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Son triomphe avait été un simulacre, toute l’affaire avait été montée pour lui comme un jeu de quilles et il avait eu droit à un nombre illimité de boules.

Choong s’agita et ce fut comme si une gigantesque lampe s’allumait dans la pièce ; toute chose apparut en formes tridimensionnelles comparée à ce qui avait été grise obscurité. C’était sa perception qui se réveillait. Seul un autre télépathe aurait pu voir la différence.

Ses yeux s’ouvrirent. Il y eut un moment de silence. Puis :

Il me semble vous connaître ?…

— Oui, vous me connaissez, Gerald Howson. (Il employait délibérément la parole. Il abaissait toutes les cloisons possibles sur son esprit en fureur.) Vous vous êtes moqué de moi, n’est-ce pas ? Eh bien, je
veux savoir pourquoi !

Il y eut un autre moment vide, pendant lequel Choong mit de l’ordre dans ses pensées avec une vivacité qui impressionna Howson malgré sa prévention et sa colère.

— Ainsi vous vous occupez de… heu… mon cas, fit Choong et il eut un sourire aigu. Je suis désolé. Je n’avais pas imaginé qu’il serait nécessaire de vous déranger, vous surtout. On aurait dû m’assigner un novice. Je croyais avoir clairement établi que je n’étais pas en fugue et que je souhaitais être ramené.

Howson faillit étouffer avant de pouvoir répondre ; lorsqu’il le fit ce fut avec une telle explosion de fureur qu’il utilisa la projection mentale au lieu des mots.

Comment pouvez-vous être si tranquillement égoïste ? Le souci et le dérangement que vous avez causés vous sont donc indifférents ? M’avoir dérangé personnellement vous est-il indifférent ? Et le temps que j’ai perdu, et que j’aurais pu consacrer à quelqu’un qui en aurait eu réellement besoin ?

Choong poussa un cri et porta la main à sa tête. La porte de la chambre s’ouvrit à la volée et une infirmière passa la tête et demanda ce qui n’allait pas. Choong se reprit et lui fit signe de partir ; elle jeta un regard soupçonneux à Howson et obéit.

— Vous avez une sacrée force ! dit Choong. Si ça ne vous fait rien, tenons-nous-en à la parole. Mon esprit est plutôt… meurtri par votre tactique de choc.

Howson demeura sombre et muet.

— Sérieusement, est-ce qu’il ne vous est pas venu à l’esprit que je ne résisterais pas ? poursuivit Choong. Oui, je vois que cela a été le cas, jusqu’au dernier moment ! Je trouve cela surprenant, si je peux me permettre. Vous avez dû vous hâter de conclure que la seule raison pour laquelle un télépathe souhaitait constituer un groupe catapathique était l’évasion ; il ne vous est jamais venu à l’idée que je pouvais simplement souhaiter exercer mon pouvoir pour le seul plaisir !

— Ne vous rengorgez pas, murmura Howson. Je sais que je n’aurais jamais pu vous ramener si vous n’aviez pas coopéré.

— Non, je crois que vous ne comprenez pas. (Choong actionna la commande à la tête du lit et s’installa dans une position plus commode pour considérer Howson.) Bon sang, Howson, à un homme doué de capacités physiques, vous ne reprocheriez pas de prendre plaisir à faire du sport ; eh bien il me semble que vous avez un blocage à l’idée que la télépathie puisse être utilisée pour le plaisir. Pourquoi ? Vous possédez un fabuleux talent ! Et je ne suis pas du tout sûr que vous ne m’auriez pas ramené même si j’avais résisté. L’inspiration finale était brillante, et j’ai été totalement pris par surprise. Est-ce que votre don ne vous procure jamais de plaisir ? Par exemple ma femme et moi nous mettons en communication avant de nous endormir ; je fais des rêves plus éclatants qu’elle et j’aime bien qu’elle les partage.

— Je ne suis pas marié, dit Howson d’une voix nouée.

