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— Si c’est César qui choisit, pourquoi pas Lugano ? Il y est chez lui.

— Trop ! Gaspard se méfiera et comme il a décidé de prendre l’offensive il proposera sûrement un endroit différent. D’autre peut, il voudra s’assurer que son « partenaire » exécutera sa part du contrat et, de préférence, en sa présence… et on ne m’ôtera pas du crâne, conclut Marie-Angéline, que Kledermann est séquestré quelque part dans la villa Malaspina.

— Je ne vous ai pas attendue pour y penser, dit Adalbert, mais je vous rappelle que nous avons là-bas un poste avancé qui, à part la présence d’une vieille folle, n’a même pas entraperçu César, que Sauvageol – qui lui est resté un moment – a fini par rentrer parce qu’à part ladite vieille folle il n’a jamais rien remarqué d’extraordinaire et que le bruit court, à présent, qu’ayant sans doute d’urgents besoins d’argent, César aurait vendu la Malaspina pour en faire une clinique. Donc…

— Donc il y a quelque chose qui nous échappe, enchaîna-t-elle têtue. Une malade mentale tellement surveillée qu’on lâche dans le jardin, la nuit, des dobermans aux crocs meurtriers ? Où est la nécessité ? L’empêcher de se promener sous les étoiles au risque de la réduire en bouillie ? Empêcher qu’on l’enlève ?

— Et pourquoi non après tout ? s’écria Aldo, agacé. Si j’en crois la description que l’on possède d’elle, cette femme vaut son pesant de diamants !

— C’est peut-être la Torelli ? La « vox populi » dit qu’elle est revenue. Et les diamants, elle n’en manque pas !

— Ça, c’est impossible ! fit Adalbert. La femme en question est à la fois âgée et défigurée ! Wishbone qui, tel que je le connais, a dû se débrouiller pour y jeter un coup d’œil… et qui en était… coiffé autant que moi nous l’aurait fait savoir depuis longtemps ! Pour moi, la « vox populi » n’a rien à voir avec celle de Dieu et le prétendre n’est pas vraiment lui rendre hommage !

— Là-dessus, je suis d’accord ! soupira-t-elle avec un rapide signe de croix. Mais seulement là-dessus !

En rejoignant Mme de Sommières, ils la trouvèrent armée de son face-à-main, en train de lire une lettre qu’elle acheva tranquillement avant de la tendre à Aldo :

— Tiens, lis ! Elle est du cher Hubert qui commence à en avoir par-dessus la tête de s’introduire jour après jour dans une caricature de ma personne. Et je crois que Wishbone est du même avis. Tous deux pensent qu’ils perdent leur temps et que la maison qu’ils couvent depuis si longtemps est bel et bien en passe de changer de destination : la veille au soir, une ambulance a franchi les grilles ! Ne faites pas cette tête-là, Plan-Crépin ! Je connais votre opinion sur le sujet mais tout le monde peut se tromper ! Même vous !

— Alors ils vont rentrer ? fit-elle sans songer seulement à cacher sa déception.

— Mettez-vous à leur place ! Outre son rôle qui l’insupporte à présent, le cher cousin n’aspire plus qu’à retrouver sa maison de Chinon et ses « druides » ! Quant à Wishbone, il aimerait sans doute se dégourdir les jambes en galopant à travers son Texas où tout le monde doit le croire mort !

— Et si on y allait ?

— Où donc ?

— À Lugano, jouer notre propre rôle ? Cela permettrait au cousin Hubert de se retrouver lui-même… et puis Mrs. Albina Santini a le droit d’avoir des invités ? Quant à Wishbone, s’il a tellement envie de retourner jouer au cow-boy, on ne lui en voudra pas pour autant !

— Vous êtes folle, Angelina ! Non seulement vous voulez prendre des risques mais encore vous voulez en faire courir à Tante Amélie ? protesta Aldo.

