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— Tu es censée ne pas te laisser faire. Je compte sur… (Il ne pouvait dire Elli ou pire mes femmes)… ma partenaire pour me résister. Sinon, je ne pourrais pas me détendre et être moi-même.

Exact. Une trop grande intimité avait détruit leur amour ou plutôt les illusions de Rowan. Le système barrayaran qui consistait à utiliser des intermédiaires pour arranger les mariages lui paraissait chaque jour plus judicieux. Peut-être valait-il mieux s’épouser d’abord pour ensuite essayer de mieux se connaître. Quand son épouse aurait enfin compris à qui elle avait affaire, il serait trop tard pour reculer. Il soupira, sourit et effectua une profonde révérence devant Rowan.

— Je serai très heureux de vous rendre visite sur Escobar, milady.

— J’aurai ainsi la formidable chance de vous rendre heureux, monsieur, rétorqua-t-elle du tac au tac

— Ah !

Bon sang, elle aurait pu être la seule et unique, elle se sous-estimait…

Lilly junior, assise sur le divan, observait tout cela avec une réelle fascination. Miles l’aperçut du coin de l’œil et repensa à son récit de son bref passage parmi les Dendariis.

— Mark sait-il que tu es ici, Lilly ?

— Je ne sais pas. Je suis restée avec Rowan.

— La dernière fois qu’il t’a vue, tu retournais auprès de Vasa Luigi. Je… crois qu’il aimerait savoir que tu as changé d’avis.

— Il a essayé de me convaincre de rester sur le navire. Il ne parlait pas aussi bien que vous.

— C’est grâce à lui que tout ceci est arrivé. C’est lui qui t’a offert ton billet pour sortir d’ici. (Et Miles n’avait pas trop envie de penser au prix de ce billet.) Je n’ai fait que le suivre. Viens. Au moins pour lui dire bonjour, au revoir et merci. Ça ne te coûtera rien et je pense que ça peut être très important pour lui.

À regret, elle se leva et l’autorisa à l’emmener dehors. Rowan hocha la tête en signe d’approbation et retourna à ses valises.

31

— Les as-tu trouvés ? demanda lord Mark.

— Oui, répondit Bothari-Jesek avec raideur.

— Et détruits ?

— Oui.

Mark rougit et laissa retomber sa tête en arrière sur le dossier de Lilly. La pesanteur lui paraissait soudain particulièrement forte.

— Tu les as regardés. Je te l’avais défendu.

— Il le fallait, pour être certaine que c’étaient les bons.

— Non. Tu aurais pu tous les détruire.

— C’est ce que j’ai fait finalement. J’ai commencé à regarder. Puis j’ai coupé le son. Puis je les ai passés à allure rapide. Puis j’ai juste vérifié de temps en temps.

— J’aurais souhaité que tu ne le fasses pas.

— Moi aussi. Mark, il y avait des centaines d’heures d’enregistrement. Je n’arrivais pas à croire qu’il y en ait autant.

— En fait, ça a duré à peine cinquante heures. Cinquante heures… ou cinquante ans. Mais ils faisaient à chaque fois plusieurs enregistrements simultanés. Il y avait toujours plusieurs holocams qui planaient autour de moi. J’ignore si Ryoval faisait ça pour m’étudier et m’analyser ou simplement par plaisir. Un peu des deux, j’imagine. Ses capacités d’analyse étaient étonnantes.

— Je… je n’ai pas compris certaines choses que j’ai vues.

— Tu veux que je te les explique ?

— Non.

— Tant mieux.

— Je comprends pourquoi tu souhaitais qu’ils soient détruits. Pris hors de leur contexte, ces enregistrements pourraient servir à un terrible chantage. Si tu le veux, je suis prête à te faire le serment de ne jamais rien dire.

— Ce n’est pas le problème. Je n’ai pas l’intention de garder ça secret. Personne n’aura plus jamais barre sur moi. Ni ne pourra utiliser quoi que ce soit contre moi. Tu peux raconter ça à toute la galaxie, si ça te chante. Mais… si la SecImp avait mis la main sur ces enregistrements, ils auraient fini entre les mains d’Illyan. Et il n’aurait pas pu les cacher au comte, ou à la comtesse, même si je sais qu’il aurait essayé. Ou à Miles. Tu imagines le comte, la comtesse ou Miles regardant cette merde ?

