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Il se racla la gorge, puis lui raconta son voyage à travers les galeries où s’entassaient les morts, sa translation sur un vaisseau de la Force et sa rencontre avec Severn sur Pacem.

— Vous êtes sûr que Severn venait ici ? à la Maison du Gouvernement ?

— Oui. Il était avec votre collaborateur, Hunt. Ils voulaient tous les deux revenir ici.

Gladstone hocha la tête. Elle toucha prudemment l’épaule du prêtre à un endroit où il n’avait pas de brûlure.

— Les évènements vont très vite, dit-elle. Severn nous manque, de même que Leigh Hunt. J’ai besoin d’un conseiller sur les affaires d’Hypérion. Voulez-vous rester avec moi ?

Duré parut quelques instants troublé.

— Il faut que je retourne là-bas, sur Hypérion, H. Présidente, dit-il enfin. Sol et les autres m’attendent.

— Je comprends, fit Gladstone d’une voix apaisante. Dès qu’il y aura une possibilité, je vous promets de faciliter votre voyage. En attendant, le Retz est sous le coup d’une brutale offensive. Des millions de personnes sont en train de mourir ou en danger de mort. J’ai besoin de votre aide, père Duré. Puis-je compter sur vous en attendant ?

Le prêtre soupira, puis laissa retomber sa tête en arrière.

— C’est entendu, H. Présidente. Mais je ne vois pas très bien en quoi…

On frappa doucement à la porte à ce moment-là. Sedeptra Akasi entra, et tendit un message sur pelure à la Présidente. Celle-ci sourit en en prenant connaissance.

— Quand je vous disais que les choses vont très vite, mon père. Écoutez cette nouvelle. Ce message de Pacem nous informe que le Collège des cardinaux s’est réuni dans la chapelle Sixtine… (Elle haussa un sourcil.) J’ai oublié, il s’agit bien de la vraie chapelle Sixtine ?

— Oui. L’Église l’a démontée, pierre par pierre, fresque par fresque, pour la transférer sur Pacem quelque temps après la Grande Erreur.

Gladstone baissa les yeux vers la pelure pour reprendre sa lecture.

— S’est réuni dans la chapelle Sixtine pour procéder à l’élection d’un nouveau pontife.

— Si tôt ? murmura Duré en fermant de nouveau les yeux. Ils ont dû estimer, eux aussi, qu’il n’y avait pas de temps à perdre. Pacem se trouve à… une dizaine de jours, je pense, de la vague d’invasion extro. Mais ils sont quand même allés un peu vite en besogne…

— Vous n’êtes pas curieux de savoir le nom du nouveau pape ?

— Ce doit être ou bien le cardinal Antonio Guarducci, ou bien le cardinal Agostino Ruddell. Personne d’autre, à mon avis, ne pouvait rassembler si vite une majorité suffisante…

— Ni l’un ni l’autre. D’après l’évêque Édouard, de la curie romaine…

— L’évêque Édouard ! Pardonnez-moi, H. Présidente. Continuez, je vous prie.

— D’après l’évêque Édouard, le Collège des cardinaux a élu, pour la première fois dans l’histoire de l’Église, quelqu’un dont le rang était inférieur à celui de monsignore. Il est écrit ici que le nouveau pape serait un prêtre jésuite du nom de… Paul Duré.

Malgré ses blessures, celui-ci se redressa dans son caisson flottant.

— Que dites-vous ? fit-il d’une voix incrédule.

Gladstone lui tendit la pelure.

— Lisez vous-même.

— C’est impossible, murmura Duré. Aucun pontife n’a jamais été élu au-dessous du grade de monsignore, sauf symboliquement, une fois ; il s’agissait de saint Belvédère, après la Grande Erreur et le miracle de… Non, non, c’est tout à fait impossible.

— L’évêque Édouard essaie de vous joindre depuis tout à l’heure, d’après ma collaboratrice. Si vous voulez, nous allons vous transmettre l’appel ici, mon père. Ou bien dois-je dire Votre Sainteté ? ajouta-t-elle sans laisser percer aucune ironie dans sa voix.