Choong jeta un regard impoli dans l’esprit de Howson rendu passagèrement vulnérable par la force de son émotion. Lorsqu’il reprit la parole, ses manières avaient changé :

— Je suis désolé. C’était un manque de tact de ma part. Mais…

— Je… (Howson fut saisi d’étonnement. Pourquoi ressentait-il le besoin de se justifier auprès de cet homme qui lui avait causé un tel souci ? C’était pourtant ainsi. Il poursuivit, avec des hésitations.) J’ai fait ce genre de chose. Avec une fille sourde-muette que j’ai connue.

— Eh bien voilà ! Et vous devez bien prendre plaisir à votre travail dans une certaine mesure. Au moins pour la raison que cela fait une différence, d’être une personne capable d’un grand effort physique.

— Je… Oui, c’est vrai. Je crains parfois de passer à une cure plus de temps que nécessaire, pour échapper à mes limites. (Howson se passa la langue sur les lèvres.)

— Cela paraît dangereux, remarqua judicieusement Choong. À mon avis, si vous vous permettez de retirer davantage de plaisir de votre talent, vous ne seriez pas tenté de… heu… d’emprunter les fantasmes d’autres personnes.

— Qu’est-ce que vous suggérez ? Que je forme un groupe catapathique ? Comment oserais-je ?

L’infirmière ouvrit de nouveau la porte.

— Docteur Howson ! Un message du Dr Van Osterbeck : ne détruisez pas votre travail en surmenant le Dr Choong !

Howson fit un geste vague et s’apprêta à sortir en boitant. Derrière lui, Choong prit la parole une dernière fois :

— Howson, ce n’est pas parce qu’une évasion qui me convient à moi ou à quelqu’un d’autre ne vous satisfait pas qu’il n’en existe pas pour vous. Vous êtes un individu unique. Trouvez votre propre voie. Il y en a forcément une !

Howson ne savait pas vraiment si Choong avait physiquement prononcé ces derniers mots ou s’il les avait télépathiquement introduits dans son esprit avec la maîtrise d’un psychiatre hors pair implantant une suggestion dans l’esprit d’un patient. Un patient !… Quelle dérision ! Quelques jours plus tôt, c’est Howson qui était le médecin ; un moment, les rôles avaient été renversés.

Sauf que Choong n’avait jamais vraiment été le patient que Howson avait cru.

Il avait déjà donné ordre à son domestique personnel de faire ses bagages. Et là, à la porte du bureau de Pandit Singh, il hésitait. Serait-il capable de voir clair dans ce qu’il ressentait ? Dans ce qu’il désirait ? Savait-il, en fait, ce qu’il désirait ?

Il se ressaisit et entra. Tout valait mieux, assurément, que le présent dilemme !

Sans lever la tête de la pile de papiers devant lui, Singh lui désigna un siège.

— Je suis d’accord, Gerry, dit-il en s’adossant à son siège. Tu as besoin de vacances.

Ce n’était ni la première ni la centième fois que Howson se demandait si Singh ne possédait pas lui-même des facultés télépathiques embryonnaires.

— Qu’est-ce que… ? fit-il en rougissant.

— Oh, pour l’amour du ciel, Gerry ! (Singh éclata d’un rire sonore.) On m’a dit que tu as préparé tes bagages. J’ai calculé que tu n’as pas eu de repos depuis six ans. C’est en partie ma faute : j’ai pris l’habitude de m’appuyer sur toi. Mais tu n’as pas paru aussi satisfait que tu l’aurais dû de ton succès dans le cas Choong, et j’en ai déduit que tu souhaitais un congé. Je suis heureux que tu sois de mon avis.

Howson garda le silence un long moment.

— Pan, je crains que vous vous trompiez, dit-il enfin. Le cas Choong n’est pas un succès pour moi, Pan. Il désirait être ramené. S’il n’avait pas coopéré – ou s’il avait résisté un peu sérieusement – j’aurais été vaincu.