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En moins de rien, il se trouva glorieusement assis en face d’une large casserole garnie d’une ella podrida des reliefs de tout ce qui avait été servi sur la table des maîtres, depuis deux ou trois jours: – savoureux morceaux de jambon, blocs dorés de gâteaux de maïs, triangles de pâtés de toutes dimensions, ailes et gésiers de poulets, le tout dans une confusion pittoresque; et Sam, monarque de cette bombance, siégeait, sa feuille de palmier retroussée de côté, d’une façon gaillarde, et protégeait Andy, placé à sa droite.

La cuisine se remplit de camarades accourus de toutes les cases pour entendre la fin des exploits du jour. C’était l’heure du triomphe de Sam. L’histoire fut répétée avec toutes sortes d’ornements et d’amplifications; Sam ne se fit faute de rien de ce qui pouvait en rehausser l’effet. Comme les habiles, il n’avait garde de laisser le récit perdre de son éclat en passant par ses lèvres. Des rugissements de rire accompagnèrent sa narration, et furent bientôt repris et prolongés, en glapissements joyeux, par tout le menu fretin qui fourmillait sur le plancher ou perchait dans chaque recoin. Mais au milieu du vacarme, des éclats, des transports, Sam conserva son immuable gravité; seulement il roulait parfois ses yeux à demi-levés au ciel, ou lançait de côté à ses auditeurs les plus drôles d’œillades, mais sans rien perdre d’ailleurs de l’élévation sentencieuse de son débit.

«Vous aut’s concitoyens et amis, dit-il, brandissant avec énergie un pilon de dinde; vous aut’s voir maintenant la chose: moi, vot’ enfant, défendre vous tous, – oui, tous! – Prendre un, est-ce pas comme prendre tous les autres? vous voir; principe le même, est-ce clair? Qu’un de ces traqueurs d’hommes vienne flairer là autour! il m’y trouvera, moi, Sam! moi soutenir vous tous, frères, – moi maintenir vos droits moi vous défendre jusqu’au dernier souffle!

– Comment que ç’est, Sam? interrompit Andy; ce matin, toi dire vouloir prendre Lizie pour massa, bien sûr; – tes deux parlers ne pendent pas pareils!

– Écoute, petit, repartit Sam avec une étourdissante supériorité, toi pas causer quand toi pas savoir, vois-tu? – Enfants comme toi, Andy, pleins de bons vouloirs, bons garçons! mais eux pas pouvoir entrer dans la collision du principe des choses.»

Andy parut écrasé, surtout par le mot imposant de collision, qui fit ouvrir de grands yeux aux jeunes membres de l’assemblée, et leur parut un argument sans réplique.

«C’est par conscience pure, Andy, que moi vouloir attraper Lizie: croire maître aussi sur sa piste; mais, quand voir maîtresse toute au rebours, conscience plus forte alors du côté de maîtresse: tout simple, être le meilleur côté! vous, voir moi toujours pressister dans mon opinion; toujours tenir ferme pour conscience et principes. – Avant tout les principes! s’écria Sam, tiraillant avec enthousiasme de ses dents blanches un cou de poulet; – et à quoi bon principes sans pressistance? moi le demander, à quoi bon? – Tiens, Andy, toi nettoyer cet os; encore bonne viande après.»

L’auditoire de Sam demeurant bouche béante, il ne pouvait mieux faire que de continuer.

«Vous pas comprendre, peut-être, amis et frères nèg’s, poursuivit Sam, s’enfonçant dans les profondeurs abstraites de son thème, vous pas comprendre quoi que c’est que pressistance? chose pas toujours claire à chacun de nous aut’s. Tenez, quand un quelqu’un veut aujourd’hui une chose, et demain le contraire de cette chose, les gens diront pas pressistant. Être naturel eux le dire. – Passe-moi ce morceau de gâteau, Andy. – Mais voyons un brin au fin fond de l’affaire. – J’espère les gentilshommes et le beau sexe vouloir bien excuser moi faire une comparaison. Moi, Sam, vouloir grimer par là-haut sur une meule de foin; eh bien, moi, Sam, mettre mon échelle de ce côté: l’échelle pas bien tenir? moi la mettre de l’aut’ côté. Suis-je pas pressistant? moi, toujours vouloir monter sur la meule! voyez-vous pas ça, vous autres?