Cette fois, elle n’hésita pas à lui rire au nez :

— Il faudrait savoir ce que vous voulez ! Quels risques ? Vous vous évertuez tous les deux à nous expliquer que la Malaspina a perdu tout intérêt, qu’elle s’apprête à devenir une espèce d’asile de fous pour millionnaires, et vous baissez les bras à cause d’un bruit qui court et parce qu’on a vu surgir plusieurs ambulances ? Il n’y a pas si longtemps, Borgia et compagnie collectionnaient les taxis. Maintenant ce sont les ambulances ? Pourquoi pas ? Mais moi je veux savoir ce que ce manège cache ! Cela dit, ajouta-t-elle en se tournant vers Mme de Sommières, je comprendrais parfaitement que notre marquise préfère le confort du palace local et j’irai tenir compagnie au cousin Hubert ! Je lui tirerai les cartes…

— Vous avez aussi ce talent ? entonna à l’unisson un chœur à trois voix, qui la surprit légèrement :

— Ben… oui !

— Vous ne pouviez pas le dire plus tôt ? Vous êtes en permanence à faire des réussites mais je n’imaginais pas que vous maîtrisiez les tarots ! Cela va être le moment où jamais de faire une démonstration…

— À tous les trois ! glissa Adalbert.

— En attendant, revenons à ce dont nous débattions ! coupa Mme de Sommières. Un, je m’ennuierai à périr toute seule dans mon palace et je vous rappelle que je ne serai d’aucun réconfort à ce pauvre Hubert qui devra continuer à se prendre les pieds dans des jupons ! Tu as le numéro de téléphone de la villa Hadriana, Aldo ?

— Bien sûr ! fit celui-ci en cherchant son calepin. Mais sincèrement, Tante Amélie, j’ai peur que vous ne preniez des risques…

— Tu veux dire à mon âge ? De deux choses l’une, mon garçon, ou bien Borgia a décidé de rentabiliser sa maison et elle est désormais aussi inoffensive que celle-ci ou bien Plan-Crépin a raison et la perdre de vue serait plus qu’un crime… une faute !

— J’y vais ! Si vous vous mettez à citer ce qu’a dit Fouché à propos de l’exécution du duc d’Enghien, je ne vois pas ce que l’on pourrait vous opposer comme arguments.

Deux heures plus tard il avait la réponse : non seulement les exilés de la villa Hadriana ne voyaient aucun inconvénient à cet arrivage inattendu, mais ils s’en déclarèrent enchantés !

La soirée qui suivit fut des plus actives. On rassembla tous les bijoux de Tante Amélie dans des sacs de daim – elle en possédait une quantité appréciable et de toutes sortes, y compris deux diadèmes ! – avant de les placer dans l’un des sacs préalablement pourvu d’une couche de coton hydrophile afin d’évaluer leur encombrement, après quoi on les pesa…

— Comme il n’est pas question de les emporter, il va falloir investir dans la pacotille, les haricots secs et les pois chiches, résuma Adalbert, et on s’en occupera demain. Et maintenant au travail, madame de Thèbes ! Allez quérir vos outils !

— Oh non ! Pas ce soir !

— Et pourquoi pas ? Il est reconnu que la nuit est propice aux manifestations des esprits !

— Ne mélangeons pas tout ! Entre tirer les cartes et faire tourner les guéridons, il y a un monde… et même plus : un univers ! J’ajoute que les cartes ne répondent pas forcément à l’appel qu’on leur adresse. Il y a des jours où je ne vois rien…

— Comment font, alors, celles qui commercialisent leur talent ? Elles reçoivent des dizaines de personnes à la suite !

— Certaines doivent pratiquer la transmission de pensée et c’est déjà pas mal ! D’autres font marcher leur imagination. Les vraies ne sont pas nombreuses et reçoivent peu. La meilleure, dont je tairai le nom, est même très capable de renvoyer une cliente – ou un client ! – en lui disant : « Désolée, mais je ne vois rien ! Revenez un autre jour ! »

Mme de Sommières se mit à rire :

— Et, bien entendu, c’est à la messe de six heures que vous apprenez les sciences occultes ? Je croyais que l’Église n’était pas d’accord ?