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— Des raisons, mon garçon, je ne vois pas lesquelles, mais ils vous cherchent, vous et Mat, c’est sûr et certain. Qu’est-ce que vous avez donc fabriqué ? Élaida et les Enfants de la Lumière.

Rand leva les mains en signe de protestation, puis les laissa retomber. Cela n’avait pas de sens, mais il avait entendu le sous-officier. « Et vous ? Les Blancs Manteaux vont vous causer des ennuis même s’ils ne nous trouvent pas.

— Ne vous inquiétez pas pour ça, mon garçon. Les Gardes de la Reine font encore respecter la loi, bien que laissant des traîtres se pavaner avec des cocardes blanches. Quant à la nuit… eh bien, Lamgwin et ses amis ne dormiront peut-être pas beaucoup, mais j’aurais presque pitié de quiconque tentera de dessiner un Croc sur ma porte. »

Gilda apparut à côté d’eux et plia le genou dans une révérence à l’adresse de Maître Gill. « Messire, il y a… il y a une dame. Dans la cuisine. » Elle paraissait scandalisée de cette association. « Elle demande Maître Rand, messire, et Maître Mat, par leur nom de famille. »

Rand échangea un regard perplexe avec l’aubergiste. « Mon garçon, déclara Maître Gill, si vous vous êtes vraiment débrouillé pour que la Damoiselle Elayne descende du Palais jusqu’à mon auberge, nous allons tous finir devant le bourreau. » Gilda poussa un petit cri étouffé à la mention de la Fille-Héritière et contempla Rand d’un œil arrondi. « Allez-vous-en, jeune fille, ordonna sévèrement l’aubergiste. Et gardez le silence sur ce que vous avez entendu. Personne n’a à être au courant. » Gilda plongea de nouveau dans une révérence et s’élança dans le couloir, en jetant par-dessus son épaule des coups d’œil à Rand. « Dans cinq minutes » – Maître Gill soupira –, « elle va raconter aux autres femmes que vous êtes un prince déguisé. D’ici ce soir, toute la Ville Nouvelle sera au courant.

— Maître Gill, dit Rand, je n’ai jamais parlé de Mat à Élayne. Ce ne peut pas être… » Soudain, un immense sourire éclaira sa figure et il courut à la cuisine.

« Attendez ! cria derrière lui l’aubergiste. Attendez de savoir, Attendez, imbécile ! »

Rand ouvrit la porte de la cuisine et ils étaient là. Moiraine posa sur lui son regard serein, nullement surprise. Nynaeve et Egwene se précipitèrent pour l’enlacer, suivies de près par Perrin. Tous trois lui tapotant les épaules comme s’ils avaient besoin de se convaincre qu’il était réellement là. Sur le seuil de la porte menant à l’écurie, Lan était adossé mollement, une botte sur le chambranle, partageant son attention entre la cuisine et la cour de l’autre côté.

Rand essaya d’étreindre les deux jeunes femmes et de prendre la main de Perrin en même temps, et ce fut un méli-mélo de bras et de rires, compliqué par Nynaeve qui voulait lui tâter la figure pour vérifier s’il n’avait pas la fièvre. Ils semblaient assez éprouvés – des bleus sur le visage de Perrin, et il gardait les yeux baissés d’une manière qu’il n’avait jamais eue auparavant – mais ils étaient vivants, et de nouveau réunis. Sa gorge était si nouée qu’il pouvait à peine parler. « Je craignais de ne jamais vous revoir, réussit-il finalement à dire. J’avais peur que vous ne soyez tous…

— Je savais que tu étais vivant, répliqua Egwene qui se pressait contre sa poitrine. Je l’ai toujours su. Toujours.

— Moi pas, déclara Nynaeve. À cet instant précis, sa voix fut sèche mais, l’instant suivant, elle s’adoucit et Nynaeve leva la tête pour lui sourire. « Tu as l’air en bonne santé. Rand. Pas gras, évidemment, mais bien portant, la Lumière en soit remerciée.

— Ma foi, dit derrière lui Maître Gill, je pense que vous connaissez vraiment ces gens. Les amis que vous cherchiez ? »

Rand inclina la tête. « Oui, mes amis, » Il les présenta à la ronde ; cela lui paraissait toujours bizarre de nommer Lan et Moiraine selon leur véritable identité. Ce qui lui valut d’ailleurs un coup d’œil sévère de l’un et l’autre.

