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— Imaginez votre joli garde du corps, vous rejoignant ici…

Ryoval se lança dans une description détaillée de ce qui arriverait alors. Grogne était parfaitement d’accord pour imaginer certaines choses mais d’autres l’offensaient, même lui. Hurle ?

Pas moi ! dit Hurle. C’est pas mon boulot.

Il faudra qu’on fasse une nouvelle recrue, décidèrent-ils tous. Il pouvait en créer des milliers… autant qu’il en fallait. Il était une armée, ruisselant comme de l’eau, s’insinuant autour des obstacles, qu’on ne pouvait arrêter en tuant l’un de ses soldats.

Le vid changea pour passer un des meilleurs moments de Hurle, celui qui lui avait donné son nom. Peu après l’avoir écorché chimiquement, les techs l’avaient enduit d’un truc collant qui démangeait de façon insupportable. De cette façon, ils n’avaient pas à le toucher pour le torturer. Il avait failli se tuer tout seul. Ils avaient dû ensuite lui faire une transfusion pour remplacer le sang perdu.

Il contemplait la créature qui se convulsait dans le vid en s’appliquant à rester impassible. Le spectacle que le baron voulait s’offrir, c’était lui. Un spectacle qui devait l’exciter : il espérait enfin voir apparaître les résultats de son test.

L’Autre attendait avec une impatience croissante. Il commençait à retrouver son souffle mais il y avait toujours cette maudite chaise trop basse. Il fallait que ce soit ce soir. La prochaine fois, si jamais une telle opportunité se représentait, Bouffe risquait de les immobiliser tous. Oui. Il attendait.

Déçu, Ryoval gonfla les joues, examinant son profil serein. Il éteignit le vid et vint tourner autour de lui les yeux plissés.

— Tu n’es même pas avec moi, hein ? Tu t’es caché quelque part. Je dois trouver ce qui te ramènera à moi. Ou devrais-je dire : vous tous ?

Ryoval était bien trop perspicace.

Je n’ai pas confiance en toi, dit Bouffe à l’Autre, dubitatif. Qu’adviendra-t-il de moi après ?

Et de moi, ajouta Grogne. Seul Hurle ne dit rien. Hurle était très fatigué.

Je te promets que Mark te nourrira, Bouffe, chuchota l’Autre tout au fond. En tout cas, de temps en temps. Et toi aussi, Grogne. Mark pourrait t’emmener sur la Colonie Beta. Il y a des gens là-bas qui pourraient te nettoyer suffisamment pour que tu n’aies plus besoin de te cacher. Je crois. Tu n’aurais pas besoin des hypo-sprays de Ryoval. De toute manière, ce pauvre Hurle est épuisé. C’est lui qui a fait le plus dur, qui vous a tous couverts. Et puis, Grogne, imagine un peu que Ryoval choisisse la castration ? Peut-être que Hurle et toi vous pourriez rester ensemble et que Mark vous paierait une équipe de jolies femmes – des femmes, ce serait un changement agréable, non ? -munies de fouets et de chaînes. C’est l’Ensemble de Jackson ici, je parie qu’on pourra trouver un service de ce genre dans le Bottin du vid. Vous n’avez pas besoin de Ryoval. Sauvons Mark et il nous sauvera. Je vous le promets.

Qui es-tu, pour parler au nom de Mark ? dit Bouffe.

Je suis celui qui en est le plus proche.

C’est sûr que c’est toi qui t’es le mieux planqué, dit Hurle avec une pointe de ressentiment.

C’était nécessaire. Mais nous mourrons tous, un par un, si Ryoval nous traque. Il est terriblement intelligent. Nous sommes les originaux. Les nouvelles recrues ne seront que des ombres vacillantes de nous-mêmes.

Ceci était vrai, ils en étaient tous conscients.

— Je t’ai trouvé un ami pour jouer avec toi, annonça Ryoval en tournant autour de la chaise.

Avoir Ryoval derrière lui produisait des effets bizarres à sa topographie interne. Bouffe s’aplatit, Hurle émergea avant de se renfoncer quand Ryoval réapparut devant eux. Grogne, avide, essayait de deviner qui allait être son nouveau partenaire.

