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L’homme aux cheveux gris, lui, rit carrément, juste à ce moment, d’un franc rire ironique qui fit éclore une tache rouge sur chacune des joues de Byar. « Ainsi, Enfant Byar, c’est votre conclusion bien réfléchie que nous avons été attaqués lors d’une embuscade préméditée par une cinquantaine de loups au minimum et plus d’une douzaine d’Amis du Ténébreux ? Oui ? Peut-être que lorsque vous aurez participé à quelques autres engagements…

— Mais Seigneur Capitaine Bornhald…

— Je dirais six ou huit loups, Enfant Byar, et peut-être pas d’autres humains que ces deux-là. Vous avez le zèle requis, mais aucune expérience en dehors des villes. C’est bien différent d’apporter la Lumière loin des rues et des maisons. Les loups ont une façon de paraître dans la nuit plus nombreux qu’ils ne sont – et les hommes aussi. Six ou huit, au maximum, je pense. » La rougeur de Byar s’accentua lentement. « Je soupçonne aussi qu’ils se trouvaient là pour la même raison que nous : le seul point d’eau accessible à plus d’un jour de marche dans n’importe quelle direction. Une explication beaucoup plus simple que des espions ou des traîtres au sein des Enfants, et l’explication la plus simple est en général la meilleure. L’expérience vous l’apprendra. »

Le visage de Byar devint d’une pâleur de mort tandis que l’homme paternel parlait ; par contraste, les deux taches dans ses joues creuses virèrent du rouge au violet. Il dirigea ses yeux vers les deux prisonniers pendant un instant.

Il nous hait encore plus maintenant, songea Perrin. Mais pourquoi nous haïssait-il déjà avant ?

« Que pensez-vous de ceci ? » dit le Seigneur Capitaine en tendant la hache de Perrin.

Byar posa une question d’un regard à son chef et attendit un hochement de tête d’acquiescement avant de rompre sa posture rigide pour prendre l’arme. Il soupesa la hache et émit un grognement de surprise, puis la balança au-dessus de sa tête dans un arc serré qui manqua de peu le haut de la tente. Il la maniait avec autant de sûreté que s’il était né une hache dans les mains. Une admiration accordée à regret se peignit brièvement sur son visage mais, quand il rabaissa la hache, il avait repris son masque impassible.

« Extrêmement bien équilibrée, Seigneur Capitaine. Fabriquée avec simplicité mais par un armurier très habile, peut-être même un maître. » Ses yeux dardèrent un brûlant regard noir sur les prisonniers. « Pas une arme de villageois, mon Seigneur Capitaine. Ni de fermier.

— Non. » L’homme aux cheveux gris se tourna vers Perrin et Egwene avec un sourire légèrement réprobateur, la mine d’un bon-papa gâteau qui sait que ses petits-enfants ont commis quelque bêtise. « Mon nom est Geofram Bornhald, leur dit-il. Vous êtes Perrin, à ce que j’ai compris. Mais vous, jeune femme, quel est votre nom ? »

Perrin le regarda d’un air furieux, mais Egwene secoua la tête. « Ne sois pas ridicule, Perrin. Je m’appelle Egwene.

— Juste Perrin et juste Egwene, murmura Bornhald, mais je suppose que si vous êtes vraiment des Amis du Ténébreux vous désirez dissimuler autant que possible votre identité. »

Perrin se hissa avec effort sur les genoux ; il ne pouvait se lever davantage à cause de la façon dont il était ligoté. Il protesta avec colère : « Nous ne sommes pas des Amis du Ténébreux ! »

Les mots n’étaient même pas sortis de sa bouche que Byar lui tombait dessus. Cet homme se mouvait avec une rapidité de serpent. Il vit le manche de sa propre hache décrire un arc vers lui et il essaya de l’éviter, mais le manche épais l’atteignit au-dessus de l’oreille. Seul le fait qu’il reculait devant le coup lui évita d’avoir le crâne fendu. Même ainsi, il vit trente-six chandelles. Le souffle lui manqua quand il heurta le sol. Sa tête résonna comme un tambour et du sang coula sur sa joue.

« Vous n’avez pas le droit », commença Egwene, qui hurla en voyant le manche de hache fouetter l’air dans sa direction. Elle se rejeta de côté et le coup siffla dans le vide tandis qu’elle culbutait sur le tapis de sol.

« Attention à votre langue, déclara Byar, et soyez polis quand vous parlez à quelqu’un qui est l’Oint de la Lumière, ou vous n’aurez plus de langue. » Le pire était que sa voix ne comportait aucune trace d’émotion. Leur couper la langue ne lui procurerait ni plaisir ni regret ; c’était simplement quelque chose qu’il ferait.

