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Émeutes sécessionnistes sur la Nouvelle-Terre et sur Alliance-Maui. Attaques terroristes des royalistes de Glennon-Height (qui n’avaient pas fait parler d’eux depuis trois quarts de siècle) contre Thalia, Armaghast, Nordholm et Lee III. Nouvelles manifestations violentes des adorateurs du gritche sur Tsingtao-Hsishuang Panna et sur le vecteur Renaissance.

Le Commandement d’Olympe de la Force prélève des bataillons de combat sur les transports en provenance d’Hypérion pour les transférer dans les mondes du Retz. Les brigades de destruction affectées aux vaisseaux-torches dans les systèmes menacés signalent la mise en place de sphères de singularité distrans piégées, qui n’attendent pour exploser que le signal mégatrans de TC2.

— Il existe un meilleur moyen, affirme le conseiller Albedo devant Gladstone et son conseil de guerre.

La Présidente se tourne vers l’ambassadeur du TechnoCentre.

— Il existe une arme capable d’éliminer les Extros sans nuire aux matériels de l’Hégémonie, ni à ceux des Extros, au demeurant.

Le général Morpurgo lui jette un regard noir.

— Vous voulez parler de l’équivalent du bâton de la mort sous forme de bombe. Ça ne peut pas marcher. Les experts de la Force ont démontré que les effets se propageraient indéfiniment. Non seulement de telles méthodes seraient déshonorantes vis-à-vis du code d’honneur du Nouveau Bushido, mais les populations locales risqueraient d’être tout aussi touchées que les envahisseurs.

— Pas nécessairement, riposte Albedo. Si les citoyens de l’Hégémonie disposent d’abris adéquats, il n’y a aucune raison pour qu’ils en souffrent. Comme vous le savez, les bâtons de la mort peuvent être calibrés pour agir uniquement sur certaines longueurs d’ondes cérébrales. On pourrait concevoir une bombe selon les mêmes principes. Ni le bétail, ni les animaux, ni même les autres espèces anthropoïdes ne seraient affectés.

Le général Van Zeidt, des marines de la Force, se lève.

— Il n’existe aucun moyen d’abriter des populations entières. Nos essais ont démontré que les neutrinos lourds d’une telle bombe de la mort pénétreraient une paroi rocheuse ou métallique de six kilomètres d’épaisseur. Personne ne dispose d’abris semblables !

La projection du conseiller Albedo croise les mains sur la table.

— Nous disposons de neuf planètes munies d’abris capables de contenir des milliards de personnes, dit-il d’une voix tranquille.

Gladstone hoche la tête.

— Les planètes labyrinthiennes, murmure-t-elle. Mais un tel transfert de populations ne serait-il pas quasi impossible à mettre en œuvre ?

— Pas du tout. Maintenant que vous avez relié Hypérion aux autres protectorats, chacun de ces neuf mondes possède ses propres facilités distrans. Le Centre peut se charger d’organiser le transfert de toutes les populations concernées.

Un murmure court autour de la longue table, mais le regard intense de Meina Gladstone ne quitte pas une seconde le visage d’Albedo. D’un geste impérieux, elle demande le silence, qui s’établit aussitôt.

— Donnez-nous des détails, dit-elle. Nous sommes intéressés.

Le consul, adossé au tronc d’un néville dans l’ombre moirée du feuillage bas, n’attend plus que la mort. Ses mains sont ligotées derrière lui avec une tresse de fibroplaste. Ses vêtements en haillons sont encore partiellement humides. Son visage est baigné de transpiration.

Les deux hommes ont fini de fouiller ses affaires.

— Bordel ! fait le premier. Y’a rien dans tout ça qui vaut un pet de lapin à part ce putain de flingue de ma grand-mère.

Il glisse à sa ceinture le revolver du père de Lamia.

— Dommage qu’on n’a pas pu récupérer ce putain de tapis volant, grommelle le deuxième.

— Il avait plutôt du mal à tenir en l’air, sur la fin ! s’esclaffe le premier homme, bientôt imité par le deuxième.

Le consul examine les deux personnages à travers ses paupières bouffies. Leurs armures massives se découpent en contre-jour dans le soleil couchant. D’après leur accent, il suppose que ce sont des locaux. Mais leur aspect général, avec leurs morceaux d’armures anciennes de la Force, leurs lourds fusils d’assaut polyvalents et leurs vêtements rapiécés en polymère de camouflage, donne à penser qu’il s’agit de déserteurs d’une quelconque force territoriale paramilitaire d’Hypérion.

D’après leur comportement à son égard, il est à peu près certain qu’ils ont l’intention de le tuer.

Au début, étourdi par sa chute dans le fleuve Hoolie, gêné par les cordes qui l’attachaient au tapis hawking et à son sac, il croyait qu’ils venaient lui porter secours. Le choc avec la surface avait été rude, il était resté sous l’eau beaucoup plus longtemps qu’il ne l’aurait cru possible sans se noyer, et il n’avait refait surface que pour se sentir emporté par un très fort courant, toujours empêtré dans les cordes. Il s’était battu vaillamment, mais il n’avait aucune chance. C’était à ce moment-là que les deux hommes étaient sortis de l’ombre de la forêt de névilles et d’épineux pour lui lancer une corde. Ils l’avaient roué de coups, puis attaché à un tronc. Après avoir vidé par terre toutes les affaires contenues dans son sac, ils s’apprêtaient, de toute évidence, à lui trancher la gorge et à abandonner son cadavre aux charognards.

Le plus grand des deux, dont les cheveux ressemblent à une masse de ficelles huileuses, s’accroupit devant lui et sort d’un fourreau un poignard zérolame en céramique.

— Tes dernières volontés, papa ?

Le consul passe le bout de sa langue entre ses lèvres. Il a vu mille films ou holos dans lesquels, à ce stade, le héros fait un croc-en-jambe à son premier adversaire, neutralise le second d’un coup de pied bien placé, s’empare d’une arme et expédie les deux mécréants dans l’autre monde, les mains toujours attachées, avant de se lancer dans la suite passionnante de ses aventures. Mais le consul ne se sent pas l’étoffe d’un héros. Il est vieux et épuisé, meurtri par sa chute dans le fleuve. Ses adversaires sont tous les deux plus forts, plus rapides et plus agressifs, visiblement, qu’il n’est capable de l’être. Il a assisté à maintes reprises à des scènes de violence, il a même commis une fois un acte de violence, mais ses inclinations et sa formation l’ont plutôt orienté, dans la vie, vers les voies plus pacifiques de la diplomatie.

Il s’humecte de nouveau les lèvres pour murmurer :

— Je peux vous payer une rançon.

L’homme accroupi sourit en faisant aller et venir le zérolame devant les yeux du consul, à cinq centimètres de distance.

— Avec quoi, papa ? Ta carte universelle ? Ça vaut pas un clou de cercueil par ici.

— De l’or, fait le consul, qui sait que ce mot magique est le seul à avoir conservé son pouvoir à travers les âges.

L’homme accroupi n’a eu aucune réaction. Une lueur morbide brille dans ses yeux fixés sur le zérolame. Mais le deuxième s’avance et pose une main massive sur son épaule.