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Rand le regarda avec stupeur. Elayne aussi. Gawyn semblait aussi maître de lui que d’ordinaire, mais il tenait de drôles de propos. Pourquoi ?

« Qu’est ceci ? »

Les trois sursautèrent en même temps à cette voix qui s’élevait soudain et se retournèrent d’un mouvement vif pour lui faire face.

Le jeune homme qui se tenait là était le plus beau que Rand avait jamais vu, presque trop beau d’après les critères de la masculinité. Il était grand et svelte, mais ses mouvements étaient indicateurs d’une vigueur dynamique et d’une parfaite assurance. Brun d’œil et de cheveux, il portait ses vêtements aux couleurs rouge et blanche, à peine un peu moins recherchés que ceux de Gawyn, comme s’ils n’avaient pas d’importance. Une main reposait sur la poignée de son épée et ses yeux ne quittaient pas Rand.

Écarte-toi de lui, Elayne, dit-il. Toi aussi, Gawyn. »

Élayne s’avança devant Rand, entre lui et le nouveau venu, tête haute et sûre d’elle comme jamais, « C’est un sujet loyal de notre mère et un bon serviteur de la Reine. Et il est sous ma protection, Galad. »

Rand s’efforça de se rappeler ce qu’il avait entendu dire par Maître Kinch et ensuite par Maître Gill. Galadedrid Damodred était le demi-frère d’Élayne et de Gawyn, si sa mémoire ne le trahissait pas ; les trois avaient eu le même père. Maître Kinch n’avait peut-être pas beaucoup aimé Taringail Damodred – pas plus que tous les autres qui en avaient parlé devant lui – mais le fils était estimé autant par les tenants du rouge que par les tenants du blanc, si ce qui se disait dans la ville était une indication.

« Je connais ton affection pour les abandonnés, Élayne, reprit le svelte jeune homme d’un ton modéré, mais ce garçon est armé et il n’a guère l’air présentable. De nos jours, on ne saurait être trop prudent. Si c’est un loyal partisan de la Reine, que fait-il ici qui n’est pas sa place ? C’est assez facile de changer ce qui enveloppe une épée, Elayne.

— Il est ici en tant que mon hôte, Galad, et je me porte garante de lui. Ou bien t’es-tu institué ma nourrice, pour décider à qui je peux parler et quand ? »

Sa voix était imprégnée de dédain, mais Galad ne s’en émut pas. « Tu sais bien que je ne prétends pas contrôler tes faits et gestes. Elayne, mais ce… ton hôte n’est pas convenable et tu en es consciente aussi bien que moi. Gawyn, aide-moi à la convaincre. Notre mère voudrait…

— Suffit ! coupa Elayne. Tu as raison quand tu dis que tu n’as pas voix au chapitre en ce qui concerne mes actions, et tu n’as pas non plus le droit de les juger. Tu peux te retirer. Tout de suite ! »

Galad jeta à Gawyn un coup d’œil désabusé ; il semblait à la fois demander de l’aide tout en proclamant qu’Elayne était trop têtue pour être aidée. L’expression d’Elayne se rembrunit mais, à l’instant où elle ouvrait de nouveau la bouche, il s’inclina de la façon la plus cérémonieuse avec en même temps la grâce d’un chat, recula d’un pas, puis se retourna et s’éloigna sur le sentier dallé, ses longues jambes l’emportant rapidement hors de vue derrière la charmille.

Je le déteste, murmura Elayne. Il est infect et dévoré d’envie.

— Là, tu vas trop loin, Elayne, dit Gawyn. Galad ignore ce que c’est que l’envie. Par deux fois il m’a sauvé la vie, sans que personne soit là pour savoir s’il retenait ou non sa main. S’il s’était abstenu, il serait ton Premier Prince de l’Épée à ma place.

— Jamais, Gawyn. Je choisirais n’importe qui avant Galad. N’importe qui. Le plus modeste garçon d’écurie. » Elle sourit soudain et adressa à son frère un regard faussement sévère. « Tu dis que j’aime donner des ordres. Eh bien, je t’ordonne de ne rien te laisser arriver. Je t’ordonne d’être mon Premier Prince de l’Épée quand je monterai sur le trône – la Lumière veuille que ce jour soit éloigné ! – et de conduire les armées d’Andor avec le genre de gloire que Galad est incapable de rêver.