Duré leva les yeux vers elle, encore trop abasourdi pour parler.

— Je vous fais transmettre la communication, reprit Gladstone. Nous veillerons à ce que vous puissiez gagner Pacem aussi rapidement que possible, Votre Sainteté, mais je vous serais reconnaissante de ne pas perdre le contact avec nous. J’ai réellement besoin de vos conseils.

Duré hocha la tête et regarda de nouveau la pelure. Le téléphone posé sur une tablette à côté de la cuve se mit à clignoter.

La Présidente sortit dans le couloir, mit les médecins au courant de la nouvelle, puis contacta ses services de sécurité afin d’autoriser les déplacements distrans de l’évêque Édouard et des autres dignitaires de l’Église à partir de Pacem. Puis elle se distransporta dans ses appartements de l’aile résidentielle. Sedeptra lui rappela que le conseil de guerre reprenait sa session dans huit minutes. Gladstone hocha la tête, attendit que sa collaboratrice reparte, et retourna jusqu’à la niche de mégatransmission dissimulée dans le mur. Elle activa les champs de protection sonique anti-écoutes, et introduisit la disquette de transmission codée destinée au vaisseau du consul. Tous les récepteurs mégatrans du Retz, des confins, de la galaxie et de l’univers allaient recevoir la salve, mais seul le vaisseau du consul serait en mesure de la décoder. Il fallait du moins l’espérer.

Le voyant rouge de la caméra holo clignota. Gladstone se pencha vers le micro pour prononcer d’une voix ferme et claire :

— À en juger par les salves automatiques émises par votre vaisseau, vous avez finalement choisi de rencontrer les Extros, et ils vous ont laissé approcher. Je supposerai donc que vous avez survécu à la première entrevue.

Elle reprit sa respiration.

— Au nom de l’Hégémonie, reprit-elle, je vous ai demandé beaucoup de sacrifices au fil des ans. Aujourd’hui, c’est au nom de l’humanité que j’aimerais vous voir éclaircir les points suivants :

« Premièrement, pourquoi les Extros attaquent-ils et détruisent-ils les mondes du Retz ? Vous étiez convaincu, de même que Byron Lamia et moi-même, qu’ils ne s’intéressaient qu’à Hypérion. Pourquoi ont-ils changé d’attitude sur ce point ?

« Deuxièmement, où se trouve le TechnoCentre ? Il faut absolument que je le sache, pour le cas où nous aurions à le combattre. Les Extros auraient-ils oublié que le Centre est notre ennemi commun ?

« Troisièmement, quelles sont leurs exigences en échange d’un cessez-le-feu immédiat ? Je suis prête à beaucoup de sacrifices pour nous débarrasser de la domination du Centre. Mais le massacre doit cesser !

« Quatrièmement, le dirigeant de l’Agrégat de l’Essaim accepterait-il de me rencontrer en personne ? Je suis disposée à me distransporter dans le système d’Hypérion, si nécessaire. La plus grande partie des éléments de notre flotte ont évacué le système, mais il reste un vaisseau portier, avec ses bâtiments d’escorte, à proximité de la sphère de singularité. Le dirigeant de l’essaim doit prendre sa décision très vite, car la Force insiste pour détruire cette sphère. Hypérion sera alors séparé du Retz par trois années de déficit temporel.

« Enfin, il est important que le dirigeant de l’essaim sache que le Centre voudrait nous faire utiliser une sorte de bâton de la mort de très forte puissance pour contrer l’invasion extro. Plusieurs responsables de la Force sont d’accord sur le principe. Il ne nous reste plus beaucoup de temps. Nous ne le permettrons pas, je le répète, nous ne permettrons pas que les Extros envahissent le Retz.

« À vous de jouer, maintenant. Veuillez accuser réception du présent message, et me tenir au courant par mégatrans dès que les négociations auront commencé.

Elle regarda la caméra avec intensité, comme si elle voulait faire passer à travers les années-lumière la force de sa conviction et de sa sincérité.

— Je vous adjure, au nom de ce que l’humanité a de plus cher et de plus sacré, de faire tout ce qui sera en votre pouvoir pour réussir dans cette mission.