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Cela, au moins, expliquait pourquoi les esclaves de Ryoval n’avaient guère tenté de lui résister. Ces expériences avaient un aspect atrocement économique. Tu n’aimes pas ton boulot au bordel, ma fille ? Tu en as marre d’être garde, mon garçon ? Ça te dirait de passer à la recherche scientifique ? Le dernier arrêt pour tout apprenti-Spartacus parmi les possessions humaines de Ryoval. Bel avait raison. On aurait dû atomiser ce type et ses tanières à notre dernier passage.

Les gardes jetèrent un vague coup d’œil aux cellules de verre et continuèrent leur inspection. Saisi par une brusque inspiration, Miles s’attarda. Ça valait le coup d’essayer…

— Merde ! s’écria-t-il.

Les gardes firent volte-face.

— Ce… cet homme là-dedans. Il a bougé. Je crois que je vais vomir.

— Impossible.

Le vieux regarda à travers la paroi transparente un corps qui leur tournait le dos.

— Enfermé là-dedans, il n’a sûrement rien vu, hein ? fit Miles. Au nom du Ciel, n’ouvrez pas cette porte !

— La ferme.

Le garde se mâcha la joue, contempla le panneau de contrôle et, après un moment d’indécision, tapa un code qui ouvrit la porte et entra avec précaution.

— Gah ! fit Miles.

— Quoi ? aboya le jeune garde.

— Il a rebougé. Il a eu comme un… un spasme.

Neutralisateur à la main, le jeune garde s’engagea à la suite de son camarade. Le vieux tendit la main, hésita puis préféra dégainer sa vibro-matraque pour s’en servir pour toucher le cadavre.

Miles flanqua un coup de front au panneau de contrôle. La porte se ferma. Juste à temps. Les deux gardés se jetèrent dessus comme des chiens enragés. Le verre blindé transmit à peine une légère vibration. Ils avaient la bouche ouverte et hurlaient des jurons, des malédictions ou des menaces mais aucun son ne passait. Les murs transparents étaient en matériau résistant au vide spatial. Un matériau qui arrêtait les décharges de neutralisateur.

Le vieux dégaina enfin son arc à plasma et ouvrit le feu sur le verre. Le mur se mit à briller. Pas bon, ça. Miles étudia le panneau de contrôle… Oui. De la langue, il fit défiler le menu informatique jusqu’à ce qu’il affiche oxygène. Il coupa l’arrivée d’air. Les gardes s’évanouiraient-ils avant que le verre ne soit fondu ?

Oui. Excellent système. Les chiens de garde de Ryoval s’effondrèrent pêle-mêle contre la paroi. L’arc à plasma s’échappa des doigts inanimés et s’éteignit.

Miles les abandonna dans la tombe de leur victime.

C’était un labo. Il y avait des cutters, des instruments de toutes sortes… bien. Après des contorsions qui durèrent plusieurs minutes au cours desquelles il faillit s’évanouir une dizaine de fois, il parvint à se libérer les mains. Il geignit de soulagement.

Des armes ? Toutes les armes avaient, apparemment, été emportées par les occupants en fuite et, sans une combinaison anti-bio, il n’était guère enclin à ouvrir la porte de la cellule pour prendre celles de ses gardes. Un scalpel au laser trouvé dans le labo l’aida à se sentir moins vulnérable.

Il voulait ses vêtements. Tremblant de froid, il trotta à nouveau dans les inquiétants couloirs jusqu’à la chambre de sécurité et se rhabilla. Puis il effectua une fouille en règle du bunker, essayant au passage toutes les comconsoles qui n’avaient pas été fracassées. Toutes étaient à usage interne et ne pouvaient être connectées avec l’extérieur.

Où est Mark ? Il fut soudain saisi par l’idée qu’il existait ici un sort pire que d’être enfermé dans une cellule en attendant le retour de ses tortionnaires, être enfermé dans une cellule à attendre des tortionnaires qui ne revenaient jamais. La demi-heure qui suivit fut peut-être la plus frénétique de sa vie. Il brisa et força toutes les portes qu’il trouvait. Derrière chacune, il s’attendait à trouver un petit corps-à qui on avait, par pitié, tranché la gorge… Sa respiration s’était transformée en un sifflement inquiétant, il craignait d’être pris de convulsions quand il trouva enfin la cellule – le placard – située tout près des quartiers de Ryoval. À son grand soulagement, elle était vide. Mais elle puait d’une occupation récente. Des taches de sang et d’autre chose maculaient le sol et les murs. Il en eut la nausée. Une nausée glacée. Mais où que soit Mark et dans quel état, ce n’était pas ici. Il devait lui aussi foutre le camp et vite.

Il trouva un panier en plastique et partit faire ses courses dans les labos à la recherche d’équipement électronique. Des pinces et des fils, des détecteurs de panne, des relais, des lecteurs… tout ce qui pouvait lui être utile. Quand il pensa en avoir assez, il retourna dans l’appartement du baron pour disséquer la comconsole endommagée. Il réussit à faire sauter la serrure à paume pour se retrouver face à un petit carré brillant demandant : insérez votre code. Il jura, se massa le cou et les épaules et se remit au travail. Ça commençait à devenir fastidieux.

Il dut effectuer une nouvelle pêche aux trésors dans le bunker avant de pouvoir faire sauter le code d’accès. La comconsole avait irrémédiablement perdu certaines de ses capacités. Mais il put enfin se brancher sur le système de communication planétaire.

Il hésita un instant, ne sachant trop qui appeler. Barrayar avait un consulat sur la station du Consortium Hargraves-Dyne. La plupart des diplomates et autres employés consulaires étaient des analystes ou des agents de la SecImp chargés de surveiller la planète, ses satellites et ses stations. L’amiral Naismith possédait certains contacts parmi eux. Mais la SecImp était-elle déjà venue ici ? Etait-ce elle qui avait secouru Mark ? Non, décida-t-il. Ce qu’il avait vu ici était sauvage, absolument pas méthodique. C’était le chaos.

Alors, pourquoi n’êtes-vous pas venus chercher Mark ? Telle était l’angoissante question qu’il se posait. Une question à laquelle il n’avait pas de réponse. Allez, que le cirque commence !

Ils arrivèrent en moins d’une demi-heure : un lieutenant tendu de la SecImp nommé Iverson avec une équipe de gros bras locaux loués à la maison Dyne. Les gorilles arboraient des uniformes paramilitaires et un équipement décent. Ils étaient descendus tout droit d’orbite dans une navette. Assis sur un rocher, Miles profitait de la chaleur humide du matin. Il les attendait devant une entrée de secours et les contempla sardoniquement tandis qu’ils se déployaient au pas de charge, armes à la main, comme s’ils s’apprêtaient à lancer un assaut.

L’officier courut jusqu’à lui et le salua rapidement.

— Amiral Naismith ?

Il ne connaissait pas Iverson. Pour ce lieutenant, il représentait un employé de valeur mais non barrayaran de la SecImp.

— Lui-même et en personne. Vous pouvez dire à vos hommes de se détendre. Le bunker est sans danger.

— Vous avez éliminé tout danger vous-même ? demanda Iverson, incrédule.

— Plus ou moins.

— Ça fait deux ans qu’on cherche cet endroit !

Miles ravala une tirade à propos des gens qui n’arriveraient pas à retrouver leur propre bite avec une boussole.

— Où est, euh… Mark ? L’autre clone. Mon double.

— Nous l’ignorons, monsieur. D’après des renseignements transmis par un informateur, nous nous apprêtions à attaquer la maison Bharaputra pour vous récupérer. Et voilà que vous nous appelez.