Выбрать главу

Au moment où Aldo et Adalbert étaient apparus dans son environnement, Boleslas était absent : le professeur l’avait prêté à l’un de ses vieux amis d’Angers qui, après avoir perdu son valet de chambre, venait de se casser la jambe, en attendant de dénicher un autre serviteur… Son retour s’était effectué au lendemain de l’effondrement de la Croix-Haute qu’il regrettait amèrement de ne pas avoir vécu aux côtés de son maître. L’entrée en scène du Texan lui causa un plaisir extrême grâce au parfum d’aventure qu’il transportait et parce qu’il le trouvait follement sympathique. Dès lors la maison du Grand Carroi vécut le plus souvent sur un rythme de valses – celle du « Petit Chien » de préférence ! – que sur celui des  Nocturnes. Et le Polonais atteignit presque à l’extase quand les deux hommes entreprirent d’un commun accord de s’intéresser aux vestiges du château incendié en passant par les souterrains dans l’espoir de découvrir d’abord le chemin emprunté par la bande criminelle pour rejoindre la rivière et peut-être des restes pouvant donner d’autres indications.

— Vous avez trouvé quelque chose ? demanda Adalbert quand tout le monde fut réuni autour de la table.

— Nous avons réussi en ce qui concerne le chemin encore que de façon incomplète, dit le professeur. Un éboulis l’encombre plus qu’à moitié mais au-delà nous avons vu la lumière du jour. Il est donc inutile de le déblayer. En revanche, Cornélius – on en était là ! –, qui garde en mémoire l’intérieur du château, pense qu’avant le tas de pierres il devait être possible, en creusant quelque peu, de rejoindre la crypte de la chapelle dont une bonne partie est encore debout.

— Je ne doute pas que cet exercice d’archéologie ne soit d’une grande utilité, répondit Mme de Sommières avec un rien de sécheresse, mais je crains que nous n’ayons à résoudre un problème beaucoup plus grave. Un coup de chance a permis à Marie-Angéline de rencontrer sans en être remarquée le pseudo-César Borgia. Racontez, Adalbert ! Vous êtes plus doué que moi.

— Ça va si mal que ça, Amélie ? s’inquiéta le professeur. C’est vrai que vous avez une mine de déterrée !

C’était la dernière chose à dire : les yeux toujours si verts flamboyèrent :

— Si vous me sortez ça chaque fois que nous nous voyons, Hubert, on ne se verra plus du tout ! Je me demande même si…

— Allons, allons ! Ne vous fâchez pas ! J’ai simplement peur que vous ne dépassiez les limites de vos forces ! Et maintenant je me tais. Allez-y, mon garçon ! lança-t-il à son ancien élève.

— Merci, professeur ! Mais quand vous saurez ce qu’a été le voyage de nos deux vaillantes associées, vous comprendrez qu’à une lassitude réelle se joint une véritable angoisse touchant l’avenir de Morosini et de son épouse…

Il relata alors la suite de mauvaises surprises que Zurich avait réservées aux deux voyageuses depuis l’accueil décourageant de Lisa, l’incident des roses pour en venir à l’incroyable rencontre de Gaspard Grindel avec celui dont on ne savait plus très bien comment il s’appelait.

— Afin que vous n’ignoriez rien du point où nous en sommes, j’ajouterai qu’en passant par Paris, ces dames ont rencontré le commissaire Langlois, qu’il en sait autant que nous à cette heure et qu’il a sans doute pris déjà des dispositions. Dont l’une, primordiale, est de faire surveiller l’hôtel de Mme de Sommières dès qu’Aldo y sera rentré. Et ce sera samedi prochain !

— Vous l’avez vu ce matin, Amélie ? Vous lui avez raconté tout ça ?

— Bien sûr que non, explosa Marie-Angéline qui n’aimait pas garder le silence trop longtemps. Il a eu droit à une version expurgée mais il m’étonnerait que l’on en reste là longtemps. Dès qu’il se sentira d’aplomb, Aldo, tel qu’on le connaît, va vouloir s’en mêler et ça ne va pas être une mince affaire que de l’obliger à se tenir tranquille. Évidemment nous ferons de notre mieux…

— … mais vous aurez tout de même besoin d’aide, fit Adalbert, et ce rôle me revient… Encore que j’aie grande envie d’aller moi aussi me balader en Suisse…

— Si c’est pour tenter de convaincre Lisa, vous perdrez votre temps, mon garçon ! Je suis persuadée qu’elle se méfiera de vous plus encore que de moi ! soupira Mme de Sommières.

— Ce n’est pas elle que je voudrais voir, c’est l’auteur de ses jours ! C’est invraisemblable qu’il ait jugé bon de filer à Londres juste après que sa fille fut rentrée au bercail. Cela ne lui ressemble pas ! Et moi j’aimerais savoir ce qu’il pense de cette histoire ! Sans vouloir dénigrer le travail auquel vont se livrer les policiers, il me répondra à moi plus facilement qu’à eux…

— Surtout qu’en Suisse, les argousins vont avoir besoin d’un tas d’autorisations, déclara Hubert. C’est, je crois, l’un des rares pays d’Europe qui n’adhère pas vraiment à Interpol ! Mais pour ce qui est de surveiller Morosini, je vous offre bien volontiers mon aide…

Wishbone vida son verre de vouvray – qui était en train de devenir sa boisson préférée – et leva la main comme s’il s’agissait de voter :

— Moi aussi ! dit-il enthousiaste. Et je donne tous les dollars pour acheter complices, espions, maisons pour surveiller…

— Des tueurs aussi ? ironisa Marie-Angéline.

Mais il ne plaisantait pas.

— Si nécessaire on avait, oui aussi ! C’est moi la cause de tout le malheur je veux réparer !

— Vous n’avez pas envie de revoir votre cher Texas ? insinua doucement Mme de Sommières en trouvant un sourire pour ce charmant bonhomme que tous avaient adopté.

— Si, mais pas maintenant ! Quand tout sera dans l’ordre, j’achète un yacht et j’emmène tout le monde visiter. En ce moment c’est moi qui visite Touraine ! Magnifique pays ! Peut-être acheter un château et forêt de chênes pour le… gui ? C’est bien ça, Hubert ? acheva-t-il avec un large sourire à l’adresse de son hôte qui, lui, s’empourpra brusquement sous l’œil incrédule de Mme de Sommières et de Plan-Crépin qui ne put retenir un :

— Je rêve ! Professeur, vous avez entamé les approches pour l’embrigader dans… Ouille !

Elle n’alla pas plus loin. Adalbert lui avait à moitié écrasé un pied sous la table. Et se hâtait de reprendre :

— Nous nous éloignons de notre sujet ! Dans l’instant présent il s’agit d’assurer à Morosini une convalescence aussi paisible que possible et, pendant ce temps, tenter de recoller de notre mieux les morceaux de son ménage. Pour ce qui est de l’immédiat on le ramène à Paris et on laisse faire Langlois et ses hommes. C’est lui qui m’avertira quand je pourrai me rendre à Zurich pour causer avec Moritz Kledermann. On pourrait faire plus de mal que de bien.

— À présent qu’Aldo va vers sa guérison, je ne vous cache pas que mon souci principal est Lisa. En la voyant, dans cette clinique où, selon moi, elle n’avait pas à être j’ai eu l’impression d’avoir devant moi une autre femme. Le sort de son mari lui est indifférent. Son seul point sensible c’est le fait qu’elle ne pourra plus avoir d’enfants. Elle se sent humiliée, blessée…