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— C’est la seule chose raisonnable à faire. Limiter les dégâts. Même si nous perdons TC2 et deux douzaines d’autres mondes, le Retz sera encore en état de produire d’incroyables quantités de matériel de guerre. En neuf mois, les choses changeront déjà. Et il faudra des années aux Extros pour pénétrer jusqu’au cœur de l’Hégémonie. Nous devrions pouvoir les battre, à la longue, par le seul poids de notre production industrielle.

Le ministre de la Défense, Imoto, secoua la tête.

— La première et la deuxième vague sont en train de détruire des sources de matière première irremplaçables. Les conséquences pour l’économie du Retz seront désastreuses.

— Avons-nous le choix ? demanda le sénateur Peters, de Deneb Drei.

Tous les regards se tournèrent vers le personnage assis à côté du conseiller IA Albedo.

Comme pour souligner l’importance du moment, une nouvelle personnalité IA avait été admise à la table du conseil de guerre. C’était elle qui avait fait la démonstration de la nouvelle arme improprement dénommée « bâton de la mort ». Le conseiller Nansen était de sexe mâle et de haute taille. Son teint était bronzé, son expression convaincante et impressionnante. Il inspirait la confiance et rayonnait de ce charisme rare qui caractérise les gens faits pour commander et qui impose le respect et la dévotion à tous ceux qui les approchent.

Meina Gladstone avait détesté et redouté le nouveau conseiller dès qu’elle l’avait vu. Elle sentait que cette projection avait été créée par des experts IA pour susciter précisément le type de réaction confiante et soumise qu’elle observait depuis un moment chez les autres humains assis autour de cette table. Et le message de Nansen, elle en avait bien peur, ne pouvait apporter que la mort.

L’arme, en réalité, faisait partie de la technologie du Retz depuis des siècles. Conçu par le TechnoCentre et limité dans son usage aux militaires de la Force et à quelques corps d’élite de la sécurité, telle la garde prétorienne de Gladstone, le bâton de la mort ne brûlait pas sa cible, ne la liquéfiait pas, ne la réduisait pas en cendres, n’explosait pas, ne tirait pas de projectiles, ne faisait aucun bruit, ne projetait aucun rayon visible, aucun spectre sonique. Il se contentait de faire mourir l’objectif.

À condition, toutefois, que celui-ci fût humain. La portée d’un bâton de la mort était limitée à une cinquantaine de mètres, mais tous ceux qui se trouvaient dans son champ de visée mouraient. Les animaux et les biens ne subissaient aucun dommage. À l’autopsie, les cadavres ne présentaient aucune lésion, à l’exception de quelques anomalies au niveau des synapses. Le bâton de la mort tuait les gens proprement. Les officiers de la Force le portaient à la ceinture depuis des générations comme arme de défense individuelle de courte portée et symbole d’autorité.

Aujourd’hui, avait révélé le conseiller Nansen, le TechnoCentre avait mis au point une arme qui utilisait le même principe, mais sur une plus grande échelle. Le Centre avait hésité à révéler son existence, mais, devant la terrible menace de l’invasion extro…

Les questions posées par les membres du conseil de guerre avaient été énergiques, parfois cyniques, et les militaires s’étaient montrés beaucoup plus sceptiques que les politiciens. Même si le bâton de la mort pouvait débarrasser l’humanité du péril extro, quelles seraient les conséquences sur les populations de l’Hégémonie ?

Il suffisait de les mettre à l’abri dans l’un des mondes labyrinthiens, avait répliqué Nansen en reprenant les arguments déjà cités par Albedo. Cinq mille mètres d’épaisseur de roche suffiraient à mettre tout le monde à l’abri des radiations mortelles.

Jusqu’où ces ondes de mort se propageaient-elles ?

Leur effet diminuait avec la distance, et le seuil mortel se situait à un peu moins de trois années-lumière.