– Être votre unique pressistance, bien sûr, dit tante Chloé, attristée par les réjouissances de la soirée qui, selon la comparaison de l’Écriture, étaient pour elle comme du vinaigre sur du nitre.

– Oui, en vérité, s’écria Sam, regorgeant de victuailles et de gloire, et se levant pour la péroraison: oui, compagnons et frères, et dames des aut’ sexes en général, j’ai des principes – je m’en vante; ils pressistent à ce jour et à tous les jours; – j’ai des principes et je m’y cramponne. – Dès que Sam pense un principe être là, Sam y courir; – on peut brûler Sam tout vif, Sam courir au poteau; – Sam aller et dire: Ici moi suis venu, moi, Sam, répand’ mon dernier sang pour mes principes, pour ma patrie, et pour les générals intérêts de la société.

– Eh bien, reprit tante Chloé, qu’un de tes principes soit d’aller te coucher, et vite! Comptes-tu les tenir là toute la nuit? Maintenant à vous aut’, petite engeance! celui qui ne veut pas être tapé n’a qu’à décamper au plus tôt.

– Nèg’s! et vous tous, dit Sam, faisant ondoyer sa feuille de palmier en saluant avec majesté: moi, vous bénis tous! Allez à vos lits, et soyez sages!»

Munie de cette bénédiction pathétique, l’assemblée se dispersa.

CHAPITRE X

D’où il appert qu’un sénateur n’est qu’un homme.

La lueur d’un feu joyeux, se reflétant sur les tasses et la brillante théière, éclairait gaiement le foyer et le tapis du riant petit salon où le sénateur Bird tirait ses bottes, avant de glisser ses pieds dans les douillettes pantoufles que, durant la session du Congrès, sa femme venait de lui broder.

Madame Bird, l’air ravi, tout en surveillant les arrangements de la table, distribuait çà et là quelques avertissements à un tas de petits espiègles lancés dans toutes les gambades et malices folâtres qui, depuis le déluge, étonnent si constamment les mères.

«Tommy, laisse en paix le bouton de la porte; – là! voilà un bon garçon! – Mary, Mary, ne tire pas la queue du chat: pauvre minet! – Jim, il ne faut pas grimper sur la table, – non; du tout, du tout! – C’est une si bonne surprise pour nous tous de vous avoir là ce soir! dit-elle enfin à son mari dès qu’elle en trouva le moment.

– Oui, oui; j’ai pensé que j’avais juste le temps de venir me reposer une soirée près de vous, et de passer au logis une nuit tranquille Je suis harassé! j’ai la tête rompue!

Madame Bird lança un coup d’œil au flacon de camphre que laissait apercevoir une armoire entr’ouverte; elle se levait, M. Bird l’arrêta.

– Non, non, Marie, pas de drogues! une tasse de votre thé, bien chaud, et quelques heures de bien-être au logis, voilà tout ce que je veux. Faire des lois est, ma foi, une rude besogne!

Et le sénateur sourit, heureux de se considérer comme une victime offerte à la patrie.

– Eh bien, dit sa femme lorsque ses occupations autour de la table commencèrent à se ralentir, qu’ont-ils donc fait au sénat?»

Or, c’était chose inouïe pour la douce petite madame Bird de se troubler la tête des affaires des chambres législatives, ce qui se passait dans les siennes suffisant de reste à l’occuper. M. Bird ouvrit donc de grands yeux, comme il lui répondait: «Rien de bien important.

– Bon! alors il n’est pas vrai qu’on ait fait une loi pour défendre de donner à boire et à manger aux pauvres gens de couleur qui passent par ici? On prétendait qu’il était question de quelque chose de semblable; jamais législature chrétienne n’adopterait pareille loi!