— Je m’y trouvais encore la nuit dernière. Votre informateur ne savait pas que j’avais été déplacé. (Ce devait être Rowan… Elle s’en était sortie, hourra !) Votre intervention aurait été embarrassante.
Les lèvres d’Iverson s’amincirent.
— Cette opération a toujours été tordue, depuis le début. Les ordres n’ont pas cessé de changer.
— Dites-moi, soupira Miles. Savez-vous quoi que ce soit à propos des Mercenaires Dendariis ?
— Un groupe de vos agents est censé être en route, monsieur. (Les « monsieur » d’Iverson étaient teintés d’incertitude : un soldat régulier barrayaran ne pouvait accorder toute sa confiance à un mercenaire.) Je… souhaiterais m’assurer par moi-même que le bunker est sans danger. Si vous le permettez.
— Je vous en prie, dit Miles. Vous verrez, la visite est passionnante. Si vous avez l’estomac solide.
Prenant la tête de ses hommes, Iverson s’engouffra dans l’ouverture. Miles en aurait rigolé s’il ne pleurait pas à l’intérieur. Il soupira, descendit de son perchoir et les suivit.
Ses fidèles arrivèrent dans une petite navette personnelle qui se glissa en douceur dans le garage souterrain. Il suivit leur débarquement depuis le moniteur installé dans le bureau de Ryoval et leur indiqua par com comment le retrouver. Quinn, Elena, Taura et Bel en demi-armure. Ils entrèrent, clinquants et cliquetants, aussi spectaculairement inutiles que les gens de la SecImp.
— Pourquoi la tenue de soirée ? fut sa première question.
Il aurait dû se lever, accepter et rendre les saluts et le reste mais le fauteuil de Ryoval était incroyablement confortable et il était incroyablement fatigué.
— Miles ! s’écria Quinn avec passion.
En voyant l’inquiétude sur son beau visage, il découvrit soudain à quel point il était furieux et dévoré de remords. Furieusement furieux parce que furieusement effrayé. Bon Dieu mais dites-moi où est Mark !
— Capitaine Quinn.
Il lui rappelait qu’ils étaient en service avant qu’elle ne se jette sur lui. Elle se figea en plein vol, les autres s’entassèrent derrière elle. Elle retrouva son sang-froid avec une étonnante rapidité.
— Nous coordonnions un raid sur la maison Bharaputra avec la SecImp, dit-elle. Tu as retrouvé la mémoire ! Tu étais cryoamnésique… Tu l’as bien retrouvée, hein ? Ce docteur Durona disait que tu…
— À peu près quatre-vingt-dix pour cent, je pense. J’ai encore quelques trous. Quinn… que s’est-il passé ?
Cette question parut la dépasser un peu.
— Depuis quand ? Depuis ta mort…
— Ne remonte pas si loin. Commence… il y a cinq jours, quand vous êtes arrivés au Groupe Durona.
— Nous te cherchions. Et ça faisait quatre putains de mois !
— Tu as été neutralisée, Mark enlevé et Lilly Durona nous a expédiés, mon chirurgien et moi, vers ce qu’elle croyait être la sécurité.
Il voulait qu’elle se concentre sur ce qui l’intéressait.
— Oh, elle était ton médecin. J’ai cru… peu importe.
Quinn ravala ses émotions, enleva son casque, repoussa sa cagoule et fouilla ses boucles courtes avec des doigts aux bouts rongés. Elle organisa les informations dont elle disposait pour lui apprendre l’essentiel.
— Nous avons perdu plusieurs heures au début. Quand, enfin, Elena et Taura ont pu obtenir un autre aérocar, les kidnappeurs avaient disparu depuis un bon bout de temps. Elles les ont cherchés mais en vain. Quand elles sont revenues chez les Durona, Bel et moi, on se réveillait à peine. Lilly Durona assurait que tu étais en sécurité. J’avais du mal à la croire. Nous sommes partis et j’ai contacté la SecImp. Ils ont commencé par rappeler tous leurs agents éparpillés sur la planète. Ils étaient à ta recherche. Il a fallu qu’ils se mettent à la recherche de Mark. Ça nous a valu encore un peu de retard. Puis ils ont voulu vérifier leur théorie chérie : à savoir que les ravisseurs étaient cetagandans. Enfin, la maison Ryoval dispose d’environ cinquante sites et bunkers différents qu’il fallait tous vérifier. Sans compter celui-là qui leur était inconnu.
