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— Docteur Melio Arundez, fit l’homme.

Il s’éloignait déjà en direction de l’endroit où attendait Théo. Le consul pressa le pas pour le rejoindre.

— Arundez… murmura-t-il.

Le nom lui disait quelque chose, mais…

— Arundez ! s’écria-t-il soudain. Mon Dieu ! Vous étiez l’ami de Rachel Weintraub quand elle est venue ici il y a plusieurs dizaines d’années !

— Son conseiller universitaire, plus exactement. Et je sais qui vous êtes. Vous avez participé au pèlerinage avec Sol.

Ils s’arrêtèrent à l’endroit où Théo attendait, la tête entre les mains.

— Mon glisseur est là-bas, leur dit Arundez.

Le consul aperçut un petit Vikken Zéphyr à deux places, garé sous les arbres.

— C’est parfait, dit-il. Nous conduirons d’abord Théo à l’hôpital. Ensuite, il faut que je gagne d’urgence le port spatial.

— L’hôpital est saturé au-delà de tout ce qui est raisonnable. Si vous avez l’intention de reprendre votre vaisseau, vous feriez mieux d’utiliser votre infirmerie de bord pour lui donner des soins.

— Comment savez-vous que j’ai un vaisseau là-bas ? demanda le consul, surpris.

Arundez commanda l’ouverture du diaphragme de la porte et aida Théo à s’installer sur l’étroite banquette du fond, derrière les sièges anatomiques de l’avant.

— Je suis au courant de tout ce qui vous concerne, vous et les autres pèlerins. Il y a des mois que j’essaie d’obtenir l’autorisation de me rendre dans la vallée des Tombeaux du Temps. Vous ne pouvez pas savoir à quel point je me suis senti frustré lorsque j’ai appris que votre barge était partie en grand secret avec Sol à bord.

Il prit une longue inspiration avant de poser une question qui lui brûlait visiblement les lèvres depuis un bon moment.

— Est-ce que Rachel est toujours vivante ?

Le consul savait que Rachel avait été son amie avant sa maladie.

— Je l’ignore, répondit-il. Je fais mon possible pour arriver à temps là-bas pour l’aider.

Melio Arundez hocha la tête et s’assit dans le fauteuil de pilotage en faisant signe au consul de prendre l’autre place.

— Je vais tâcher de vous conduire au port spatial. Ce ne sera pas facile, avec tous les combats qui se déroulent dans le secteur.

Le consul essaya de se relaxer. Il sentit ses plaies, ses courbatures et son épuisement général remonter à la surface tandis que le harnais du siège se resserrait autour de lui.

— Il faut d’abord que nous déposions Théo… le gouverneur général… au consulat, ou à la Maison du Gouvernement, comme on doit l’appeler maintenant.

Arundez secoua la tête et mit les répulseurs en marche.

— Il n’y a plus de consulat, dit-il. Un missile perdu l’a détruit, selon les dernières informations dont je dispose. Tout le personnel diplomatique était déjà au port spatial, attendant d’être évacué, avant même que votre ami ne parte à votre recherche.

Le consul se tourna vers Théo, à présent à demi inconscient.

— Ne perdons pas de temps, dans ce cas, murmura-t-il.

Le glisseur essuya un tir d’armes individuelles automatiques au moment où ils franchissaient le fleuve. Mais les fléchettes ricochèrent sur la coque, et le seul rayon d’énergie dirigé contre eux fendit l’air derrière leur engin, créant un nuage de vapeur de dix mètres de haut.

Arundez zigzaguait comme un fou, cabrant l’engin, l’inclinant sur l’aile, piquant du nez, perdant son assiette pour la retrouver in extremis, tournoyant en glissant sur son axe vertical comme une assiette lancée à la surface d’une mer de billes. Le harnais du siège anatomique du consul le retenait étroitement, mais il avait l’estomac qui menaçait de lui sortir par la gorge. À l’arrière, la tête de Théo était ballottée de tous les côtés, et il semblait avoir totalement perdu connaissance.

