Baltique à la Méditerranée. Ils s'en servaient en décoration mais aussi prophylactiquement, fabriquant des colliers pour les enfants avec cette matière, qui, selon Tacite, était le suc d'une matière immergée. L'ambre passait en effet pour posséder des vertus thérapeutiques et pour immuniser contre diverses maladies.
Les techniques comme les mythes se transmettaient oralement et constituaient vraisemblablement l'apanage de la classe sacerdotale. Celle-ci était formée en une véritable corporation de philosophes naturalistes et spiritualistes : les druides. Bien qu'aucune de leurs doctrines ni de leurs activités n'ait été enregistrée dans un livre, nous les connaissons grâce à plusieurs écrivains latins dont Diogène Laërce, Jules César, Strabon, Tacite et Pline l'Ancien. De plus, quelques informations nous sont fournies à leur sujet dans quelques vies de saints et aussi naturellement dans les légendes galloises.
Leur confrérie semble avoir été apparentée à celle des mages de la religion zoroastrienne et un peu également à celle des détenteurs des dogmes védiques, ce qui n'est pas surprenant puisque Celtes, Perses et Aryens de l'Inde constituent trois des tronçons de la large famille linguistique, et culturelle des Indo-Européens, alors que la branche des Grecs, ayant amalgamé ses croyances, ses connaissances, ses traditions et le fond culturel crétois, différait sensiblement, tout comme les Latins à la fois disciples des Hellènes et héritiers des Étrusques.
L'originalité des druides résidait donc surtout dans le culte naturaliste et le cérémonial saisonnier. Au dire des Romains, en outre, ils n'avaient pas de temples et réunissaient les fidèles dans les clairières des forêts.
Ils jouissaient d'une grande considération. Selon le narrateur de la razzia des bœufs de Cooley, il était défendu aux Ulates de parler avant le roi et au roi, avant son druide. Ils servaient de conseillers politiques aux souverains, de précepteurs aux jeunes nobles, pratiquaient une médecine basée sur l'effet curatif de certaines plantes.
Par ailleurs, les Celtes, nous l'avons dit, ne se contentaient pas d'adorer la Lune en tant qu'astre, mais à cause de son influence multiple. L'ayant longuement observée, non seulement ils lui accordaient une place importante dans les motifs décoratifs de leurs médailles, mais encore conçurent leur calendrier d'après les constatations qu'ils firent à son sujet, prenant pour axe les saisons et les lunaisons. Ils étaient secondés dans leurs fonctions cultuelles par les bardes, chanteurs d'hymnes liturgiques qui célébraient le culte des héros. Ils jouissaient en outre d'un pouvoir occulte, accomplissaient, prétend-on, des prodiges en communication avec les forces spirituelles de l'au-delà. Car ils croyaient à l'immortalité de l'âme, à la métempsycose et se livraient à des prophéties, bien que ceci incombât peut-être aux druidesses, dont nous savons peu de chose. Les oubages, devins et sacrificateurs, leur apportaient également leur concours. Mais, le sacrifice n'équivalait pas, comme on a tendance à le croire, à une immolation. Il était consenti et même convoité. Il s'agit, nous dit Jean Markale, « d'une opération psychique au cours de laquelle le sacrifié se dépouille des scories qui l'alourdissent par paliers successifs et tente de rejoindre la Divinité : l'Être parfait ». Le dernier degré est naturellement la mort à laquelle s'abandonne l'initié sans doute comme les hindouistes se faisaient écraser par les roues du char de Jajernatte dans l'Inde.
Mais bien que nous ayons, de façon indirecte, une idée de leur savoir et de leurs coutumes, plusieurs de celles-ci se sont maintenues, en particulier certaines de leurs fêtes qui ont été incorporées dans les rites chrétiens. C'est le cas de la « vigile de la Toussaint », de la fête du printemps qui toutefois était beaucoup plus précoce que notre 1er mai et aussi du feu de la Saint-Jean. On peut en dire autant de la Noël. En effet à cette époque de l'hiver, les Celtes avaient l'habitude d'orner de gui leurs maisons et particulièrement l'entrée pour implorer les dieux de la prospérité. Plus d'un millénaire et demi après que les Romains (surtout lorsqu'ils devinrent chrétiens) eurent interdit le druidisme, Goethe, ayant eu vent de cette tradition qui perdurait dans certaines régions notamment en Alsace, en parla d'abord autour de lui puis la célébra dans ses écrits. Mais le gui très rare en Allemagne fut remplacé par le sapin. Bientôt la coutume se propagea à travers l'Europe et l'Amérique du Nord par les immigrants. Elle a maintenant gagné l'Asie et même dans des foyers musulmans, le 25 décembre, on illumine à Téhéran des arbres de Noël chargés de cadeaux, sans donner le moindre sens religieux à cette manifestation, du reste strictement profane et simplement tolérée par la chrétienté.
Tout ceci semble nous éloigner considérablement de Numinor. En réalité, il importait, pour rendre crédible l'existence d'une ville, dont aucune trace ne subsiste, mais dont les légendes chantent la splendeur, de montrer qu'elle est au moins probable, étant donné le stade culturel, artistique et spirituel de la société celtique.
On a certes essayé de rattacher à son nom celui assez proche de Numinoë, très postérieur à l'époque celtique et dont nous retraçons l'histoire pour mieux réfuter cette hypothèse.
En 824 de l'ère chrétienne, le duc Louis le Pieux nomma duc de Bretagne et chef des Bretons le comte de Vannes qui s'appelait Numinoë.
Numinoë conserva d'abord un loyalisme apparent envers Louis le Pieux. Mais dès que les fils de celui-ci se disputèrent l'empire, il reprit sa complète liberté d'action, agit en véritable souverain, organisa l'unité bretonne et mérita ainsi le surnom de « Père de la Patrie ». S'étant proposé pour Lothaire, suzerain éloigné donc peu gênant, il bafouait donc ouvertement Charles le Chauve.
Celui-ci monta une expédition pour le ramener à la raison et s'emparer définitivement de la péninsule. Mal lui en prit, il fut battu le 22 novembre 845 à Ballon, au sud de Rennes, et contraint de reconnaître l'autorité de Numinoë sur la Bretagne. Mais Numinoë poussa plus loin ses avantages : il s'empara de Rennes et de Nantes et annexa la fameuse Marche, donnant ainsi au futur duché ses limites, qui sont aujourd'hui celles des cinq départements bretons. Ébloui par ses succès, Numinoë devint un conquérant. Il envahit l'Anjou, le Maine et le Vendômois. Il mourut le 7 mars 851 et fut enseveli dans l'abbaye Saint-Sauveur de Redon, fondée sous son patronage par Conwoion, archidiacre de Vannes et qui fut l'une des plus brillantes abbayes bretonnes.