« Puis Lilly Durona a enfin admis que tu avais disparu. Comme il semblait plus important de te retrouver, on a à nouveau mis tous les hommes disponibles là-dessus. Il nous a fallu quand même deux jours pour retrouver la vedette abandonnée. Et elle ne nous a offert aucun indice.
— Exact. Mais vous soupçonniez Ryoval de détenir Mark.
— Ryoval voulait l’amiral Naismith. Nous pensions qu’il se rendrait compte qu’il s’était trompé de bonhomme.
Il se massa le visage. Il avait mal au crâne. Et au ventre.
— Vous ne vous êtes pas dit que Ryoval n’en aurait rien à foutre ? Dans quelques minutes, je veux que vous alliez dans ce couloir voir la cellule où ils le gardaient. Et que vous la sentiez. Je veux que vous la regardiez attentivement. En fait, allez-y tout de suite. Sergent Taura, restez.
À regret, Quinn sortit, précédant Elena et Bel. Miles avança le visage vers Taura qui se pencha pour l’écouter.
— Taura, que s’est-il passé ? Tu es jacksonienne. Tu connais Ryoval. Tu connais ce genre d’endroit. Comment avez-vous pu ne pas trouver ce bunker ?
Elle secoua son énorme tête.
— Le capitaine Quinn pensait que Mark était un débile profond. Après votre mort, elle ne lui aurait pas confié sa poubelle. Et, au début, j’étais d’accord avec elle. Mais… je ne sais pas. Il faisait tellement d’efforts. À un cheveu près, le raid sur la crèche aurait pu réussir. Si on avait été plus rapide, si le périmètre de défense de la navette avait fait son boulot, on s’en serait sorti. Je crois.
Il grimaça son approbation.
— Il n’y a pas d’excuse pour des opérations aussi délicates que celle-ci. Et les chefs ne peuvent avoir la moindre pitié ou alors autant rester en orbite et envoyer directement ses hommes dans le sas de désintégration, histoire d’éviter des efforts inutiles. (Un silence.) Quinn sera un bon chef un jour.
— Je le pense, monsieur. (Taura retira casque et cagoule et regarda autour d’elle.) Bon, je me suis mise à apprécier ce petit taré. Il a essayé. Il a essayé et il a échoué. Mais personne d’autre n’avait essayé. Et il était si seul.
— Seul. Oui. Ici. Cinq jours.
— On était vraiment persuadés que Ryoval se rendrait compte de son erreur.
— Peut-être… peut-être.
Une partie de son esprit s’accrochait à cet espoir. Peut-être n’avait-ce pas été aussi moche qu’il se l’imaginait. Peut-être…
Quinn et les autres revinrent avec des mines sinistres.
— Bon, dit-il, vous m’avez trouvé. On peut maintenant se concentrer sur Mark. J’ai fouillé cet endroit pendant des heures et je n’ai rien trouvé. Rien, pas le moindre indice. Est-ce que les fuyards l’ont emmené avec lui ? Est-ce qu’il est en train de geler quelque part dans ce désert ? Six hommes d’Iverson cherchent dehors avec des scanners et un autre vérifie le désintégrateur : y a-t-on récemment fourré un paquet de cinquante ou soixante kilos de protéines ? Pas d’autres idées mirobolantes, les gars ?
Elena revint de la chambre voisine.
— À ton avis, qui a réglé son compte à Ryoval ?
Miles ouvrit les mains.
— Pas la moindre idée. Avec sa carrière, il devait avoir des centaines d’ennemis mortels.
— Il a été tué par une personne sans arme. Un coup à la gorge puis battu à mort une fois qu’il était à terre.