— Qu’il en soit selon votre volonté, ma Dame. » Gawyn rit, sa révérence une parodie de celle de Galad.

Élayne regarda Rand d’un air pensif. « Maintenant, nous devons vous sortir d’ici rapidement.

— Galad se conduit toujours comme il faut, expliqua Gawyn, même quand il ne le devrait pas. Dans le cas présent, c’est-à-dire trouver un inconnu dans les jardins, ce qui s’impose est d’avertir les gardes du Palais. Et je le soupçonne d’être allé le faire séance tenante.

— Alors il est temps que je repasse par-dessus le mur », dit Rand.

Bien joué pour quelqu’un qui tient à ne pas être remarqué ! J’aurais pu aussi bien brandir une pancarte ! Il se tourna vers le mur mais Élayne le retint par le bras.

« Pas après toute la peine que j’ai prise pour vos mains. Vous n’aboutirez qu’à attraper de nouvelles éraflures et puis vous laisserez quelque vieille guérisseuse malpropre mettre dessus la Lumière sait quoi. Il existe une petite porte de l’autre côté du jardin. Elle est enfouie sous les feuillages et il n’y a pratiquement que moi pour se rappeler qu’elle est là. »

Soudain Rand entendit approcher d’eux un martèlement de bottes sur les dalles d’ardoise.

« Trop tard, murmura Gawyn. Il a dû se mettre à courir dès qu’il a été hors de vue. »

Elayne grommela un juron et les sourcils de Rand se haussèrent d’un coup. Il avait entendu ça dans la bouche des palefreniers à La Bénédiction de la Reine et avait été choqué à ce moment-là. La seconde suivante, Elayne avait recouvré son sang-froid.

Gawyn et Elayne paraissaient se trouver bien de ne pas bouger, mais lui ne pouvait se contraindre à attendre les Gardes de la Reine avec autant de sérénité, il se mit en marche vers le mur, sachant qu’il n’en aurait escaladé que la moitié quand les gardes arriveraient mais incapable de rester immobile.

Il n’avait pas avancé de trois pas que des hommes en uniforme rouge surgirent, le soleil se reflétant dans leur plastron d’acier comme ils fonçaient dans l’allée. D’autres accoururent telles des vagues déferlantes de pourpre et de métal poli, venant apparemment de toutes les directions. Certains avaient l’épée au clair ; d’autres n’attendaient que de se piéter avant de lever l’arc et d’encocher des flèches empennées. Derrière les barres du ventail de leur casque, tous les yeux étaient menaçants, et toutes les larges flèches étaient pointées sur lui sans vaciller.

Élayne et Gawyn bondirent avec ensemble, se postant entre lui et les flèches, leurs bras étendus pour le couvrir. Il se tint parfaitement immobile et laissa ses mains bien en vue, loin de son épée.

Le martèlement de bottes et le crissement des cordes d’arc résonnaient encore quand un des arrivants, avec à l’épaule le nœud d’or des officiers, cria : « Ma Damoiselle, mon Seigneur, à terre, vite ! »

En dépit de ses bras ouverts, Élayne se redressa avec une dignité royale. « Vous osez venir l’épée nue en ma présence, Tallanvor ? Vous aurez de la chance si, pour cela, Gareth Bryne ne vous met pas à nettoyer les écuries avec le dernier des fantassins ! »

Les soldats échangèrent des coups d’œil déconcertés et quelques archers, mal à l’aise, inclinèrent à moitié leur arc. Alors seulement Élayne laissa retomber ses bras, comme si elle ne les avait levés que par fantaisie. Gawyn hésita, puis suivit son exemple. Rand pouvait compter les arcs qui ne s’étaient pas abaissés. Les muscles de son estomac se durcirent comme s’ils étaient capables d’arrêter une flèche à vingt pas.

L’homme au nœud d’officier paraissait le plus perplexe de tous. « Damoiselle, pardonnez-moi, mais le seigneur Galadedrid a signalé un paysan malpropre gui rôdait dans les jardins, armé et dangereux pour ma Damoiselle Élayne et mon Seigneur Gawyn. » Ses yeux se portèrent sur Rand et sa voix s’affermit « Si ma Damoiselle et mon Seigneur veulent bien s’écarter, j’emmènerai ce vilain en lieu sûr. Il y a trop de gueusaille dans la ville, ces temps-ci.