Nansen s’exprimait avec la confiance tranquille d’un super-vendeur récitant pour la énième fois son super-boniment. Cette portée, disait-il, était suffisante pour débarrasser n’importe quel système de l’essaim qui l’attaquait. Les systèmes voisins ne seraient pas affectés. Quatre-vingt-douze pour cent des mondes du Retz se situaient à cinq années-lumière au moins du monde habité le plus proche.

— Et ceux qui ne peuvent pas être évacués ? avait demandé Morpurgo.

Le conseiller Nansen avait alors souri, en écartant les mains comme pour bien montrer qu’il n’y dissimulait rien. Il suffirait de ne pas activer la bombe tant que les autorités de l’Hégémonie n’auraient pas la certitude absolue que tous les citoyens étaient en sécurité. Après tout, ce seraient les humains qui contrôleraient entièrement cette arme.

Feldstein, Sabenstorafem, Peters, Persov et plusieurs autres s’étaient montrés aussitôt enthousiastes. Enfin une arme secrète capable de mettre fin à toutes les guerres. On pourrait lancer un ultimatum aux Extros. Organiser une démonstration.

Désolé, avait dit le conseiller Nansen en exhibant des dents aussi blanches et brillantes que la robe qu’il portait. Il ne pouvait y avoir de démonstration. L’arme ne fonctionnait qu’à pleine puissance, sur un secteur très vaste. Aucun effet physique ne pouvait être constaté, aucune onde de choc au-delà du niveau du neutrino ne pouvait être mise en évidence. Seuls les envahisseurs morts attesteraient le bon fonctionnement de l’arme.

La seule démonstration possible, avait expliqué le conseiller Albedo, c’était d’utiliser la bombe au moins sur un essaim.

L’enthousiasme des membres du conseil de guerre n’avait en rien diminué.

— Parfait, avait déclaré le speaker de la Pangermie, Gibbons. Choisissons un essaim, essayons l’arme sur lui, communiquons les résultats par mégatrans aux autres essaims, et donnons-leur un délai d’une heure pour suspendre leurs attaques. Ce n’est pas nous qui avons déclenché cette guerre. Mieux vaut causer la mort de quelques millions d’ennemis aujourd’hui que poursuivre une guerre qui fera des milliards de victimes au cours de la décennie qui vient.

— Hiroshima, avait murmuré Gladstone, dont c’était à peu près le seul commentaire de la journée.

Mais seule Sedeptra était suffisamment près d’elle pour l’entendre.

Morpurgo avait alors voulu savoir si les IA étaient certaines que les radiations seraient sans danger au-delà de trois années-lumière, et si des tests avaient été effectués.

Le conseillé Nansen s’était contenté de sourire. Répondre oui, c’était admettre qu’il y avait, quelque part, un monceau de cadavres humains dont personne n’avait entendu parler. Répondre non, c’était semer le doute sur la fiabilité de l’arme.

— Nous sommes certains que cela marchera, avait-il murmuré. Nos simulations sont à toute épreuve.

Les IA du groupe de Kiev avaient dit la même chose à propos de la première singularité distrans. Celle qui a détruit la Terre.

Gladstone garda cette pensée pour elle tandis que Morpurgo, Van Zeidt et leurs experts harcelaient Nansen en essayant de lui démontrer que Mare Infinitus ne pourrait jamais être évacuée assez rapidement et que le seul monde du Retz de la première vague d’invasion qui disposât d’un labyrinthe était Armaghast, qui se trouvait à moins d’une année-lumière de Pacem et de Svoboda.

Cela ne suffit pas, cependant, à désamorcer le sourire de Nansen.

— Vous voulez une démonstration, et c’est une demande qui paraît tout à fait légitime, leur dit-il. Vous désirez montrer, une fois pour toutes, aux Extros que vous ne tolérerez pas leur invasion, et vous avez le souci d’épargner un maximum de vies, en particulier celles des populations indigènes.