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— Rien révélé, répète Hunt en hochant la tête. Bon, si vous m’expliquiez comment on fait pour sortir de ce fichu endroit ? Gladstone a besoin de moi. Elle ne peut pas… Il y a des dizaines de décisions vitales à prendre dans les heures qui viennent.

Il bondit sur ses pieds et court se mettre au centre de la route, débordant d’énergie, pendant que je mâchonne mon brin d’herbe.

— À mon avis, il est impossible de sortir d’ici.

Il fonce sur moi comme s’il voulait m’étriper.

— Vous êtes fou ? Comment ça, impossible ? C’est complètement dingue ! Pourquoi le Centre ferait-il une telle chose ?

Il marque un temps d’arrêt, puis reprend :

— Ils veulent vous empêcher de lui parler. Vous savez quelque chose que le Centre ne veut pas prendre le risque de la voir apprendre.

— C’est possible.

Il lève la tête vers le ciel pour crier :

— Gardez-le si vous voulez, mais laissez-moi partir !

Personne ne lui répond. Au loin, au-dessus des vignes, un gros oiseau noir prend son vol. Je pense qu’il s’agit d’un corbeau. Je me souviens du nom de cette espèce en extinction comme si cela venait d’un rêve.

Au bout d’un moment, Hunt renonce à s’adresser au ciel et se met à faire les cent pas sur la route empierrée.

— Venez, murmure-t-il. Il y a peut-être un terminex au bout de cette route.

— C’est possible, lui dis-je en cassant le brin d’herbe pour en conserver uniquement la partie supérieure, sèche et sucrée. Mais de quel côté voulez-vous aller ?

Il se tourne, à gauche, puis à droite, vers les collines où la route disparaît.

— En franchissant la porte, nous faisions face à… cela, me dit-il en désignant un bosquet où la route descend se perdre.

— Jusqu’où irons-nous ?

— Quelle importance, sacré bon Dieu ? Il faut bien que nous allions quelque part !

Je résiste à l’envie de sourire.

— Très bien.

Je me lève. J’époussette mon pantalon. Les rayons du soleil me chauffent le visage et le front. Après la pénombre froide et chargée d’encens de la basilique, cela me fait un choc. L’air, ici, semble brûlant, en comparaison. Mes vêtements sont déjà mouillés de transpiration.

Hunt descend le versant de la colline d’un pas énergique, les poings crispés. Sa physionomie morose, pour une fois, est agrémentée d’une expression d’intense résolution.

Je le suis de loin, sans me presser, le brin d’herbe à la bouche, les yeux à demi clos de lassitude.

Le colonel Fedmahn Kassad poussa un cri perçant et attaqua le gritche. Le paysage surréaliste et hors du temps, version minimaliste, faite par un décorateur de théâtre, de la vallée des Tombeaux du Temps, qui ressemblait à un décor moulé dans du plastique et enrobé d’un cocon d’atmosphère visqueuse, donnait l’impression de vibrer sous la violence de l’assaut.

L’espace d’un instant, il avait vu l’image multiple, comme reflétée par une série de miroirs, d’un grand nombre de gritches répartis dans la vallée, occupant la plaine nue. Mais son cri avait eu pour effet de les rassembler en un seul monstre qui s’avançait maintenant, les quatre bras écartés comme pour l’accueillir contre sa carapace hérissée de lames et de piquants.

Kassad ignorait jusqu’à quel point la combinaison à énergie qu’il portait, cadeau de Monéta, le protégerait au combat. Elle lui avait été utile, des années auparavant, lorsque Monéta et lui avaient attaqué les soldats extros de deux vaisseaux de descente. Mais ils avaient eu le temps pour allié, en cette occasion. Le gritche avait figé et défigé les tranches de moments comme un spectateur blasé qui joue avec la télécommande d’une fosse holo. Aujourd’hui, ils se trouvaient totalement hors du temps, et le gritche était l’ennemi au lieu de jouer le rôle d’un effrayant protecteur. Kassad lança de nouveau son cri, baissa la tête et attaqua, oubliant Monéta qui le regardait, oubliant l’impossible arbre aux épines qui se dressait jusqu’aux nuages avec ses occupants empalés sur ses terribles branches, oubliant tout de lui-même à l’exception du fait qu’il était une machine de guerre, un instrument de vengeance.