« Tout doux, Enfant Byar. » Bornhald regarda de nouveau les captifs. « Je ne pense pas que vous connaissiez grand-chose à ce que peut être quelqu’un qui est l’Oint de la Lumière ou ce que sont les Seigneurs Capitaines des Enfants de la Lumière, hein ? Non, je m’en doutais. Eh bien, au moins dans l’intérêt de l’Enfant Byar, tâchez de ne pas discuter ni de vous exprimer avec violence, hein ? Je ne veux que vous voir marcher dans la Lumière et si vous permettez à la colère de vous emporter cela ne nous servira pas, ni aux uns ni aux autres. »

Perrin leva les yeux vers l’homme au visage hâve qui se dressait au-dessus d’eux. Dans l’intérêt de l’Enfant Byar ? Il constata que le Seigneur Capitaine n’avait pas dit à Byar de les laisser tranquilles. Byar croisa son regard et sourit ; le sourire n’affecta que sa bouche, mais la peau se tendit encore plus sur son visage au point que sa tête ressemblait à une tête de mort. Perrin frissonna.

« J’ai entendu parler de ces hommes qui font bande avec des loups, dit Bornhald d’une voix songeuse, mais je n’en avais encore jamais vu. Des hommes censés s’entretenir avec des loups et avec d’autres créatures du Ténébreux. Infâme pratique. Cela me donne à craindre qu’en vérité la dernière bataille ne va pas tarder.

— Les loups ne sont pas… » Perrin s’interrompit comme la botte de Byar se rabattait en arrière. Il respira à fond et reprit sur un ton plus modéré tandis que Byar reposait son pied avec une grimace de déception : « Les loups ne sont pas des créatures du Ténébreux.

Ils détestent le Ténébreux. En tout cas, ils détestent les Trollocs et les Évanescents. » Il fut surpris de voir l’homme au visage hâve hocher la tête comme à une constatation personnelle.

Bornhald haussa un sourcil. « Qui vous a dit ça ?

— Un Lige », répliqua Egwene. Elle se contracta devant le regard foudroyant de Byar. « Il a dit que les loups haïssent les Trollocs et que les Trollocs ont peur des loups. » Perrin fut content qu’elle n’ait pas mentionné Élyas.

« Un Lige, répéta avec un soupir l’homme aux cheveux gris. Une créature des sorcières de Tar Valon. Quoi d’autre vous dirait ce genre de personnage, alors qu’il est lui-même un Ami du Ténébreux et un serviteur des Amis du Ténébreux ? Ne savez-vous pas que les Trollocs ont des museaux et des dents de loup, et de la fourrure de loup ? »

Perrin cligna des paupières, dans un effort pour s’éclaircir les idées. Son cerveau lui donnait encore l’impression d’une masse de gelée douloureuse, mais il y avait dans ce discours quelque chose qui clochait. Il était incapable de remettre ses idées assez en ordre pour découvrir quoi.

« Pas tous », marmotta Egwene. Perrin regarda avec méfiance Byar, mais l’homme étique se concentrait uniquement sur Egwene. « Certains ont des cornes comme les béliers ou les chèvres, ou des becs d’aigle ou… ou… diverses autres choses. »

Bornhald secoua la tête d’un air affligé. « Je vous donne votre chance et vous vous enferrez plus avant à chaque mot. » Il leva un doigt. « Vous avez partie liée avec une meute de loups, créatures du Ténébreux. » Un deuxième doigt. « Vous avouez être en rapport avec un Lige, une autre créature du Ténébreux. Je doute qu’il vous ait raconté ce qu’il vous a dit juste en passant. » Un troisième doigt. « Vous, jeune homme, vous portez sur vous une pièce de monnaie de Tar Valon. La plupart des gens qui ne sont pas de Tar Valon s’en défont aussi vite qu’ils le peuvent. À moins qu’ils ne servent les sorcières de Tar Valon. » Un quatrième doigt. « Vous avez sur vous une arme de guerrier alors que vous vous habillez en paysan. Un espion, donc. » Le pouce se dressa. « Vous connaissez les Trollocs et les Myrddraals. Aussi avant dans le sud, seuls quelques érudits et ceux qui ont voyagé dans les Marches les prennent pour plus que des inventions de bardes. Peut-être êtes-vous allés dans les Marches ? Dans ce cas, dites-moi où ? J’ai beaucoup voyagé dans ces régions ; je les connais bien. Non ? Ah, bon, alors. » Il regarda sa main aux doigts écartés, puis la plaqua sur la table. L’expression paternelle disait que les petits-enfants avaient commis de vraiment grosses bêtises. « Pourquoi ne pas me raconter franchement pourquoi vous en êtes venus à courir dans la nuit avec des loups ? »