— Le centre de la ville est dans un état lamentable ! hurla Arundez pour couvrir le rugissement des répulseurs. Je vais essayer de suivre l’ancien viaduc jusqu’à l’autoroute du port spatial, puis je couperai à travers la campagne, à très basse altitude.

Ils firent une nouvelle embardée pour éviter un immeuble en flammes. Avec un choc, le consul reconnut au dernier moment son ancienne résidence.

— L’autoroute est toujours ouverte ? demanda-t-il.

Arundez secoua la tête.

— On ne passera jamais. Depuis une trentaine de minutes, tout le secteur grouille de chuteurs ennemis.

— Les Extros ont l’intention de détruire la ville ?

— Je ne crois pas. Ils auraient pu le faire plus facilement avec leurs moyens en orbite. Je pense qu’ils vont plutôt investir la capitale. Leurs vaisseaux de descente et leurs chuteurs se posent à une dizaine de kilomètres du centre.

— Ce sont nos territoriaux qui résistent ?

Arundez se mit à rire. Ses dents très blanches luisaient par contraste avec sa peau mate.

— Les territoriaux, à l’heure qu’il est, sont à mi-chemin d’Endymion et de Port-Romance. Mais les derniers rapports, il y a dix minutes, avant que les lignes com ne soient toutes embouteillées, annonçaient qu’il y avait également des combats dans ces villes. Non… Les seules forces qui résistent encore sont les marines affectés à la garde de la cité et du port spatial. Cependant, ils ne sont plus que quelques dizaines.

— Les Extros n’ont donc pas encore détruit ou pris le port spatial.

— Aux dernières nouvelles, non, pas encore. Mais nous allons bientôt savoir à quoi nous en tenir. Agrippez-vous !

Le voyage de dix kilomètres jusqu’au port spatial, par l’autoroute des personnalités officielles ou par les couloirs de circulation aérienne qui la doublaient, ne durait ordinairement pas plus de quelques minutes, mais l’itinéraire suivi par Arundez autour des collines, au ras des vallées et entre les arbres rendait le trajet plus long et plus intéressant. Le consul tourna la tête pour contempler les versants, sur sa droite, où brûlaient des camps de réfugiés. Des hommes et des femmes, tapis sous les arbres ou derrière des rochers, baissèrent la tête sur leur passage. Le consul aperçut un détachement de marines de la Force retranchés au sommet d’une colline, mais leur attention semblait se concentrer exclusivement au nord, d’où venaient des successions de rayons laser. Arundez vit les marines en même temps que lui, et fit une violente embardée sur sa gauche, piquant vers le fond d’un ravin à peine quelques secondes avant que les sommets des arbres de la crête ne soient tranchés comme par une cisaille invisible.

Ils regrimpèrent, à la sortie du ravin, par-dessus la crête finale, et les grilles du port spatial apparurent devant eux. Toute la zone était illuminée par les halos bleus et violets des champs de confinement ou d’interdiction. Ils n’étaient plus qu’à un kilomètre des installations lorsqu’un laser de visée à faisceau serré troua soudain le ciel et le balaya jusqu’à ce qu’il les trouve tandis qu’une voix, à la radio, ordonnait :

— Glisseur non identifié, posez-vous immédiatement ou vous serez détruit.

Arundez obtempéra.

La ligne d’arbres, dix mètres plus loin, sembla se mettre à miroiter. Soudain, ils furent entourés de spectres en combinaison de polymère caméléon activée. Arundez avait ouvert les bulles du cockpit. Des fusils d’assaut se braquèrent sur les deux occupants du glisseur.

— Descendez immédiatement de cet engin, fit une voix désincarnée derrière le miroitement du dispositif de camouflage.

— Le gouverneur général est avec nous, leur cria le consul. Laissez-nous entrer !

— Épargnez-nous vos conneries ! lança une voix qui avait l’accent du Retz. Et descendez de là !