Le gritche ne disparut pas de la manière habituelle. Il ne cessa pas d’être en un endroit pour se retrouver dans un autre. Il s’accroupit légèrement en ouvrant plus grand les bras. Les lames de ses doigts captèrent la lumière du ciel tourmenté. Ses dents de métal jetèrent des éclats tandis qu’il faisait l’équivalent d’un sourire.

Kassad sentit la fureur monter en lui. Il n’était pas fou au point d’aller se jeter dans les bras de ce monstre de mort. Il fit un bond de côté au dernier moment, exécutant un roulé-boulé sur une épaule, fauchant au passage l’un des membres inférieurs du monstre, au-dessous du bouquet d’épines de son genou, au-dessus de la structure équivalente de sa cheville.

Si je pouvais le faire tomber…

C’était comme s’il avait donné un coup de pied dans un tuyau coulé dans un bloc de béton de cinq cents mètres de long. La jambe de Kassad aurait été brisée net si la combinaison ne l’avait pas protégée en agissant comme une armure et un amortisseur.

Le gritche fit un mouvement, d’une rapidité impressionnante mais non impossible. Ses deux bras droits fendirent l’air en un mouvement tournant, d’abord vers le haut, puis vers le bas, exécuté comme un tourbillon. Les lames de dix doigts gravèrent dans le sable et la pierre des sillons d’une précision chirurgicale. Les épines des bras faisaient voler des étincelles tandis que les mains continuaient de monter, lacérant l’air avec un sifflement audible. Mais Kassad était hors de portée. Continuant son roulé-boulé, il se rétablit sur ses pieds, accroupi, les bras tendus devant lui, paumes à plat, doigts rigides.

Un combat singulier. Le plus honorable des sacrements du Nouveau Bushido.

Le gritche feinta de nouveau de ses bras droits et fit un moulinet de haut en bas avec son bras gauche inférieur. Le coup avait assez de violence pour fracasser les côtes de Kassad et faire voler son cœur comme un ballon de rugby. Kassad bloqua la feinte des bras droits et de son avant-bras gauche. Il sentit la peau de l’armure lui entrer dans les chairs et lui écraser l’os sous la pression du coup de bélier. En même temps, il intercepta la trajectoire meurtrière du bras gauche en happant au passage, de la main droite, le poignet du monstre, juste au-dessus des piquants incurvés de son articulation. Chose incroyable, il parvint à ralentir et à détourner suffisamment le coup pour que les scalpels éraflent la surface de sa combinaison au lieu de pénétrer profondément dans ses chairs.

Il fut presque soulevé du sol par l’impact. Seul le mouvement vers le bas de la première feinte du gritche l’empêcha de voler en arrière. La transpiration coulait à flots sous la combinaison. Ses muscles étaient tendus à se déchirer durant les vingt interminables secondes que dura la séquence, juste avant que le gritche fasse intervenir son quatrième bras, qui faucha la jambe de Kassad.

Il hurla tandis que le champ protecteur de la combinaison cédait et que la chair se fendait. Une lame au moins passa tout près de l’os. Il lança son autre pied sur le poignet du gritche pour lui faire lâcher prise et roula de côté en poussant un hurlement de rage.

Le gritche frappa à deux reprises. Le second coup siffla à quelques millimètres de l’oreille de Kassad. Puis le gritche fit un bond en arrière, se ramassa et se déplaça légèrement sur sa droite.

Kassad se releva sur son genou gauche, faillit tomber, puis se mit debout en chancelant, espérant vaguement trouver son équilibre. La douleur rugissait à ses oreilles et remplissait l’univers d’une lumière rouge. Grimaçant, trébuchant, sur le point de perdre conscience, il sentit cependant la combinaison se refermer sur la blessure, jouant le double rôle de pansement et de garrot. Sa jambe gauche était ensanglantée, mais le sang ne coulait plus, et la douleur était devenue presque tolérable, comme si la combinaison était dotée des mêmes auto-injecteurs médipac que son armure de combat de la Force.