L’aubergiste salua chacun par un beau sourire franc, mais il était dûment impressionné de se trouver en face d’un Lige et surtout de Moiraine. Il la contempla ouvertement bouche bée – c’était une chose de savoir qu’une Aes Sedai avait prêté assistance aux garçons et une bien différente de la voir apparaître dans sa cuisine – puis il s’inclina profondément. « Vous êtes la bienvenue à La Bénédiction de la Reine, Aes Sedai, comme mon invitée. Mais, je le suppose, vous logerez au Palais avec Élaida Sedai, et les Aes Sedai qui sont arrivées avec le faux Dragon. » S’inclinant de nouveau, il lança à Rand un regard rapide et inquiet. C’était bel et bon de dire qu’il n’avait pas mauvaise opinion des Aes Sedai, mais rien à voir avec le fait de dire qu’il désirait en avoir une qui dorme sous son toit.

Rand lui répondit par un hochement de tête encourageant, s’efforçant de lui expliquer par sa mimique que tout allait bien. Moiraine n’était pas comme Élaida, avec une menace derrière chaque regard, chaque mot. En es-tu sûr ? Même maintenant en es-tu sûr ?

« Je pense que je vais rester ici pour le bref laps de temps où je séjournerai à Caemlyn, répliqua Moiraine. Et il faut que vous me permettiez de payer. »

Un chat tacheté survint nonchalamment du couloir pour se frotter contre les chevilles de l’aubergiste. À peine ce chat avait-il commencé qu’un gris au poil duveteux jaillit de sous la table, le dos arqué, en crachant. Le tacheté se piéta avec un grondement de menace et le gris, passant à côté de Lan, fila comme une flèche dans la cour de l’écurie.

Maître Gill commença à présenter des excuses pour les chats en même temps qu’il protestait que Moiraine l’honorerait en étant son invitée, était-elle sûre qu’elle ne préférait pas le Palais, ce qu’il comprendrait fort bien, mais il espérait la voir accepter son offre de sa meilleure chambre en cadeau. Le tout formait un mélange confus auquel Moiraine ne parut prêter aucune attention. À la place, elle se pencha pour gratter derrière les oreilles le chat orange et blanc ; lequel quitta promptement les chevilles de Maître Gill pour les siennes.

« J’ai vu jusqu’à présent quatre autres chats ici, dit-elle. Vous avez un problème avec les souris ? Les rats ?

— Les rats, Moiraine Sedai. » L’aubergiste soupira. « Un terrible problème. Non pas que je ne tienne pas la maison propre, vous comprenez. C’est cette foule de gens. La ville entière regorge de gens et de rats. Mes chats, par contre, s’en occupent. Vous ne serez pas dérangée, je vous le promets. »

Rand échangea un bref regard avec Perrin qui de nouveau baissa aussitôt les paupières. Les yeux de Perrin avaient quelque chose de bizarre. Et il était tellement silencieux ; Perrin avait presque toujours été lent à parler mais maintenant il n’émettait plus un son. Rand commenta : « Possible que ce soit à cause de cette affluence de visiteurs.

— Avec votre permission. Maître Gill, reprit Moiraine comme si la chose allait de soi, c’est simple de tenir les rats éloignés de cette rue. Nous aurons peut-être même la chance que les rats ne se rendent même pas compte qu’ils sont refoulés. »

À cette dernière phrase, Maître Gill tiqua, mais il s’inclina, acceptant son offre. « Si vous êtes certaine de ne pas vouloir séjourner au Palais, Aes Sedai.

— Où est Mat ? demanda subitement Nynaeve. Elle a dit qu’il était ici, lui aussi.

— En haut, dit Rand. Il… ne se sentait pas bien. »

Nynaeve leva vivement la tête. « Il est malade ? À elle, le soin des rats, moi je m’occuperai de lui. Montre-moi tout de suite le chemin, Rand.

— Montez tous, ordonna Moiraine. Je vous rejoins dans quelques minutes. Nous encombrons la cuisine de Maître Gill et ce sera mieux que nous demeurions tous à nous reposer dans un coin tranquille pendant un moment. » Il y avait un sous-entendu dans sa voix. Restez hors de vue. Le temps de se tenir caché n’est pas fini.