Les dents serrées, elle respira péniblement.

— Je commence à comprendre.

— Penses-y. Moi je l’ai fait.

— Le lieutenant Iverson était furieux quand il a découvert toutes les disquettes fondues. Il va porter plainte par le canal autorisé.

— Qu’il porte plainte. Si la SecImp envisage de me poursuivre, j’ai moi aussi quelques plaintes à faire valoir contre elle. Comme, par exemple, qu’a-t-elle fabriqué pendant ces cinq jours ? Et je n’aurai aucune pitié à l’égard de personne. Qu’ils s’en prennent à moi et on verra…

Il acheva sa pensée dans des imprécations inintelligibles.

Le visage de Bothari-Jesek avait viré au vert jaunâtre.

— Je… suis vraiment désolée, Mark.

Avec une gêne infinie, elle lui toucha la main.

Il lui saisit le poignet et serra très fort. Ses narines frémirent mais elle ne grimaça pas. Il essaya de se redresser.

— Je t’interdis d’avoir pitié de moi. J’ai gagné. Si tu as envie de plaindre quelqu’un, plains le baron Ryoval. Je l’ai pris. Je l’ai sucé. Je l’ai battu à son propre jeu, sur son propre terrain. Je ne te laisserai pas transformer ma victoire en défaite pour la simple raison que tu as des… sentiments. (Il la lâcha. Elle se massa le poignet en le dévisageant.) C’est ça, le truc. Je pourrai me débrouiller avec Ryoval si on me laisse tranquille. Mais s’ils en savent trop – s’ils avaient vu ces maudits enregistrements – ils ne seront jamais capables de me laisser tranquille. Par remords, ils n’auraient jamais cessé d’y penser. Et ils m’auraient obligé à y repenser. Je ne veux pas avoir à combattre Ry Ryoval dans ma tête, ou dans la leur, pour le restant de ma vie. Il est mort, pas moi. Ça me suffît. (Une pause. Puis il ricana.) Et tu dois admettre que ce serait particulièrement moche pour Miles.

— Oh oui, approuva Bothari-Jesek dans un souffle.

Dehors, la navette dendarii avec Taura aux commandes s’élevait avec son premier chargement de Durona. Il s’interrompit pour la regarder. Oui. Partez, partez, partez. Sortons de ce trou, vous, moi, tous les clones. À jamais. Soyons humains, si vous le pouvez, si je le peux.

Bothari-Jesek le regardait toujours.

— Ils insisteront pour que tu passes une visite médicale.

— Oui, et ils découvriront certaines choses. Je ne peux dissimuler les traces de coups et encore moins l’alimentation forcée. C’était bouffon, hein ?

Elle déglutit et opina.

— Je me suis dit que tu allais… oh, peu importe.

— Exactement. Je t’avais dit de ne pas regarder. Mais plus tard j’irai voir un docteur compétent, plus il me sera facile de rester dans le vague à propos du reste.

— Il faut quand même qu’on te soigne.

— Lilly Durona a fait un excellent boulot. Et, à ma demande, elle n’en a gardé aucune trace sinon dans sa tête. Ses souvenirs ne devraient pas m’empêcher de dormir.

— N’essaye pas de faire l’impasse là-dessus, conseilla Bothari-Jesek. Même si personne d’autre ne se rend compte, tu peux être sûr que la comtesse comprendra. Et puis, tu as sûrement besoin de… d’une aide. Je ne veux pas dire physiquement.

— O Elena… S’il y a bien une chose que j’ai comprise au cours de ces derniers jours, c’est à quel point je suis tordu. La pire chose que j’ai rencontrée dans la cellule de Ryoval, c’était le monstre dans le miroir. Le miroir psychique de Ryoval. Mon petit monstre à moi, l’hydre à quatre têtes. Qui a prouvé qu’il était bien pire que Ryoval lui-même. Plus fort. Plus rapide. Plus malin. (Il se mordit la langue, conscient qu’il commençait à en dire trop, qu’il paraissait au bord de la démence. Il ne pensait pas être au bord de la démence. Il pensait exactement le contraire : qu’il était au bord de la raison. Il avait simplement dû accomplir un grand détour pour en arriver là. Un long et dur détour.) Je sais ce que je fais. Quelque part, je sais exactement ce que je fais.