— Ton clone-jumeau. Celui que mes imbéciles de gardes ont laissé échapper.

Tout au fond, lord Mark se réveilla en hurlant. L’Autre l’apaisa. Il ment. Il ment.

— Leurs erreurs vont leur coûter très cher. Ton double avait disparu. J’ignore trop comment, il a réapparu chez Vasa Luigi. Vasa a l’habitude de ces tours de passe-passe en douce. Je ne suis toujours pas convaincu que cette chère Lotus ne garde pas une attache discrète avec le Groupe Durona.

Ryoval lui tournait toujours autour. C’était très… désorientant.

— Vasa est convaincu que son jumeau est l’amiral et que tu es le clone. Ses doutes m’ont infecté. Et si, comme il le prétend, l’homme est cryoamnésique, cela risque d’être un peu décevant pour moi. Mais cela n’a plus d’importance. Je vous ai tous les deux. Comme je l’avais prédit. Devine la première chose que je vous ferais faire à tous les deux ?

Grogne n’eut aucun mal à deviner l’idée générale. Mais pas les raffinements que Ryoval lui chuchota à l’oreille.

Lord Mark enrageait, submergé de terreur et de consternation. Pas un pli ne vint rider le visage lisse de Grogne, rien ne vint ternir l’éclat vide de ses yeux. Attends, supplia l’Autre.

Le baron se dirigea vers un comptoir de bois poli à l’aspect granuleux pour ouvrir une trousse d’instruments. Aucun d’entre eux ne pouvait les distinguer même si Hurle tendait le cou. Ryoval méditait sur ses instruments.

Il ne faut pas me gêner ou me saboter, dit l’Autre. Je sais que Ryoval vous donne ce dont vous avez besoin… mais c’est un piège.

Ryoval ne te donne rien ? dit Bouffe.

C’est Ryoval dont j’ai besoin, dit l’Autre.

Tu n’auras qu’une seule occasion, fit Hurle, nerveux. Après, c’est à moi qu’ils s’en prendront.

Ça me suffira.

Ryoval se retourna. Un arracheur chirurgical brillait dans sa main. Effrayé, Grogne laissa la place à l’Autre.

— Je crois, fit Ryoval, que je vais commencer par t’enlever un œil. Rien qu’un. Cela devrait avoir un effet psychologique intéressant surtout si je menace de t’arracher l’autre.

Hurle lâcha prise sans rechigner. À regret, Bouffe fut le dernier à céder la place tandis que Ryoval revenait vers eux.

La première tentative de Tueur pour se lever échoua. Il retomba en arrière. Maudit sois-tu, Bouffe. Il essaya à nouveau, lançant son poids en avant. Il tituba, déséquilibré de ne pouvoir utiliser ses bras. Ryoval l’observait, hautement amusé, nullement alarmé par le petit monstre trébuchant qu’il avait créé.

Se mouvoir avec le nouveau ventre de Bouffe lui donnait l’impression d’être l’Archer Zen Aveugle. Mais il se centra parfaitement.

Son premier coup atteignit Ryoval à l’entrejambe. Plié en deux, il offrit ainsi la partie supérieure de son corps à distance convenable. Instantanément, Tueur délivra le deuxième coup, le frappant droit à la gorge. Il sentit les cartilages et les tissus s’écraser contre la colonne vertébrale de Ryoval. Comme il ne portait pas ses bottes renforcées, il se brisa aussi deux ou trois orteils, à angle droit. Il ne sentit pas la douleur. C’était le boulot de Hurle.

Il tomba. Se relever ne fut pas facile avec ses mains attachées dans le dos. En se tortillant sur lui-même tout près de Ryoval, il constata avec désappointement que celui-ci n’était pas encore mort. S’étreignant la gorge, il se tordait et gargouillait sur le tapis. Mais l’ordinateur de la pièce ne reconnaissait plus sa voix, n’obéissait plus à ses ordres. Ils avaient encore un peu de temps.