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Erlendur remarqua qu’ils avaient cessé de sourire d’un air narquois.

– En termes d’immobilier, cela s’appelle un vice caché et cela pose un sacré problème aux gens qui ne savent pas comment remédier au phénomène. L’affaissement du terrain génère une pression qui fait céder les tuyaux des égouts sous le sol. Avant même de s’en apercevoir, les gens envoient toutes leurs déjections directement dans les fondations. Cela peut durer un certain temps, car l’odeur ne filtre pas à travers la dalle. En revanche, il se forme des traces d’humidité sur le sol car, dans un certain nombre de ces immeubles, l’alimentation en eau chaude entre en collision avec la canalisation de l’égout et l’eau chaude s’écoule dans les fondations au moment où le tuyau cède. Il se forme alors de la chaleur et de la vapeur qui remonte à la surface, ce qui fait gondoler le parquet.

Erlendur bénéficiait maintenant de toute leur attention.

– Et c’est Marion qui t’a dit ça ? demanda Sigurdur Oli.

– Il faut alors casser le plancher, continua Erlendur, pour aller dans les fondations et réparer la canalisation. Les plombiers ont expliqué à Marion que parfois, quand ils allaient dans la dalle avec le marteau piqueur ou qu’ils y faisaient un forage, il arrivait qu’ils tombent sur du vide. Par endroits, la dalle est assez fine et il n’y a rien que du vide en dessous. Le terrain s’est affaissé de cinquante centimètres, voire de tout un mètre. Tout cela parce que c’est construit sur un marais.

Sigurdur Oli et Elinborg se regardèrent.

– Donc, ici, il n’y a rien que du vide sous le sol ? demanda Elinborg en tapant d’un pied.

Erlendur fit un sourire.

– Marion a réussi d’une manière que j’ignore à mettre la main sur un plombier qui était venu précisément dans cette maison l’année des commémorations du onze centenaire de la Colonisation. C’est une année qui sert de point de repère à beaucoup de gens et ce plombier se rappelait parfaitement être venu ici à cause d’un problème d’humidité dans le sol.

– Qu’est-ce que tu essaies de nous dire ? demanda Sigurdur Oli.

– Le plombier en question a fait une ouverture dans le sol. La dalle n’est pas très épaisse. Partout en dessous, il y avait du vide et cet homme est encore scandalisé que Holberg ne lui ait pas permis de finir le travail.

– Comment ça ?

– Il a fait un trou dans le sol, réparé la canalisation mais Holberg l’a ensuite mis à la porte en lui disant qu’il terminerait le boulot. Ce qu’il a fait.

Ils demeurèrent silencieux jusqu’à ce que Sigurdur Oli cède à son impatience :

– Marion Briem ? dit-il. Marion Briem !

Il répétait ce nom comme si c’était un mot qu’il ne comprenait pas. Erlendur ne s’était pas trompé. Il était trop jeune pour se souvenir du temps où Marion travaillait dans la police. Il répétait le nom sans cesse comme s’il s’agissait d’une énigme incompréhensible, il s’arrêta brusquement, prit un air pensif et demanda enfin :

– Attends un peu, Marion ? Marion ? Qu’est-ce que c’est que cette Marion ? D’ailleurs, quel drôle de nom ! C’est un homme ou une femme ?

Sigurdur Oli regardait Erlendur d’un air inquisiteur.

– Il m’arrive à moi-même de me poser la question, répondit Erlendur en attrapant son téléphone portable.

27

La police scientifique avait commencé à retirer tous les revêtements de sol dans chacune des pièces de l’appartement, la cuisine, la salle de bain et la petite entrée. Il avait fallu toute la journée pour obtenir les autorisations nécessaires à l’opération. Erlendur avait exposé son raisonnement au cours d’une réunion avec le préfet de police qui convint, même si c’était de mauvaise grâce, qu’il pesait assez de soupçons pour aller fouiller les fondations de l’appartement de Holberg. L’affaire fut traitée prioritairement à cause du meurtre qui venait d’être commis dans l’immeuble.

Erlendur avait relié la nécessité des fouilles à la recherche du meurtrier de Holberg, il avait laissé entendre que Grétar pouvait parfaitement être encore en vie et être l’auteur du crime. La police faisait d’une pierre deux coups. Si les soupçons de Marion Briem s’avéraient fondés, cela exclurait Grétar comme meurtrier et résoudrait l’énigme d’une disparition datant de vingt-cinq ans.

On prit le plus gros modèle de camionnette disponible pour y placer tout le mobilier de Holberg, à part les étagères fixées aux murs et leur contenu. La nuit était déjà tombée au moment où elle recula jusqu’à l’immeuble. Peu de temps après, un engin arriva, sur lequel avait été fixé un marteau piqueur. Des enquêteurs de la police scientifique s’étaient regroupés aux abords de l’immeuble, bientôt rejoints par d’autres policiers de la criminelle. Nulle trace des habitants de l’immeuble.

Il avait plu toute la journée, comme au cours des jours précédents. Mais il tombait maintenant une bruine fine, ondulant au gré du vent froid de l’automne, qui mouillait le visage d’Erlendur, lequel se tenait à l’écart, sa cigarette entre les doigts. A ses côtés, il y avait Sigurdur Oli et Elinborg. Un petit groupe de badauds s’était rassemblé devant l’immeuble, mais ils ne s’aventuraient pas trop près. Parmi eux se trouvaient des journalistes, des cameramen de la télévision et des photographes des journaux. Les voitures, qu’elles soient grosses ou petites, portant les logos de la presse étaient garées un peu partout dans le quartier et Erlendur, qui avait interdit tout échange avec les journalistes, se demanda s’il devait les faire évacuer.

L’appartement de Holberg fut bientôt totalement vide. La grosse camionnette attendait à l’entrée de l’immeuble qu’on décide ce qu’il fallait faire du mobilier. Erlendur finit par donner l’ordre d’emmener le tout dans les remises de la police. Il vit les hommes emporter les revêtements de sol et la moquette de l’appartement et les mettre dans la camionnette qui disparut de la rue à grand bruit. Le chef de la police scientifique salua Erlendur d’une poignée de main. Il s’appelait Ragnar, c’était un homme grassouillet d’une cinquantaine d’années et il avait une touffe de cheveux noirs, tout ébouriffés. Il avait fait ses études en Grande-Bretagne, ne lisait rien d’autre que des romans policiers britanniques et cultivait une passion pour les séries policières anglaises qu’on diffusait à la télévision.

– Qu’est-ce que tu nous fais faire encore comme bêtise ? demanda-t-il en jetant un œil vers la presse. Il avait dit cela d’un ton jovial. L’idée d’aller creuser le sol à la recherche d’un cadavre le séduisait franchement.

– Comment est-ce que ça se présente ? demanda Erlendur.

– La dalle tout entière est recouverte d’une épaisse couche de peinture marine, annonça Ragnar. Il est impossible d’y déceler la trace d’une ancienne intervention. On ne voit pas le moindre raccord dans le ciment ni quoi que ce soit qui témoignerait de travaux antérieurs. Nous sommes en train de donner des coups de marteau sur la dalle mais ça sonne creux partout. Je ne sais pas si c’est dû à un affaissement du terrain ou bien à autre chose. Le béton de cet immeuble est épais et de bonne qualité. Ce n’est vraiment pas de la camelote. En revanche, il y a des marques d’humidité un peu partout par terre. Ce plombier avec qui vous avez été en contact, il ne pourrait pas nous aider ?